3 mars 2026

Au défilé Julie Kegels, le troublant jeu des apparences

Pour sa cinquième collection, Julie Kegels se joue des apparences et dévoile un défilé automne-hiver 2026-2027 où des accessoires trompe-l’œil se fondent parmi des silhouettes semblables à des ombres…

  • Par Camille Bois-Martin.

  • Julie Kegels, un vocabulaire mode distinct

    En septembre dernier, Julie Kegels attirait tous les regards. Inaugurant la Fashion Week, son défilé printemps-été 2026 comptait également dans ses rangs la superstar Rosalía. Cette saison, la créatrice belge fait à nouveau parler d’elle. Nominée parmi les semi-finalistes du prestigieux prix LVMH, elle cristallise en effet l’attention du monde de la mode, qui s’est déplacé en nombre sur le boulevard des Invalides ce lundi afin de découvrir sa collection automne-hiver 2026-2027.

    En guise d’invitation, ces derniers ont reçu un petit masque en cuir, noué autour des mots “Face value” écrits sur le petit carton. Traduisible par “valeur nominale” (une valeur inscrite sur une monnaie, un effet de commerce ou une valeur mobilière), cette expression illustre les inspirations de Julie Kegels. Elle explore, cette saison, l’idée d’apparence. S’amusant, au fil de ses collections, à brouiller les frontières entre l’intime et le public (en réinterprétant le mobilier en vêtement ou en mixant des looks de soirée à des looks de bureau), la créatrice poursuit ainsi son vocabulaire mode entre détails imparfaits et silhouettes maîtrisées avec brio.

    L’art de soigner son apparence

    La femme Julie Kegels comprend que l’apparence est une question d’entretien.” écrit-elle ainsi dans sa note d’intention. Elle cite même Andy Warhol (The Philosophy of Andy Warhol, 1975). “Quand vous voyez quelqu’un dans la rue, cette personne peut vraiment avoir une aura. Mais dès qu’elle ouvre la bouche, l’aura disparaît.” Entre retenue et mystère, ce défilé automne-hiver 2026-2027 joue sur le pouvoir de l’apparence et sur ses transformations…

    Au gré, notamment, de pulls en laine bouillie et rétrécie, Julie Kegels dévoile des silhouettes étriquées, où l’apparence prime en effet sur le confort. Certains mannequins cachent leur visage derrière de petits masques en cuir ou des bonnets recouvrant leur tête. Tandis que leurs vêtements dévoilent, dans un jeu de transparence ou à la faveur d’une robe courte, l’entièreté de leur buste et la longueur de leurs jambes…

    Une ombre devient vêtement, puis redevient une ombre”…

    Car tout, ici, n’est qu’illusion. Les postures assurées et les torses bombés sont simulés grâce à des manches coupées en cercle et redressant subtilement la silhouette. Ou encore au gré de manches fendues vers l’arrière, déplaçant légèrement le haut du corps vers l’avant. Les parures de diamants sur lesquelles se reflètent les spotlights du défilé ne sont en réalité que des bijoux upcyclés à partir de lustres. De faux cristaux sont également imprimés sous forme d’autocollants en soie, arborés autour du cou dans un trompe-l’œil. Un détail nous évoque les faux soutiens-gorge en dentelle aperçus au sein de sa collection printemps-été 2026.

    Julie Kegels pousse même à son paroxysme cette exploration de l’apparence. Dans le dos des mannequins, une ombre est projetée au fond de la salle du défilé à partir d’une vidéo pré-enregistrée à Anvers, où réside et travaille la créatrice. Parfois sa silhouette correspond aux vêtements qu’elle porte, parfois ses gestes se désynchronisent… De subtiles incohérences, qui font ainsi écho au livre d’Andy Warhol cité dans la note d’intention.

    Au fil des dernières silhouettes de ce défilé automne-hiver 2026-2027, on observe trois looks qui poursuivent cette exploration des ombres et des apparences. Une première mannequin apparaît, portant à bout de bras trois sacs. Dans ses pas, la suivante arbore une robe reprenant la même silhouette. Mais, cette fois-ci, les sacs se fondent dans son look au gré d’excroissances intégrées dans la coupe du vêtement. Une troisième les succède, parée d’une chemise et d’une jupe sur lesquelles sont imprimés les contours de l’ombre de la seconde mannequin… “Une ombre devient vêtement, puis redevient une ombre” écrit alors Julie Kegels. Un jeu infini.

    Tous les looks du défilé Julie Kegels automne-hiver 2026-2027