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Rencontre avec Margot Robbie, star du film événement “Hurlevent”
Après le sulfureux Saltburn, la réalisatrice Emerald Fennell s’attaque au livre culte Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë et met en scène un couple aussi bankable que sexy : Margot Robbie et Jacob Elordi. La star de Barbie, présente à Paris pour la promotion d’“Hurlevent”, nous a dévoilé les coulisses de l’un des projets les plus scrutés du moment lors d’une conférence de presse en petit comité.
par Violaine Schütz.
Publié le 6 novembre 2025. Modifié le 26 avril 2026.

“Hurlevent”, un film épique et romantique avec Jacob Elordi
C’est sans doute le casting le plus sexy du moment. Après avoir été les héros d’un spot célébrant le parfum N°5 de Chanel, deux des acteurs les plus bankable du moment se retrouvent. En effet, le nouveau chouchou d’Hollywood Jacob Elordi (Euphoria) donne la réplique à la superstar Margot Robbie (Barbie) dans l’adaptation sur grand écran d’un livre culte : Les Hauts de Hurlevent (Wuthering Heights en anglais) d’Emily Brontë. Un duo qui a donné lieu à de nombreuses apparitions spectaculaires sur le tapis rouge et des interviews enflammées témoignant d’une showmance (une relation platonique destinée aux caméras) entre les deux.
Les acteurs et actrices Hong Chau (The Whale), Alison Oliver (Saltburn) et Shazad Latif (Et l’amour dans tout ça ?, Nautilus) figurent également au générique du film “Hurlevent” prévu pour une sortie au cinéma le 11 février 2026. Et la chanteuse Charli xcx a composé de nouveaux morceaux, très lyriques et baroques, pour la BO.

La rencontre entre Emerald Fennell et Emily Brontë
Un autre nom ajoute encore à l’excitation entourant le projet : celui de l’actrice, écrivaine et réalisatrice britannique oscarisée Emerald Fennell qui a filmé cette relecture d’un ouvrage mythique et dérangeant de la littérature anglaise. C’est à elle que l’on doit le sulfureux Saltburn (2023) avec Barry Keoghan et Jacob Elordi et l’excellent (et très féministe) Promising Young Woman (2020) avec Carey Mulligan.
Lors d’une conférence de presse parisienne, la cinéaste nous confie : “Nous avons tous une œuvre d’art qui nous a façonnés, qui nous a transformés d’une certaine manière. La première fois que j’ai lu Les Hauts de Hurlevent, j’ai compris ce que quelque chose peut vous faire ressentir. Il me semblait impossible que quelqu’un ait écrit ce livre il y a près de deux siècles, et qu’il soit à la fois si singulier, si complexe, si sensuel, si troublant. Depuis, tout ce que j’ai fait est une tentative de recréer ce sentiment.”

Un rôle intense pour Margot Robbie
Une fois encore, la réalisatrice aborde des thèmes qui ne laissent pas indifférent même si elle adapte de manière très libre l’ouvrage. Le récit inspiré des romans gothiques d’Emily Brontë se déroule en Angleterre, dans les paysages sauvages du Yorkshire et il parle d’amour contrarié, de passions dévastatrices, de querelles familiales et de vengeance. L’une des raisons de l’attrait ineffable de ce chef-d’œuvre demeure la façon dont se répondent les interactions intenses entre les personnages et le décor : des landes isolées, parsemées de bruyère et violentées par le vent. Le nom d’Heathcliff (le héros du livre) signifie d’ailleurs “falaise de la lande”.
L’unique roman d’Emily Brontë, publié en 1847 sous un pseudonyme et considéré par beaucoup comme l’un des plus beaux livres de tous les temps, raconte l’histoire d’Heathcliff, un enfant abandonné qui est adopté par la famille Earnshaw avant d’être maltraité et de devenir lui-même violent. Ce dernier tombe amoureux de Catherine, la fille des Earnshaw et s’attire la haine de sa famille. La jeune femme l’aime aussi, mais elle va se marier avec un riche héritier et quitter le foyer pour tenter d’apaiser les tensions. Dévasté, Heathcliff part aussi, mais il n’a pas dit son dernier mot…

À sa sortie, le roman choqua de nombreux lecteurs par ses aspects transgressifs, SM, sombres et violents. D’autant plus qu’ils étaient imaginés par une femme… L’amour tourmenté entre les deux héros (qui seront incarnés par Margot Robbie et Jacob Elordi à l’écran) va notamment conduire à Catherine à sombrer dans la folie, ainsi que la dépression tandis qu’Heathcliff va se noyer dans la violence et la vengeance. Autant de malheurs, qui, transcendés par le cinéma, annoncent bien des étincelles et des séquences épiques.
Lors de la conférence de presse du film qui avait lieu au Bristol, à Paris le 2 février 2026, Margot Robbie revenait sur le côté punk et moderne d’Emily Brontë. “On a beaucoup parlé avec Emerald de la façon dont Emily s’est investie dans le personnage de Cathy, et il y a eu de nombreux débats à ce sujet au fil des ans, ce qui est fascinant. J’associe beaucoup Emily Brontë à Emerald, car je pense que ce qu’elle fait au cinéma est radical. C’est indéniablement audacieux.”
“Il y a quelque chose de mythique dans l’histoire de Cathy et Heathcliff, amants tragiques.” Margot Robbie
La star poursuit : “La publication de ce livre par Emily Brontë à cette époque était radicale. Et en le relisant aujourd’hui avec un regard moderne, j’ai du mal à croire qu’il ait été écrit il y a plus de 180 ans. Les gens ont été choqués à l’époque par ce livre, choqués qu’une jeune femme de 27 ans l’ait écrit. Cela signifiait qu’elle pensait à ce genre de choses et qu’elle avait même peut-être vécu certaines d’entre elles. Et je pense que cela a effrayé les gens.”
Emerald Fennell acquiesce : “Emily Brontë n’avait aucun intérêt pour les jugements moraux. C’est ce qui rend son œuvre si difficile… et si permanente.” Concernant la romance entre les deux héros et leur destin funeste, l’actrice pense qu’il n’en aurait pas pu être autrement. “J’ai le sentiment que même si les choses s’étaient déroulées autrement, leur histoire était de toute façon vouée à l’échec. Leur fin aurait quand même été tragique. Ils y seraient simplement parvenus par un autre chemin. J’aurais tellement aimé qu’il en soit autrement. Mais il y a quelque chose de mythique dans l’histoire de Cathy et Heathcliff, amants tragiques.”
Une relation fusionnelle entre l’actrice et la réalisatrice
Productrice d’“Hurlevent”, Margot Robbie a finalement enfilé les robes dramatiques de la capricieuse et effrontée Catherine, un personnage qui la fascine. La star nous confie : “Josey McNamara et moi avons une société de production appelée LuckyChap. Nous avons produit avec Emerald (Fennell) son premier film, Promising Young Woman, puis Saltburn, et voici notre troisième collaboration. Lors des deux premières, ce fut toujours un immense plaisir et un honneur de produire avec Emerald. Mais il y a une chose que je ne savais pas, c’était ce qu’elle disait aux acteurs. J’étais toujours sur le plateau et je la voyais leur murmurer des choses à l’oreille. Et puis ils tournaient une prise, et la suivante était tellement différente. Je me disais toujours : “Waouh, je me demande ce qu’elle leur a dit !””
Elle poursuit : “Le bonheur, en tant que producteurs, c’est de pouvoir passer beaucoup de temps ensemble avant même le début du tournage, et longtemps après, avec le montage et tout le reste. C’est la seule chose à laquelle je n’ai jamais eu accès avec Emerald, et j’ai toujours rêvé d’être à cette place. J’ai toujours espéré qu’un jour, je pourrais être l’une de ses actrices. Et quand j’ai lu ce qu’elle avait fait du personnage de Cathy et il y avait quelque chose chez elle qui m’a touchée au plus profond de moi.”

“J’adorais vraiment ce personnage.” Margot Robbie
Ce rôle de femme intense, complexe, fière, parfois cruelle et follement amoureuse qui pense qu’elle désire toujours plus aurait pu la refroidir. Mais Margot Robbie s’est tout de suite sentie attirée par son aura. Elle raconte : “J’adorais vraiment ce personnage. Elle était tout simplement extrêmement antipathique. Et pourtant, le film repose entièrement sur l’empathie que le spectateur éprouve pour elle à la fin. Je pensais qu’Emerald s’investirait pleinement dans ce genre de jeu, poussant le public à bout, mettant sa patience à rude épreuve avec ce personnage, puis parvenant à le ramener juste assez loin pour susciter une émotion. Beaucoup d’autres réalisateurs auraient sans doute adouci le personnage de Cathy, l’auraient rendu plus imparfait. Mais pour avoir travaillé avec Emerald, je sais qu’elle ne lisse pas les aspérités. Elle garde leur côté tranchant. Et c’est bien plus stimulant pour une actrice.”

Une création camp
La comédienne explique aussi avoir adapté sa méthode de travail pour le rôle. “J’aborde mes personnages de manière différente chaque fois, dit-elle. Pour certains rôles, j’écris des rêves, des pensées, des souvenirs en lien avec le personnage, mais pour Cathy quelque chose de trop préparé ne semblait pas juste. Cathy est un personnage impulsif. Je me suis concentrée sur la spontanéité de ses sentiments.”
Emerald Fennell décrit ainsi, de son côté, le personnage de Catherine : “Elle sait exactement qui elle est. Elle est une star. Un monstre. Elle est hors du temps, hors du monde. C’est en quelque sorte une création camp. » La réalisatrice avoue avoir toujours aimé cette femme même si elle fait beaucoup de mal à son entourage dans le livre.
“C’est un personnage fascinant. D’une complexité fascinante, et elle est vaniteuse. Elle croit mériter mieux. Mais ce qui nous rassure, c’est son amour pour Heathcliff. Un amour profond, sincère. » Elle poursuit : “Je crois que l’on est soit une Jane Eyre, soit une Catherine Earnshaw, soit une bitch complètement folle et passionnée, soit une gentille fille un peu ennuyeuse.”

“Il fallait que je m’investisse pleinement dans le rôle, que je lui donne tout.” Margot Robbie
La réalisatrice salue le fait que la star du Loup de Wall Street se fiche qu’on aime ou pas la personne qu’elle incarne à l’écran. « Margot n’a pas besoin qu’on aime le personnage, note-t-elle. Elle a besoin qu’il soit vrai. Et c’est pour ça qu’elle est si fantastique. Et c’est pourquoi nous l’aimons : parce que nous croyons en elle, et nous croyons en eux.«
Le respect est mutuel chez les deux artistes. Car l’actrice s’est reposée entièrement sur la réalisatrice et sa vision. Elle avoue : « Il s’agit simplement d’avoir une confiance totale en Emerald (Fennell). Il fallait que je m’investisse pleinement dans le rôle, que je lui donne tout et que je sois sûr qu’elle préserverait l’histoire au montage, ce qu’elle a fait. Il s’agissait de lui fournir un maximum de matière pour qu’on puisse faire un film trois fois. Elle l’a fait une première fois en l’écrivant, une deuxième en le réalisant et en le filmant, et une troisième au montage. Je savais qu’il y aurait cette troisième version du film, et je savais qu’elle trouverait le ton juste.”

Elle ajoute : « J’étais déjà tellement touchée par le scénario d’Emerald. Et puis, une fois qu’on ajoute le travail du directeur de la photographie, des décors, des costumes, des coiffures et du maquillage… Tout se met en place naturellement. Le travail des acteurs, une fois sur le plateau, au moment où on investit dans nos personnages est alors facilité. Mais c’est parce que c’était déjà là, dans le scénario. Je pense que si la lecture du script ne m’avait pas autant marquée, je n’aurais pas ressenti la même chose en regardant le film.”
Des costumes somptueux
Pour devenir Catherine, Margot Robbie a pu compter sur le travail remarquable de la costumière, Jacqueline Durran (Barbie, The Batman, Spencer). Cette dernière a créé des robes spectaculaires pour la comédienne, notamment dans des matières anachroniques comme le latex. “Je trouve que Jacqueline est incroyablement talentueuse, et son humilité est tout simplement stupéfiante. C’est une créatrice totalement désintéressée qui fait tout pour servir l’histoire et non pour se mettre en avant. Et elle utilise les costumes pour raconter l’histoire.”

Autant de parures scintillantes ou plus champêtres qui devraient concourir à rendre rapidement culte “Hurlevent”, qui est déjà décrit comme le Titanic ou le Roméo et Juliette de la Gen Z même s’il divise la critique. “Il y a énormément de costumes dans ce film, précise la star de Barbie. D’un point de vue purement pratique, ce qu’elle et son équipe ont accompli est tout simplement époustouflant. Mais du point de vue narratif, c’est aussi très réfléchi et intentionnel. Et pour nous, les acteurs, qui avons la chance de participer à ces essayages et de la voir peaufiner les costumes avec nous, c’est un vrai bonheur. C’est formidable. Et tout a commencé avec Emerald. Dès notre première conversation, Emerald avait une montagne de références. C’est comme si elle avait déjà une idée précise de ce qu’elle voulait dès le départ.”
“Hurlevent” d’Emerald Fennell, au cinéma le 11 février 2026.