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03 Zanele Muholi Maison Européenne Photographie exhibition photography Paris

Zanele Muholi à la MEP : la rétrospective exceptionnelle d'une activiste de l'image

PHOTOGRAPHIE

C'est l'une des expositions immanquables de ce début 2023 : jusqu'au 21 mai, Zanele Muholi présente sa première rétrospective à la Maison Européenne de la Photographie. Une plongée en plus de 200 œuvres dans la carrière d'une “activiste visuelle”, dont le travail photographique et vidéo célèbre depuis vingt ans les personnes queer et noires d'Afrique du Sud. Numéro l'a rencontrée.

  • Zanele Muholi, “Buzile, IGSM, Boston” (2019).

    Zanele Muholi, “Buzile, IGSM, Boston” (2019). Zanele Muholi, “Buzile, IGSM, Boston” (2019).
  • Zanele Muholi, “Katlego Mashiloane and Nosipho Lavuta, Ext. 2, Lakeside, Johannesburg” (2007).

    Zanele Muholi, “Katlego Mashiloane and Nosipho Lavuta, Ext. 2, Lakeside, Johannesburg” (2007). Zanele Muholi, “Katlego Mashiloane and Nosipho Lavuta, Ext. 2, Lakeside, Johannesburg” (2007).
  • Zanele Muholi, “Lulamile,Room 107 Day Inn Hotel, Burlington” (2017).

    Zanele Muholi, “Lulamile,Room 107 Day Inn Hotel, Burlington” (2017). Zanele Muholi, “Lulamile,Room 107 Day Inn Hotel, Burlington” (2017).
  • Zanele Muholi, “Qiniso, The Sails, Durban” (2019).

    Zanele Muholi, “Qiniso, The Sails, Durban” (2019). Zanele Muholi, “Qiniso, The Sails, Durban” (2019).
  • Zanele Muholi, “Miss D'vine I” (2007).

    Zanele Muholi, “Miss D'vine I” (2007). Zanele Muholi, “Miss D'vine I” (2007).

Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi.

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Scènes sensuelles entre couples lesbiens, portraits de personnes queer dans leur décor familier, ou encore autoportraits détournant des objets du quotidien pour imiter des coiffes et tenues traditionnelles.... Depuis vingt ans, Zanele Muholi documente avec ferveur, engagement et sincérité la population LGBTQ+ de son pays, l’Afrique du Sud. L’artiste non-binaire, qui se définit comme “activiste visuelle”, a fait de la photographie son outil principal pour rendre visible celles et ceux dont la société refuse parfois d’admettre l’existence, ne souhaitant ni les voir, ni les entendre. Onze ans après sa première exposition personnelle à Paris, Muholi, aujourd’hui âgé de 51 ans, présente jusqu’au 21 mai 2023 à la MEP [Maison Européenne de la Photographie] sa première rétrospective, précédemment montrée à la Tate Modern ou encore au Gropius Bau : une plongée dans deux décennies de pratique et de militantisme assidus à travers des séries photographiques au long cours qui dépeignent la communauté queer dans toute sa puissance et leur diversité.

Ici, une personne se bande la poitrine pour aplatir son buste, là, une jeune femme transgenre coiffée d’un diadème pose fièrement devant l'objectif, tandis que dans l’une des salles, des dizaines de portraits en noir et blanc sont alignés au mur pour y déployer un trombinoscope non-exhaustif de la communauté queer sud-africaine. Sans occulter la douleur qui ternit l'histoire et le quotidien de nombre de ces sujets, Zanele Muholi préfère célébrer leur existence et commémorer ceux qui nous ont depuis quittés par ces clichés ou la présence délibérée de vides entre certains portraits. Parmi plus de 200 œuvres exposées dans l'institution parisienne, l'artiste dévoile également un pan inédit de sa pratique, entamé lors du confinement : la peinture. À l'occasion de cette rétrospective exceptionnelle et immanquable, Zanele Muholi revient sur vingt ans d'une carrière où art et activisme ne font qu'un.

 

 

Numéro : Il y a vingt ans, vous présentiez votre toute première exposition personnelle à Johannesburg. Comment vous sentiez-vous à l’époque, par rapport à aujourd’hui ?

Zanele Muholi : Quand j’ai commencé ma carrière, ce que je faisais était encore très risqué. J’ignorais si les commissaires étaient vraiment désireux et capables de montrer un travail sur les queers tels que le mien. À l’époque, il y avait beaucoup de crimes de haine en Afrique du Sud. Bon nombre de personnes voulaient utiliser la présence des queer comme bouc émissaire, pour ne pas assumer leurs propres échecs. Internet n’était pas encore très accessible, ce qui rendait les choses bien plus difficiles qu’aujourd’hui. En 2023, si l’on cherche une communauté, on peut facilement la rencontrer et même trouver des lieux pour se réunir. Mais quand j’ai commencé, beaucoup de personnes LGBTQ+ étaient réticentes à l’idée de se montrer tels qu’ils étaient vraiment. Ils pensaient : “Qu’est-ce qui se passerait si j’étais outé, déshérité, excommunié de mon église ou renvoyé de mon école ?” Le chemin a été très long pour arriver là où nous sommes aujourd’hui. Pour preuve, combien y’a-t-il eu de rétrospectives à la MEP qui présentent autant de sujets noirs et LGBTQ+ que celle-ci ?

 

 

“Plutôt que toujours déplacer le curseur vers l’Afrique, examinons comment, en Europe, les lois font encore du mal aux personnes queer.” - Zanele Muholi

 

 

Vous inaugurez ce mois-ci à la Maison Européenne de la Photographie votre rétrospective, préparée il y a maintenant quatre ans avant le Covid. Présentée d'abord à la Tate Modern en 2020, l’exposition a voyagé dans plusieurs pays d'Europe avant d’arriver à Paris. Comment a-t-elle évolué au fil des lieux et des années ?

Entre Londres, Reykjavik, Copenhague ou encore Berlin, ce que je remarque, au-delà des différences d’accrochage selon les espaces, c’est la manière dont les visiteurs appréhendent cette exposition en fonction de la ville où ils se trouvent. Certains sont très heureux de voir autant de personnes noires dans un espace majoritairement composé de Blancs, où nous n’existions pas jadis. Ou bien quand on y voyait des images de Noirs, elles étaient le plus souvent l'œuvre de photographes blancs. C’est pour cela qu’il est crucial d’encourager les Noirs à représenter et soutenir les Noirs. Cela fait trop longtemps que nous avons été diabolisés, que nos histoires ont été déformées ou mal représentées. Nous voir ainsi reflétés dans ces œuvres d’art et ces espaces est pour moi la meilleure manière de transmettre nos histoires.

Zanele Muholi, “Triple III” (2005). Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi. Zanele Muholi, “Triple III” (2005). Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi.
Zanele Muholi, “Triple III” (2005). Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi.

On pénètre dans l’exposition avec l’une de vos premières séries, Only Half the Picture (2002-2006), qui présente des corps de femmes noires lesbiennes dans dans des scènes sensuelles. Leur visage y est toujours invisible, soit par leur position devant l’objectif, soit par le cadrage choisi. Dans la salle suivante, vous présentez des dizaines de portraits de la série Faces and Phases, où des personnes queer et noires se montrent frontalement cette fois-ci. Vous sentiez-vous plus à l'aise de leur donner cette visibilité en 2006, quand vous l'avez commencée ?

Quand j’étudiais la photographie entre 2001 et 2003, je photographiais déjà des personnes queer en me concentrant davantage sur leurs corps. Car avant de porter du rose ou du violet, avant d’agir ou de marcher d'une certaine manière, notre corps est queer avant tout. Cette réalité a fait qu’il était très difficile d’exposer mes premiers clichés à l’époque. Mais cinq ans plus tard, lorsque j’ai perdu une très bonne amie, j’ai commencé Faces and Phases [“Des visages et des phases”] pour lui rendre hommage. Mon neveu s’est suicidé la même année et j’ai perdu un autre ami l’année suivante. C'est là que je me suis dit : il est grand temps que nous nous montrions. Nous ne pouvons plus attendre d’être morts, violés ou victimes de crimes de haine pour devenir importants. Même si notre quotidien reste difficile, je veux rappeler au monde que nous n’en sommes pas moins de beaux êtres humains, qui existent autant que les autres citoyens sud-africains. Nous payons nos taxes, contribuons à l’économie de l’État. Les médias grand public nous enferment souvent dans notre identité de genre ou notre orientation sexuelle sans prendre en compte ce que nous apportons à notre pays, c'est pourquoi j’ai souhaité renverser ce paradigme. Les participants à ma série Faces and Phases occupent des positions très différentes dans la société : certains sont artistes, d’autres enseignants ou scientifiques. Rendons ces positions aussi importante que les problématiques que l’on rencontre au quotidien. Nous sommes bien plus que ce que l’on projette sur nous.

 

 

 

“Le silence, c’est la violence. Pour nous personnes queer et noires, faire du bruit est aussi dangereux que se taire.” - Zanele Muholi

 

 


Justement, on ressent en filigrane dans l’exposition les difficultés liées à l'homophobie, la transphobie et le sexisme, mais ce qui en émerge est avant tout un sentiment de célébration. Sans taire la violence pour autant, votre travail ne verse jamais dans l’imagerie tragique ni la souffrance sensationnaliste. Est-ce intentionnel ?

Le silence, c’est la violence. Pour nous personnes queer et noires, faire du bruit est aussi dangereux que se taire. Nous avons constamment à gérer cela. En préparant l’exposition, j’avais le choix de montrer mon travail à travers le prisme du désespoir ou bien de la célébration, que j’ai choisi. Entre célébration et commémoration, la frontière est ténue, car il reste important de rendre hommage à tous ceux que nous avons perdus et se rappeler qu’ils feront toujours partie de nous. Mais nous pouvons aussi nous imaginer vieillir ensemble, créer de nouvelles familles en dépit d'un environnement hostile. Aussi, pourquoi devrions-nous systématiquement tomber dans le tragique ? Ce n’est pas toujours nécessaire. Le plus important est de nous assurer que nous sommes bien montrés comme nous le souhaitons. Notre responsabilité, c'est de nous approprier nos histoires.

Zanele Muholi, “Collen Mfazwe, August House, Johannesburg” (2012). Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi. Zanele Muholi, “Collen Mfazwe, August House, Johannesburg” (2012). Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi.
Zanele Muholi, “Collen Mfazwe, August House, Johannesburg” (2012). Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi.

Dans vos séries Faces and Phases et Brave Beauties, vous avez photographié plus de 500 personnes LGBTQ+ venant des quatre coins de l’Afrique du Sud. Comment les choisissez-vous et les mettez-vous à l’aise devant l’objectif?

Je photographie principalement les personnes qui me plaisent, que ce soit quelqu’un que je viens de rencontrer ou qui m'a été présenté par d’autres personnes. Je suis cofondatrice de FEW [Forum for the Emportement of Women, une association de femmes noires et lesbiennes créée en 2002] et engagée dans plusieurs associations, donc la plupart des participants à mes projets sont des personnes que j'ai rencontrées là-bas. En tant que membre de cette communauté moi-même, je tiens à photographier les autres comme j’aimerais que l’on me photographie. J’aimerais pouvoir donner un appareil photo à chaque personne queer dans le monde. Si tous pouvaient se photographier, cela enrichirait nos archives et chacun pourrait se présenter selon ses propres termes. Car derrière mes portraits, il y a toujours la biographie d’une personne. Quand on regarde cinquante photos de ces séries, cela signifie que cinquante histoires y sont racontées, soit une centaine si l’on étend à la famille proche, parents et grands-parents. Mais parmi ces proches, combien nous comprennent ? Dans nos familles choisies, nous pouvons nous adapter mais dans nos familles biologiques, c'est parfois très chaotique. Avoir un père homophobe ou une sœur transphobe, par exemple, fait que l'on se traîne toute sa vie un bagage émotionnel très lourd à porter.

 

En 2012, un événement tragique est survenu dans votre vie : votre studio au Cap s’est fait cambrioler et vous avez perdu cinq ans de travail. Quel impact cela a-t-il eu sur vous et votre carrière ?

L’année 2012 a été très difficile. À une période où de nombreux crimes de haine avaient lieu dans ma région, je me suis fait cambrioler alors que j’étais en pleine préparation d’une grande exposition. Aujourd’hui, je pense que ce délit était l’œuvre de quelqu’un qui savait ce que je possédais, connaissait mon travail et voulait m’empêcher de le partager – comme une manière de me faire taire. Aussi douloureux qu'ait été cet événement, il a aussi provoqué un tournant dans ma vie : beaucoup de choses très positives me sont arrivées par la suite, et je suis tout de même parvenue à inaugurer cette très belle exposition personnelle à Paris en juin de cette année-là. Onze ans plus tard, me voilà de retour en France avec une nouvelle exposition. Plutôt que de prendre ma revanche sur ce qui m'est arrivé, celle-ci m'offre surtout l'occasion de prouver que, même lorsqu’on subit quelque chose de terrible, on peut toujours s’en relever.

 

 

“Partout où je vais, je trouve des déchets qui deviennent des trésors à mes yeux.” - Zanele Muholi

 

 

2012 est aussi l’année où vous entamez votre célèbre série d’autoportraits Somnyama Ngonyama. Vous vous y photographiez dans de nombreux endroits dans le monde tout en gardant une grande cohérence visuelle. Comment parvenez-vous à maintenir cela malgré des environnements parfois très différents ?

Partout où je vais, je trouve des déchets qui deviennent des trésors à mes yeux. Qu'il s'agisse de vêtements ou de matériaux laissés dans les rues pour être récupérés, je trouve toujours quelque chose d’intéressant pour ensuite le porter. J’emmène systématiquement avec moi mon appareil photo, mon trépied et ma télécommande, ce qui rend la réalisation de ces autoportraits plus simple que celle de mes portraits. Mentionner dans leurs titres le lieu où j’ai pris la photo reste important pour moi, car me photographier dans certaines villes est parfois plus compliqué que dans d’autres. En définitive, ces portraits parlent de la chance que j’ai d’être qui je suis et de pouvoir faire ce que je fais librement.

Zanele Muholi, “Bona, Charlottesville” (2015). Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi. Zanele Muholi, “Bona, Charlottesville” (2015). Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi.
Zanele Muholi, “Bona, Charlottesville” (2015). Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi.

Vous êtes aujourd’hui l’un des photographes sud-africains les plus connus au monde. Pensez-vous avoir ouvert la voie pour d’autres artistes noirs et queer ?

Je pense pouvoir le dire aujourd’hui, oui. Beaucoup de personnes m’ont écrit pour me dire combien mon travail leur a donné la force de traverser leur enfance et leur adolescence, d’assumer leur identité. Parfois, même des parents me contactent au sujet de leurs enfants queer! Mon travail est aujourd’hui utilisé dans le monde académique, où il sert d’autres objectifs et s'étend à un plus large public. Une fois que ces caps et ces lieux ont été atteints, cela veut dire qu’on ne peut pas faire machine arrière. Je me sens très honoré dire qu’enfin, notre communauté est reconnue et respectée comme nous le demandons depuis des années. En Afrique, ce travail a pris tellement de temps. Plusieurs textes ont été écrits à ce sujet, mais ce n’est pas encore suffisant ! C’est pour cela que je tiens à offrir la possibilité aux autres de raconter leur propre histoire. Vous vous imaginez avoir cinquante ou soixante ans, et devoir attendre la mort de vos parents pour faire votre coming-out ?

 

 

“J’aimerais pouvoir donner un appareil photo à chaque personne queer dans le monde.” - Zanele Muholi

 

 

En 2023, quels sont les défis majeurs pour un activiste visuel tel que vous ?

On ne peut pas défendre les droits humains sans passer par l’image aujourd’hui. En tant que Sud-Africaine, je pourrais dire à quel point la constitution de mon pays est belle, mais elle reste un document rédigé par ceux qui le comprennent. Nous sommes tellement nombreux à vouloir être protégés par ce document, mais où sommes-nous visibles ? L’activisme visuel, c’est avant tout une histoire de présence politique. Voir un travail comme le mien présenté ici, à la MEP, signifie qu’avant d’atteindre ce but, il y a des problématiques bien incrustées qui nous relient aux politiques menées par notre État, à notre société, et la manière dont cela nous affecte. L’Afrique du Sud est en réalité l’un des pays les plus progressistes du continent et dans le monde : nous sommes l’un des seuls pays africains à avoir une constitution, le mariage homosexuel, le droit à l’adoption… Mon exposition à Paris devrait plutôt amener à s'interroger sur ce qui a été fait ici, en France, pour partager visuellement nos récits et accueillir des personnes d’horizons très différents. À Toulouse en ce moment-même, un atelier pour enfants organisé par deux drag-queens fait polémique parce que celles-ci prévoient de leur raconter un conte mettant en scène un personnage transgenre. L’événement a provoqué l’indignation de l’extrême-droite et du maire de la ville, qui ont parlé de propagande, alors que ces intervenants ont juste l’intention d’informer les enfants sur l’existence des personnes trans. Plutôt que toujours déplacer le curseur vers l’Afrique, profitons-en pour examiner comment les lois font encore aujourd'hui, en Europe, du mal aux communautés et minorités locales. C'est là que se trouvent les vrais enjeux de l’activisme visuel aujourd’hui.

 

 

Zanele Muholi, rétrospective présentée jusqu'au 21 mai 2023 à la Maison Européenne de la Photographie, Paris 4e.

Zanele Muholi, “Julie I, Parktown, Johanessburg” (2016).􏰘􏰗 Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi. Zanele Muholi, “Julie I, Parktown, Johanessburg” (2016).􏰘􏰗 Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi.
Zanele Muholi, “Julie I, Parktown, Johanessburg” (2016).􏰘􏰗 Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York © Zanele Muholi.