14 Novembre

On a rencontré NF, le nouvel Eminem déjà en tête des charts aux USA

 

Alors qu’Eminem vient de revenir dans l’arène avec, entre autre, un single featuring Beyoncé, son jeune disciple Nathan Feuerstein s’impose en haut des classements avec plus de 100 millions de streams dans le monde entier. Présentations.

Par Sophie Rosemont

On vous prévient : on ne parlera pas de christianisme. Sans doute parce qu’après avoir été étiqueté “rappeur chrétien” aux Etats-Unis, Nathan Feuerstein alias NF a récemment décidé de remettre les pendules à l’heure : oui, il est croyant mais non, il est hors de question d’évangéliser son public via sa musique. En témoigne Perception qui, s’il ne met pas de côté ses connotations religieuses, est un album de rap classique, doté d’un flow ultra technique, qui sert aussi bien son ego trip que la narration saccadée de traumatismes passés (enfance maltraitée au fin fond du Michigan, mère morte d’une overdose, abus sexuel de la part d’un petit ami de cette dernière, etc.). De quoi marcher sur les pas de son voisin de Detroit, un certain Marshall Matters. Ultra mélancolique, parfois violent, toujours mélodique, Perception est à peine sorti qu’il cartonne en se classant numéro 1 un peu partout dans le monde. Pour la peine, NF vient de s’octroyer un tour promotionnel européen. Tout de noir vêtu, casquette vissée sur le crâne (et qu’il tripote sans cesse), visage aux traits fins et encore adolescents, Feuerstein se raconte volontiers sans être véritablement à l’aise avec le regard d’autrui. Ce qui le rend d’autant plus accessible – même si, en voyant les chiffres de ses ventes et ses milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux, on se doute que cela ne durera pas longtemps.

 

Numéro : Peu de mois séparent la sortie de Therapy Session et celle de Perception. L’inspiration, tu la trouves où ?

NF : Dans ma propre vie. En l’espace de trois ans, j’ai sorti trois albums qui en témoignent, en particulier Therapy Session, où je me parle tout seul, comme si j’étais mon propre psy. Perception, c’est une nouvelle situation : je m’interroge sur l’avenir, j’ai une clé dont je ne sais quoi faire…  Quelle porte dois-je ouvrir ?

 

Difficile de parler de la musique de NF sans évoquer celle d’Eminem…

Je l’assume : il a été une immense source d’inspiration. Dès l’enfance, j’étais habité par la musique, la sienne en particulier. J’écoutais Eminem non stop, je recopiais ses textes dans mes cahiers, je regardais en boucle tous ses clips… C’est lui qui m’a permis d’oser penser que moi aussi, je pouvais faire du hip hop.

 

 

“Quand j’entends mes morceaux à la radio, je les trouve parfois carrément dépressifs !”

 

 

 

NF - Let You Down

Quand as-tu réalisé que toi aussi, tu serais musicien ?

Vers 12 ans, j’ai su que je n’avais plus le choix. J’ai commencé à écrire et à rapper tout en ouvrant mon champ musical vers des choses qui n’avaient rien à voir avec le rap, comme Adele ou Ed Sheeran. Eux m’ont donné l’envie de rajouter des cordes et des claviers – comme tu peux l’entendre dans Perception, j’en mets partout où je peux ! Mais aujourd’hui, j’essaye de ne pas aduler qui que ce soit, d’écouter ce qui se passe sans pour autant me déconcentrer de ma propre musique.

 

Hormis la musique, tu cultives un univers visuel très fort, à la fois réaliste et onirique. Quelles sont tes inspirations ?

Inception est MON film de prédilection. Le scénario, la musique, la tension : tout y est incroyable. J’aime le cinéma d’action lorsqu’il est sombre et intelligent. Par exemple, le dernier Batman avec Heath Ledger dans le rôle du Joker. J’aime quand les énergies sont étranges, inquiétantes…

 

Tu as vécu une enfance difficile. Est-ce la musique qui t’a sauvé… autant que ta foi ?

En tout cas, tous deux me permettent de tenir debout. Mais je ne sais pas ce que je serai devenu sans la musique. Elle m’a permis de sortir de mon mal-être, de vivre autre chose que l’échec et l’abandon, mais pourtant, ce sont eux qui la nourrissent. Quand j’entends mes morceaux à la radio, je les trouve parfois carrément dépressifs !

 

Face à un succès aussi soudain, comment garder les pieds sur terre ?

En faisant des tournées : c’est génial, mais c’est épuisant. Concrétiser ses rêves ne se fait pas si facilement… derrière les paillettes, il y a beaucoup de travail, de pression. Le fun, c’est sur scène, il faut être aux aguets tout le reste du temps. D’autant plus que je veux garder le contrôle, ne pas me laisser envahir par mes angoisses. Car mon but, c’est de continuer à faire de la musique. Vu que ce n’est jamais gagné, il faut garder la tête froide, toujours.

 

 

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