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Isabelle Huppert et “Elle” de Paul Verhoeven sacrés aux Golden Globes 2017

 À l'occasion de la cérémonie des Golden Globes 2017, Numéro revient sur sa critique du film "Elle" sacré meilleur film étranger et sur la prestation fascinante d'Isabelle Huppert, meilleure actrice dans un film dramatique.

Par Olivier Joyard

 
 
Voilà plus de quarante ans que Paul Verhoeven arpente, avec une acuité rare, les tourments sexués de ses contemporains, dans une veine cruelle et ironique qui emprunte à la fois à Alfred Hitchcock et à Luis Buñuel. On croyait ce grand cinéaste septuagénaire perdu dans les limbes d’une fin de carrière sans joie, une décennie après l’incroyable saga Black Book qui revisitait l’histoire de la Seconde Guerre mondiale sous un angle dérangeant. Mais le Néerlandais revient en pleine forme puisqu’il est en compétition au Festival de Cannes, avec son premier film tourné à Paris, une passionnante variation sur le drame bourgeois à la française.
 
Titre de ce nouvel opus : Elle. Elle, c’est Michèle, une quinquagénaire au regard dur jouée par une Isabelle Huppert prodigieuse. Victime d’un viol dès les premières images, cette créature sidérante reprend, l’instant d’après, le fil de sa vie, dans l’illusion que tout sera encore comme avant. Sauf que des fissures apparaissent très vite. Verhoeven adapte ici l’un des derniers romans de Philippe Djian (“Oh…”, sorti en 2012 chez Gallimard) et trouve l’occasion de créer un nouveau personnage féminin inattendu, parfois pervers, toujours fascinant. Une spécialité chez lui, une obsession même, qui a pris toutes les formes possibles depuis Basic Instinct ou Showgirls, deux chefs-d’œuvre sous-estimés à leur sortie dans les années 90. Car Michèle ne fait rien de ce que l’on pourrait attendre d’elle. Elle refuse d’être une victime. Ne parle pas à la police. Entame bientôt un jeu avec celui qui l’a si brutalement agressée. “C’est une femme qui ne tombe pas, raconte Isabelle Huppert. Jamais. Elle est multiple : cynique, généreuse, attachante, froide, méritante, indépendante, dépendante, lucide. Elle n’est pas sentimentale, il lui arrive une foule d’événements, tous plus encombrants les uns que les autres, mais elle ne craque pas.” 
 

 

 

Voilà plus de quarante ans que Paul Verhoeven arpente, avec une acuité rare, les tourments sexués de ses contemporains, dans une veine cruelle et ironique qui emprunte à la fois à Alfred Hitchcock et à Luis Buñuel. On croyait ce grand cinéaste septuagénaire perdu dans les limbes d’une fin de carrière sans joie, une décennie après l’incroyable saga Black Book qui revisitait l’histoire de la Seconde Guerre mondiale sous un angle dérangeant. Mais le Néerlandais revient en pleine forme puisqu’il est en compétition au Festival de Cannes, avec son premier film tourné à Paris, une passionnante variation sur le drame bourgeois à la française.

 

Titre de ce nouvel opus : Elle. Elle, c’est Michèle, une quinquagénaire au regard dur jouée par une Isabelle Huppert prodigieuse. Victime d’un viol dès les premières images, cette créature sidérante reprend, l’instant d’après, le fil de sa vie, dans l’illusion que tout sera encore comme avant. Sauf que des fissures apparaissent très vite. Verhoeven adapte ici l’un des derniers romans de Philippe Djian (“Oh…”, sorti en 2012 chez Gallimard) et trouve l’occasion de créer un nouveau personnage féminin inattendu, parfois pervers, toujours fascinant. Une spécialité chez lui, une obsession même, qui a pris toutes les formes possibles depuis Basic Instinct ou Showgirls, deux chefs-d’œuvre sous-estimés à leur sortie dans les années 90. Car Michèle ne fait rien de ce que l’on pourrait attendre d’elle. Elle refuse d’être une victime. Ne parle pas à la police. Entame bientôt un jeu avec celui qui l’a si brutalement agressée. “C’est une femme qui ne tombe pas, raconte Isabelle Huppert. Jamais. Elle est multiple : cynique, généreuse, attachante, froide, méritante, indépendante, dépendante, lucide. Elle n’est pas sentimentale, il lui arrive une foule d’événements, tous plus encombrants les uns que les autres, mais elle ne craque pas.” 

 

 
 
Elle navigue en toute conscience dans la zone grise de l’ambiguïté et du malaise, même si son personnage a connu durant son enfance un trauma majeur qui pourrait expliquer son étrange comportement – son père a commis une série de meurtres. Mais Verhoeven n’a que faire de la profondeur psychologique et des clés psychiques,  au sens où elles ne constituent pas la matière première de son cinéma. S’il ne les évacue pas complètement, il les utilise comme des motifs, les inclut à la surface des images, capables d’imprimer la rétine et de créer des chocs. Son film, tout en virtuosité cachée, peut parfois donner la fausse impression d’être bâclé. C’est à l’évidence une illusion, une de plus, puisque Elle s’impose sans difficulté comme un pur exercice de cinéma “à l’ancienne”, un tour de force de mise en scène où chaque détail, chaque effet visuel ou dramatique, vient de loin.
 
Si le malaise est présent dans tous les plans, le plaisir l’est aussi. Souvent très drôle, jouant du grotesque comme d’une arme, Elle réussit l’exploit de maintenir le spectateur à distance tout en le laissant glisser à l’intérieur des jeux de séduction, de pouvoir et de mort qui se trament sur l’écran. Autour de la figure d’Isabelle Huppert, tout commence aussi à dérailler chez les personnages secondaires. Bientôt, le monde entier tremble. Au bout du chemin, ce n’est pas la moindre des subversions de ce film intense et captivant que de prouver que le mal, le déni et la violence se nichent parfois, sans en avoir l’air, dans toutes les situations de la vie.
 
 
Elle de Paul Verhoeven avec Isabelle Hupert, Laurent Lafitte et Virginie Efira. 
 
 

 

 

Elle navigue en toute conscience dans la zone grise de l’ambiguïté et du malaise, même si son personnage a connu durant son enfance un trauma majeur qui pourrait expliquer son étrange comportement – son père a commis une série de meurtres. Mais Verhoeven n’a que faire de la profondeur psychologique et des clés psychiques,  au sens où elles ne constituent pas la matière première de son cinéma. S’il ne les évacue pas complètement, il les utilise comme des motifs, les inclut à la surface des images, capables d’imprimer la rétine et de créer des chocs. Son film, tout en virtuosité cachée, peut parfois donner la fausse impression d’être bâclé. C’est à l’évidence une illusion, une de plus, puisque Elle s’impose sans difficulté comme un pur exercice de cinéma “à l’ancienne”, un tour de force de mise en scène où chaque détail, chaque effet visuel ou dramatique, vient de loin.

 

Si le malaise est présent dans tous les plans, le plaisir l’est aussi. Souvent très drôle, jouant du grotesque comme d’une arme, Elle réussit l’exploit de maintenir le spectateur à distance tout en le laissant glisser à l’intérieur des jeux de séduction, de pouvoir et de mort qui se trament sur l’écran. Autour de la figure d’Isabelle Huppert, tout commence aussi à dérailler chez les personnages secondaires. Bientôt, le monde entier tremble. Au bout du chemin, ce n’est pas la moindre des subversions de ce film intense et captivant que de prouver que le mal, le déni et la violence se nichent parfois, sans en avoir l’air, dans toutes les situations de la vie.

 

 

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