02 Février

Interview culte : dans le lit de Rossy de Palma

 

L’actrice espagnole a accepté de se glisser sous les draps et de répondre à nos questions… légèrement indiscrètes. 

Propos recueillis par Philip Utz, Portrait Sofia Sanchez & Mauro Mongiello

Numéro: Quels sont vos rêves, vos fantasmes les plus inavouables ?

Rossy de Palma : Vous savez, je n’ai pas forcément besoin d’être dans les bras de Morphée pour rêver d’un monde meilleur, d’un avenir où la bêtise ne triompherait plus sur le bien. D’un futur où les fractures sociales seraient balayées, où tout le monde mangerait à sa faim et où les frontières tomberaient, la corruption et la discrimination disparaîtraient. Je partage mon temps entre l’Espagne et la France, et je suis très sensible au prétendu problème d’immigration en France, qui en réalité n’en est pas un. Est-il besoin de rappeler que l’“immigration” – du spermatozoïde vers l’ovule, en l’occurrence – est à l’origine du monde ? 

 

Ne parlez pas de sperme, par pitié, ça me dégoûte !

Pendant longtemps les scientifiques ont cru qu’il s’agissait du spermatozoïde le plus endurant, le plus agile qui fécondait l’ovule. Que la survie de l’espèce répondait à la loi – somme toute assez machiste, disons-le– du plus fort. Mais saviez-vous que des études récentes ont montré que l’ovule est en mesure de sélectionner le spermatozoïde qui le féconde ? Que le spermatozoïde avec la plus belle queue n’est pas forcément accepté par l’ovule si sa tête ne lui revient pas ? En effet, il semblerait que, même à cette étape primaire de la vie, ce soit déjà la femme qui décide. 

 

Faites-vous des rêves récurrents ?

Enfant, je faisais un rêve très cinématographique qui aurait fait les beaux jours d’un psy si, depuis longtemps, je ne l’avais pas exorcisé. Dans ce rêve, je me retrouvais au pied d’une majestueuse volée de marches que je gravissais tant bien que mal pour me retrouver nez à nez avec la mort – toge noire, capuche et… Comment appelle-t-on ce truc tranchant déjà ?

 

Une faux.

Voilà, une faux à la main et tout le tintouin. De part et d’autre de ce sinistre personnage, deux chemins. Je m’engageais dans celui de droite pour me retrouver sur un échiquier géant où, en guise de pions, figuraient des hommes noirs et des hommes blancs. Une fois l’échiquier franchi, j’arrivais sur un quai de gare pour monter dans un train, avant de me rendre compte que le contrôleur n’était autre que Belzébuth, prince des ténèbres. Terrifiée, je m’engageais alors sur le chemin de gauche, escarpé, pour m’enfoncer dans une forêt sombre tout droit sortie d’un film de Tim Burton. Je tombais alors sur un lac miroitant aux eaux chaudes et claires. Je me glissais dedans, une main invisible et apaisante me caressant dans les flots. Puis je me réveillais. 

 

S’agissait-il de la main de Dieu ?

Ou de ma propre main ? Allez savoir… 

Le lit reste-t-il le meilleur endroit pour faire l’amour ?

Le lit, c’est pas mal. Ce qui ne veut pas forcément dire que l’amour doit toujours se faire à l’horizontale. Personnellement, si je le pouvais, je passerais ma vie au lit à regarder des films, à boire du thé, à lire des romans et à tirer des plans sur la comète. On peut tout faire au lit. D’ailleurs j’adore cette idée vaguement décadente de recevoir des invités chez soi, telle une vestale allongée dans son lit. Malheureusement, on ne peut pas toujours se le permettre. 

 

Vous arrive-t-il de temps à autre d’avoir des coups de cafard qui vous clouent au lit ?

Non, mais il m’arrive très souvent de ne pas avoir envie de me lever. Les jours où il fait froid et moche, par exemple, où l’on a envie de rester bien au chaud sous la couette, la tête enfoncée dans un oreiller moelleux en regardant de façon distraite par la fenêtre. Il est très facile d’associer un lit au ventre maternel, au berceau de son enfance : c’est à la fois très rassurant et très régressif. 

 

En quoi le fait d’avoir des enfants a-t-il changé vos habitudes nocturnes ?

Mes enfants sont grands, mais il est vrai que le plus grand changement dans la vie d’une mère – hormis les métamorphoses physiques – c’est celui du cycle du sommeil, qui se retrouve à jamais bousculé. S’il faut allaiter son nouveau-né toutes les trois heures au début, c’est au moment où il faut lui donner le sein toutes les cinq heures que les choses se corsent. Vous sombrez alors dans un sommeil plus profond dont il est difficile de se sortir. Sans parler du fait que lorsqu’on est mère, on est en état d’alerte permanent. Le corps dort, mais l’oreille reste éveillée. Et ça, c’est irréversible. 

 

Avec quel genre d’homme rêveriez-vous de partager votre lit ?

Argh ! Je vous aurais répondu avec plaisir Michael Jordan s’il n’était pas déjà pris. Mais on peut toujours rêver. 

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