03 Avril

Pour Art Basel, le duo Semiconductor nous plonge au cœur d’un accélérateur de particules

 

Le duo anglais Semiconductor a élu résidence cet automne au CERN, laboratoire XXL qui abrite un accélérateur de particules. À l’occasion d’art Basel, du 14 au 17 juin, il réveleront Halo, un œuvre immersive autour de la thématique des étoiles et façonnée à partir de données récoltées au centre de recherche de Genève.

Par Alexis Thibault

Semiconductor : Ruth Jarman et Joe Gerhardt

D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Près de Genève, de part et d’autre de la frontière franco-suisse, se dresse le CERN, l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Encerclé par des montagnes immaculées, l’édifice est l’un des plus prestigieux laboratoires scientifiques du monde. Il abrite dans son enceinte un cratère de 90 mètres, dans les profondeurs duquel se niche un système circulaire monumental : un accélérateur de particules.

 

C’est au cœur de ce laboratoire XXL que le duo d’artistes anglais Semiconductor a élu résidence l’automne dernier. Mari et femme et anciens chercheurs, Joe Gerhardt et Ruth Jarman explorent notre monde et analysent notre façon de l’appréhender au regard de la science et de la technologie : “L’art et la science répondent à différents modèles et nécessitent tous deux une part d’intuition”, explique le duo. Du 14 au 17 juin, à l’occasion de la foire Art Basel en Suisse, ils révèleront Halo, un cylindre démesuré situé dans une chambre obscure. Cette œuvre soutenue par l’horloger suisse Audemars Piguet consiste en une installation expérimentale immersive autour de la thématique des étoiles et façonnée à partir de données récoltées au CERN. Les spectateurs seront entourés de millions de traces et de points, empreintes laissées par les collisions résultant d’ATLAS, l’une des cinq expériences de l'accélérateur de particules. Car, le CERN analyse la collision d’éléments inférieurs à l'échelle atomique (et donc invisibles à l’œil nu) afin de mieux comprendre les lois de l’univers. À chaque impact surgissent des données nouvelles, les fameuses data, des descriptions élémentaires de la réalité. Au sein du laboratoire, les scientifiques issus du monde entier accèdent aux métadonnées enregistrées puis les observent, les mesurent ou les commentent.

 

 

Dans cette expérience, vous êtes encerclé par les données, une véritable sphère sonore et lumineuse.” Joe Gerhardt

 

 

 

ATLAS, à 93 mètres de profondeur, CERN.

Les membres de Semiconductor mêlent ainsi images et expérimentations sonores en intégrant les aléas à leur processus artistique. Selon Monica Bello, directrice des arts au CERN, lier l’art et la science “fait surgir des connexions entre les disciplines et développe des scénarios susceptibles de nous aider à appréhender notre rôle dans le monde”. À la fois œuvre d’art et structure physique expérimentale, Halo – qui signifie cercle de lumière –, capture notamment les photons, des particules spécifiques de la lumière. “Dans cette expérience, vous êtes encerclé par les données, explique Joe Gerhardt, une véritable sphère sonore et lumineuse.” Ainsi, Semiconductor expose la nature physique du monde digital. “En fait, c’est un peu comme la toute première version de Photoshop ironise Ruth Jarman, les artistes s’en sont emparés aussitôt. En ce qui nous concerne, nous utilisons un langage digital et les data sont notre matériel.

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