L’artiste et metteur en scène, énergiquement subversif
 depuis les années 70, a décidé de faire du pur Jan Fabre pour l’occasion. Du pur Jan Fabre, c’est-à-dire une provocation mêlant profane et sacré (des pénis et des vulves côtoient des emblèmes religieux) appuyée par une imagerie profondément belge, des grands peintres flamands à l’esthétique du carnaval. Les 250 m2 de ce nouveau lieu situé à proximité de Beaubourg (et des autres espaces de la galerie) accueillent donc un orgue de Barbarie sexy, des coquillages d’où sortent des sexes plus ou moins en érection, une croix géante sur laquelle des pénis (encore) semblent s’agglutiner comme des moules sur un rocher… Cette approche surréaliste est une véritable célébration de la vie, d’une pulsion de désirs et d'excès.

 

Tout au long de la galerie, Fabre a placé de petites images colorées et grotesques représentant des scènes folkloriques, parfois de carnaval. On les croirait tout droit sorties des œuvres de Brueghel ou de Van Cleve. “Ces maîtres
 que l’on célèbre aujourd’hui étaient de grands subversifs à leur époque, nous expliquait-il, il y a quelques années. Ils s’attaquaient aux pouvoirs en place. Ils célébraient la vie, la chair, le corps, la danse et l’ivresse... C’est leur esprit carnavalesque que je ravive.” Mais le combat de Jan Fabre, c’est aussi celui de l’artiste contre les puissants et les institutions – religion en tête.

 

À contre-courant d’un art contemporain pour lequel la notion de beau n’a plus de pertinence depuis longtemps, Jan Fabre se dresse en vérité en “combattant de la beauté” (Warrior of beauty était même le titre de son exposition au musée de l’Ermitage en octobre 2016). “Mon métier en tant qu’artiste, nous confiait-il alors,
 est de défendre la beauté. Et la beauté n’est pas qu’esthétique. Il ne s’agit pas de maquillage.
La beauté est aussi éthique. Elle réside dans la vulnérabilité des êtres. L’art doit être bienveillant et protéger la vulnérabilité de l’être humain.

 

Jan Fabre à la galerie Daniel Templon, jusqu’au 21 juillet 2018, 28, rue du Grenier-Saint-Lazare, Paris 3e.