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Qui est Lou Menais, la créatrice qui transforme les vestes Schott en pièces couture
Après avoir lancé sa marque homonyme en 2025, Lou Menais revient avec une triple collaboration. Aux côtés d’Atelier Montex, la créatrice parisienne transforme bombers et vestes en cuir Schott en pièces couture. Rencontre.
par Léa Zetlaoui.
Publié le 2 avril 2025. Modifié le 22 avril 2026.

Lou Menais, une créatrice à suivre de près
Le vendredi 14 février 2025 n’était pas seulement le jour de la Saint-Valentin, mais aussi celui où Lou Menais révélait la première collection de sa nouvelle marque. Onze ans après JOUR/NE, le label qu’elle avait cofondé avec deux associés, la créatrice de mode revient avec un projet plus personnel. Pour notre plus grand plaisir.
Comme le précisent les légendes des photos qu’elle publie sur son compte Instagram, cette nouvelle marque qui porte son nom s’inspire de sa vie et met en scène ses proches, notamment le rappeur Ichon. « My vision of beauty is my people. » (« Ma vision de la beauté, ce sont les personnes qui m’entourent »).
Un peu plus d’an plus tard, en avril 2026, la Parisienne revient avec une triple collaboration très réussie. Aux côtés de Schott et Atelier Montex, la maison de broderie appartenant aux Métiers d’Art de Chanel, elle dévoile six vestes en cuir et bombers délicatement embellis de broderies. Dans une interview pour Numéro, Lou Menais nous raconte sa nouvelle aventure mode ainsi que cette rencontre créative ambitieuse.


L’interview de la créatrice Lou Menais
Sa collaboration avec Schott et Atelier Montex
Numéro : Comment est née cette collaboration entre vous, Schott et Atelier Montex ?
Lou Menais : La collaboration est d’abord née d’une rencontre humaine. Celle de Dan, directeur marketing de Schott, et d’Aska, directrice artistique de l’Atelier Montex. Dan m’a proposé de travailler à partir des pièces iconiques de Schott. Je me suis plongée dans ce projet pendant plusieurs semaines, à dessiner, explorer, déconstruire. Très vite, les arabesques et les rondeurs de mon logo sont revenues de manière instinctive. L’idée de la broderie s’est imposée assez naturellement. J’avais envie de confronter mon écriture très organique à quelque chose de plus technique, presque patrimonial. J’ai donc frappé à la porte d’Aska avec mes dessins, un peu comme on vient proposer une intuition.
Qu’est-ce qui vous a séduite dans cette rencontre entre vos trois univers ?
Je dirai que c’est le défi de confronter trois langages très forts. D’abord l’héritage utilitaire de Schott, puis mon univers plus sensuel et graphique, et enfin, l’excellence artisanale de Montex. Ce n’était pas évident, mais c’est ce défi qui rend le projet intéressant.


Comment faites-vous dialoguer l’esthétique brute et utilitaire de Schott avec la finesse artisanale de la broderie Montex ?
Je ne voulais surtout pas lisser le style de Schott, ou rendre les pièces trop précieuses. Ainsi, on a travaillé la broderie comme une intervention presque inattendue. Elle n’est plus décorative au sens classique du terme, mais devient un élément perturabeur. Et c’est dans ce contraste entre quelque chose de délicat, mais apposé sur des matières brutes, épaisses et chargées d’histoire, que le dialogue s’établit.
Pouvez-vous nous raconter une étape clé du développement de la collection ?
Le moment clé a été ma découverte des archives de l’Atelier Montex. Aska m’a donné accès à des centaines, voire des milliers, d’échantillons de broderies réalisés depuis la création de la maison [en 1949 ndlr]. À partir de là, j’ai repris tous mes dessins à zéro, en intégrant les possibilités techniques de l’atelier. Je suis revenue avec six propositions, en pensant qu’on en sélectionnerait une. Et là, Aska m’a dit : “Pourquoi choisir ? Faisons-les toutes.” Ce moment a été décisif, car il a transformé ce projet en quelque chose de beaucoup plus libre et ambitieux.


En quoi cette collaboration vous a-t-elle permis d’explorer de nouvelles techniques ou de revisiter des savoir-faire traditionnels ?
J’ai découvert le travail de la machine Cornely, mais surtout le niveau de précision et de patience qu’implique la broderie artisanale. Chaque pièce demande entre 20 et 50 heures de travail. C’est une temporalité complètement différente de celle à laquelle on est habitué aujourd’hui. Ça m’a permis de penser le vêtement comme un objet presque unique, avec une logique artisanale où chaque geste compte.
Quelle est votre pièce préférée et pourquoi ?
Je les aime toutes, mais j’ai un vrai coup de cœur pour les pièces en cuir, ainsi que pour le bomber kaki et le satin rose. Ce sont celles où les contrastes entre structure et fluidité et entre force et délicatesse sont les plus forts. Elles ont quelque chose d’assez inattendu et c’est ce qui les rend uniques.


Sa passion pour la mode
Quel est votre premier souvenir lié à la mode ?
Mon premier souvenir lié à la mode est certainement associé à ma mère et à sa bande de copines. Elles étaient en Xuly Bet et en Jean Paul Gaultier, je les trouvais trop cool et trop belles. J’ai aussi des souvenirs très précis de ma grand-mère qui m’achetait des jupes Souleiado dans le sud de la France. C’était pour moi hors de question de les retirer, hiver comme été, même les jours de sport. Récemment, ma mère m’a confié que, les jours de sport, j’allais à l’école avec la jupe “qui tourne”, un jogging dessous et des bottes de pluie jaunes. Un sacré mélange, mais elle avait complètement cédé face à ma détermination.
À quel moment de votre vie avez-vous décidé de faire carrière dans ce milieu et pourquoi ?
Après le Bac, j’étais un peu perdue, je n’avais pas du tout envie de faire des études. Je voulais travailler, gagner ma vie. Très vite j’aspirais à une “vie d’adulte”. J’étais aussi un peu révoltée qu’on me demande de choisir si jeune ce que je voulais faire pour le reste de ma vie. J’ai donc fait des stages, dont un au magazine WAD : j’ai été émerveillée. Je fantasmais complètement la vie de toutes ces personnes qui y travaillaient. Puis, c’est la rédactrice en chef de l’époque qui m’a poussée à aller au Studio Berçot.


Une carrière éclectique
Votre parcours en quelques mots ?
Après deux ans au Studio Berçot, où je n’étais pas très régulière, j’ai été prise en stage aux lunettes (!) chez Marc Jacobs. Puis, je suis passée au prêt-à-porter à Paris et à New York. Et enfin, de retour à Paris, je m’occupais de la maroquinerie. Ce fut ma première expérience de travail en tant que designer, et elle a duré 4 ans et demi.
En 2014, vous avez également lancé une première marque.
Oui ! En parallèle avec eux associés, nous avons créé la marqueJOUR/NE. J’avais 24 ans et ça a été l’une des expériences les plus formatrices de ma vie. Bien que nous ayons rencontré un succès très rapidement, je pense que nous n’avions pas la maturité nécessaire pour vivre une telle aventure.
Qu’avez-vous après l’aventure JOUR/NE?
J’ai fait une pause, vendu du vintage de luxe depuis Marseille et fait de la direction artistique en freelance pour diverses marques, notamment dans la beauté. Puis, juste avant le Covid, on m’a proposé un poste de styliste chez Rouje, et je suis rapidement devenue head of design de la marque. Enfin, c’est aujourd’hui que je réalise un rêve : lancer ma propre marque.
Comment est née l’envie de lancer votre propre marque ?
Avec toutes ces expériences assez complémentaires, j’ai beaucoup appris. J’ai aussi pris confiance en moi et en mon travail. J’ai envie de faire ressentir, de pouvoir montrer ce que je vois dans les gens, dans ma ville, à travers la mode.
Que représente la mode pour vous ?
Je pense que la mode est représentative d’une époque, d’un moment, qu’il y a un aspect politique à ce que l’on raconte. La narration dans une marque est très importante pour moi. Lancer ma propre marque est aussi pour moi un gage de liberté : travailler avec des gens que j’ai choisis, au rythme qui me plaît, en faisant ce que j’aime à 100 %.


Une créatrice qui mélange genres et influences
Pouvez-vous décrire le style de vos collections ?
J’adore la prise de risques et les mélanges incongrus de couleurs et de motifs. J’aime les matières naturelles. Je suis plus “team héritage” que “team futuriste”, si j’ose dire. Les couleurs chaudes et méditerranéennes : très souvent, le bordeaux, le jaune, le rouge, le bleu marine sont des couleurs qui reviennent dans mes inspirations.
Quelles sont vos inspirations ?
Pour ce qui est des silhouettes, je trouve que la première collection ressemble vraiment à mon placard, c’est-à-dire un jogging ballerine le mardi et une robe de madone le jeudi. Quand je crée les collections, j’essaie vraiment de me dire que chaque produit doit être à lui-même : seul, hyper désirable. Je dois avoir envie de porter toutes mes pièces et de les trouver uniques.
Que voulez-vous transmettre comme message à travers vos vêtements ?
Un message fédérateur avant tout. Je ne veux pas que ma marque soit un gage de cercle fermé ou d’entre-soi. J’aimerais que ce soit une marque dont on soit fier de porter les pièces, car on aime l’image et les valeurs qu’elle véhicule.
Depuis que vous avez lancé votre marque, avez-vous vécu un moment dont vous êtes particulièrement fière ?
Je suis très fière de la première campagne pour laquelle j’ai photographié mes proches. J’avais envie de les voir beaux : coiffés, maquillés sur le set et rayonnants. Je sais que c’est un shooting qui ne vieillira pas. Et que je le regarderai avec autant d’émotions dans 10 ans.
En tant qu’entrepreneuse dans la mode, quel est le plus gros challenge auquel vous êtes confrontée ?
Je me pose énormément de questions sur ma stratégie wholesale, le calendrier de la Fashion Week. Comment y échapper ? Est-ce possible ? Et rester libre dans tout ça créativement, est-ce possible ?
Les collections de Lou Menais sont disponibles sur loumenais.fr