25 fév 2025

Comment la créatrice Colombe d’Humières réinvente la joaillerie ?

Pour Numéro, la créatrice de joaillerie chérie par le monde de la mode Colombe d’Humières raconte sa passion pour l’artisanat et le sur-mesure, revient sur son parcours et révèle ses ambitions et ses icônes.

  • Propos recueillis par Louise Menard.

  • Publié le 25 février 2025. Modifié le 28 février 2025.

    Des pièces uniques réalisées sur-mesure

    Je suis un atelier de créations sur-mesure”, nous confie Colombe D’Humières, depuis son atelier situé dans le 10e arrondissement de la capitale. Alors qu’elle commence à vendre sur le marché des petits bijoux faits de perles et de ficelles à l’âge de huit ans, la créatrice française fonde en 2020 son propre studio, après de prestigieuses études à la Central Saint Martins de Londres. 

    Celle qui s’est toujours considérée comme une artisane plutôt que comme une artiste s’est imposée peu à peu dans le milieu de la joaillerie en façonnant des pièces métalliques souvent en argent et parfois ornées de pierres et d’objets précieux apportés par ses clients eux-mêmes. Des créations aux formes brutes, entre métallurgie et sculpture, qui mêlent avec brio onirisme et enchantement et se nourrissent de références esthétiques implicites à l’Art nouveau.

    Proche de l’univers de la mode, Colombe D’Humières voit ses bijoux publiés dans de nombreux magazines et participe à quelques shows de jeunes créateurs, comme celui d’Alphonse Maitrepierre à l’automne-hiver 2023-2024. Tandis qu’elle dessine pour le défilé des boucles d’oreilles féériques, elle révèle en parallèle des collaborations mode remarquables, notamment avec MainlineLueder ou encore Études et tout récemment avec la marque londonienne Paolina Russo. Suggérant quelque chose de très enfantin, Colombe D’Humières imagine des porte-clés dorés semblables à de mini-Tamagotchi sertis de pierres semi-précieuses upcyclées.

    L’interview joaillerie de Colombe d’Humières

    Numéro : Quand avez-vous décidé de faire carrière dans ce milieu et pourquoi ? 

    J’ai eu très tôt l’intuition que les métiers d’art, et plus particulièrement la joaillerie, étaient une parfaite équation entre l’artisanat, la création artistique et la possibilité de rester indépendante, ce qui était très important pour moi.

    Pourriez-vous partager votre parcours en quelques mots ?

    Après avoir passé quatre ans à l’école Central Saint Martins dans la section Jewellery design, j’ai choisi de ne pas faire de stage dans de grandes maisons mais de proposer des créations sur-mesure, bien que le challenge de trouver des clients était de taille. J’ai beaucoup appris sur le tas, dans mon petit atelier de Montmartre, ce qui m’a permis de trouver mon propre style et de progresser techniquement. Et puis, petit à petit, des marques m’ont proposé de réaliser des collections pour elles et les choses ont commencé à bouger. Aujourd’hui je veux me concentrer sur un service sur-mesure. Je souhaite proposer également des bijoux et des objets pour la maison comme des poignées de meubles, de portes, de fenêtres ou encore des tringles à rideaux.

    Des bijoux aux inspirations anciennes

    Quelles sont vos inspirations ? 

    Les processus de fabrication sont pour moi une grande source d’inspiration. Par exemple, les vidéos sur YouTube intitulées “How It’s Made” et tout ce qui touche à l’histoire des objets et des matériaux me fascinent. Sinon j’aime bien les endroits comme le Père Lachaise à Paris, les puces, les salles de ventes aux enchères, les marchés aux amulettes en Thaïlande… Je peux aussi rester des heures dans la salle des bijoux du Victoria & Albert Musem.

    Comment décririez-vous le style de vos collections ?

    J’essaie d’adapter mes créations et de faire varier le style de mes pièces en fonction des personnalités de mes clients. C’est selon moi bien plus passionnant.

    Colombe D’Humières, une créatrice de l’intime

    Que voulez-vous transmettre à travers vos bijoux ?

    J’aime l’idée que mes bijoux soient une capsule ou un réceptacle qui renferme le souvenir d’une personne ou d’un moment. Ou alors qu’ils aident seulement à se sentir bien dans sa peau, ce qui est important.

    Depuis que vous avez lancé votre marque, avez-vous vécu un moment dont vous êtes particulièrement fière ?

    J’ai eu pas mal d’étapes marquantes et fortes en émotions depuis que j’ai débuté. Mais le fait d’avoir eu une boutique pendant 3 ans a été vraiment un énorme challenge et je suis contente d’y être parvenue, même si je suis bien plus heureuse aujourd’hui dans mon atelier.

    En tant qu’entrepreneuse, quel est le plus gros challenge auquel vous êtes confrontée ?

    Avoir le temps de se renouveler, de se poser et de pouvoir réfléchir c’est un vrai luxe. Accepter le temps que chaque étape doit prendre. Et surtout se faire confiance, faire confiance à ses idées, tout en essayant de sortir du moule d’Instagram et des modèles de marques préexistantes et en réussissant à en vivre…

    Si vous deviez inviter à dîner trois personnes, vivantes ou mortes, célèbres ou non, qui seraient-elles ?

    Un dîner composé du bijoutier René Lalique, de l’orfèvre italien Benvenuto Cellini et de Victoire de Castellane (directrice artistique de Dior Joaillerie) serait pour moi un dîner idéal ! Ce sont un peu mes trois idoles de la joaillerie…

    Les créations Colombe d’Humières sont disponibles sur colombedhumieres.com. Et dans certaines boutiques à travers le monde comme Twos à Londres, Casimir Pulaskiday à Tokyo et Tortoise Corridor à Bangkok.