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Rencontre avec Tim Richardson, fascinant photographe de l'ère digitale

 

Après avoir fait sensation en mai avec son exposition "Spiritual Machine" à la Milk Gallery de New York, Tim Richardson évoque avec Numéro son approche sensuelle de la photographie et de la vidéo digitales.

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Exposé pour la première fois à la Milk Gallery de New York, après de nombreuses collaborations avec des magazines et des labels, Tim Richardson a fait la preuve de sa brillante maîtrise des nouvelles technologies (motion capture, imagerie 3D…) appliquées à la photographie et à la vidéo. Futuristes et intrigantes, ses réalisations magnétiques proposent une plongée dans des univers fantasmagoriques à la sensualité affirmée. Chaque sujet photographié, à l'instar de la chanteuse Brooke Candy ou de la mannequin Guinevere, se révèle une fois retravaillé numériquement en constante mutation et en perpétuel mouvement. Rencontre à New York avec le photographe d'origine australienne.

 

Numéro : Comment réalisez-vous vos clichés et vos vidéos ? Nécessitent-ils un modèle réel ou sont-ils entièrement élaborés par ordinateur ?

 

Tim Richardson : Guinevere et Brooke Candy ont été photographiées à l'aide d'appareils numériques. Mais je peux utiliser d'autres outils comme la motion capture qui me permet d'enregistrer les mouvements d'une personne, un danseur par exemple, et de les reproduire en 3D sur ordinateur. Certaines formes abstraites de l'exposition sont issues de ce type de captation, dont je n'ai gardé que la trace du mouvement afin de créer formes et volumes. Une fois que ce scan a été réalisé, et que vous pouvez regarder le résultat depuis différents points de vue, le résultat tient plus de la sculpture que de la photographie traditionnelle. Pour produire les vidéos avec Guinevere, nous l'avons entièrement scannée afin de reproduire et d'animer une version virtuelle de son corps. La démocratisation des technologies permet en effet maintenant de travailler non seulement avec une caméra numérique mais avec quatre ou cinq appareils qui enregistrent, en même temps, sous différents angles, auxquels s'ajoutent des logiciels de modélisation 3D et de retouche. Je peux ainsi choisir et (re)composer mon image à partir de ces matériaux captés à 360°.

 

Numéro : La photographie numérique, retouchée ou issue d'une modélisation 3D, a la réputation d'être froide. Or, le mouvement et la sensualité sont au cœur de vos réalisations…

 

Tim Richardson : Mes photos sont retravaillées numériquement, certes, mais j'y mets beaucoup de moi. J'essaie, à travers elles, de partager des émotions fortes. Je suis très sensible à la beauté classique d'une sculpture antique, ou à la manière dont des maîtres de la photographie comme Irving Penn ont magnifié une féminité affirmée. J'envisage mon travail comme une manière d'amener cette féminité, cette beauté, vers d'autres territoires. L'une de mes photographies a ainsi pour base une sculpture du Metropolitan Museum of Art de New York. Je l'ai entièrement réinventée à l'aide des outils contemporains. Je l'emmène vers quelque chose de plus fou. C'est cet entre-deux entre tradition et extravagance qui m'intéresse. Mon processus de travail me permet également d'ajouter une part de mystère à mes images. On ne reconnaît plus toujours le sujet au premier regard. C'est une invitation à regarder au-delà de l'image, vers ce qui est caché.

 

Numéro : Une photographie en particulier attire le regard. Une fille aux longs cheveux bleus dont le visage se soustrait au regard…

 

Tim Richardson : Cette photo est issue d'un travail que je réalise à partir d'œuvres, ou plutôt de couleurs, propres à certains artistes. Ici, je me suis inspiré du bleu Klein. Je voulais préserver une présence humaine, mais lui donner une forme abstraite. Cela passe par ces cheveux iconiques. J'ai également réalisé une autre photographie à partir du travail d'Anish Kapoor.

 

Numéro : Les vidéos réalisées avec Guinevere forment un mélange intrigant, entre science-fiction et animation de jeu vidéo. En quoi ces univers vous inspirent-ils ?

 

Tim Richardson : Le titre de mon exposition Spiritual Machine fait référence au livre du Dr Raymond Kurzweil, The Age of Spiritual Machines. Il y traite de l'évolution de l'être humain vers une forme hybride. Cette idée d'hybridation est fascinante visuellement et forme l'essence de mon travail. Le film avec Guinevere mêle quant à lui des références aussi bien gothiques que futuristes. On peut penser à Alien et à l'univers de H.R. Giger. Guinevere y est aussi sensuelle qu'étrange et cristalline.

 

Numéro : Vos représentations de la femme sont très radicales...

 

Tim Richardson : Je souhaite surtout montrer la diversité de l'image de la femme. Montrer des femmes à l'identité très forte, comme Brooke Candy. Mon objectif est de m'emparer de cette identité, et de l'emmener vers un nouveau territoire. C'est la meilleure manière de lui rendre hommage. La tâche du photographe est de prendre possession de son modèle. De le faire sien.

 

Propos recueillis par Thibaut Wychowanok

 

timrichardson.tv

 

 

Tim RichardsonHybrid Glamor IV, Tao Okamoto, archival digital c-print, 81,3 x 114,3 cm.

Tim Richardson, Apocalypse Candy II, Brooke Candy, archival digital c-print, 81,3 x 114,3 cm.

Tim Richardson, Perpetual Motion IV, archival digital c-print, 81,3 x 114,3 cm.

Tim RichardsonGuinevere Remix V, archival digital c-print, 81,3 x 114,3 cm.

Tim RichardsonHybrid Glamor III, Tao Okamoto, archival digital c-print, 81,3 x 114,3 cm.

Tim RichardsonApocalypse Candy I, Brooke Candy, archival digital c-print, 81,3 x 114,3 cm.

Tim RichardsonColor Theory, archival digital c-print, 81,3 x 114,3 cm.

Tim RichardsonNew Muse, archival digital c-print, 81,3 x 114,3 cm.

Tim Richardson, Hybrid Glamor I, Tao Okamoto, archival digital c-print, 81,3 x 114,3 cm.

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