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À Tokyo, une galerie d’art invite ses visiteurs à la dévaliser

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C’est un véritable pillage qui a eu lieu le 10 juillet, au sein de la Same Gallery à Tokyo. Vidée de ses œuvres en quelques minutes, cette jeune galerie d’art avait en vérité délibérément organisé la première exposition invitant les visiteurs à voler son contenu. Mais si quelques règles avaient été promulguées au préalable, tout ne s’est pas déroulé comme prévu…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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En avril 1958, l’artiste français Yves Klein présentait à Paris la toute première exposition sans œuvres, aujourd’hui connue sous le nom “Le Vide”. En 1995, l’exposition “Take Me I’m Yours” organisée par le commissaire Hans Ulrich Obrist et l’artiste Christian Boltanski invitait les visiteurs de la Serpentine Gallery à toucher mais également à ramener chez eux les œuvres exposées, entre vêtements empilés, fruits et objets du quotidien. Cet été, une galerie japonaise semble avoir cumulé ces deux approches dans une nouvelle exposition invitant son public à dérober les œuvres d’art exposées.

 

Inaugurée il y a quelques mois dans le sud-est de Tokyo, la Same Gallery s’est dès ses débuts illustrée par des projets audacieux. Baptisée “Bring your Own Art Party”, sa toute première exposition invitait les visiteurs à venir munis de leurs propres créations. Celles-ci étaient ensuite exposées entre les murs de la galerie, accompagnées d’un cartel présentant leur auteur, et disponibles à la vente pour les intéressés. C’est suite à cela que Tota Hasegawa, commissaire de la galerie, a eu l’idée radicale de sa “Stealable Art Exhibition”, proposant des œuvres d’artistes contemporains vivant au Japon ou à l’étranger tels que Akira Gomi, Joni Nakamura ou encore Gabin Ito. Il fixe alors les conditions pour que le larcin puisse se dérouler convenablement : l’espace de la galerie sera ouvert pendant 24 heures sans personnel de sécurité. Les visiteurs devront aussi respecter quelques règles : chacun ne pourra voler qu'une seule œuvre, pour permettre de partager l’expérience. Si deux visiteurs convoitent le même objet, ils seront invités à se départager “au pierre-papier-ciseaux”, comme le précisent les instructions de la galerie sur son Instagram.

 

Le 10 juillet dernier, l’exposition a finalement ouvert ses portes au public, reportée de trois mois suite aux mesures de confinement. Ce laps de temps semble avoir permis aux Tokyoïtes de se donner le mot, notamment via les réseaux sociaux. Le soir de l’inauguration, près de 200 personnes se sont ainsi rassemblées devant la galerie, obligeant la police municipale à intervenir afin de maîtriser la foule. Si “Stealable Art Exhibition” ne devait accueillir les visiteurs qu’à partir de minuit, l’affluence a finalement contraint la galerie a ouvrir ses portes une heure plus tôt, voyant son petit espace complètement dévalisé en moins de 10 minutes. Face à ce succès inattendu, la Same Gallery s’est ensuite excusée sur son site auprès du voisinage et du public pour le chaos provoqué. “Lorsqu’une œuvre est présentée comme quelque chose qui peut être volé, quel type d'œuvre l'artiste exposera-t-il? Qu'arrive-t-il à la relation entre le spectateur et l’œuvre?”, interrogeait en mars la galerie en prélude à l’exposition. Nul doute que cette expérience originale leur aura prouvé l'écart de la théorie à la pratique.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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