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Qui est Marc Quinn, le sculpteur star qui vient de voir sa statue retirée à Bristol ?

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Après avoir réalisé un autoportrait avec son propre sang et imaginé Kate Moss dans des positions improbables, le sculpteur britannique Marc Quinn vient de voir sa statue à l'effigie de la militante du mouvement Black Lives Matter Jen Reid retirée après seulement 24h d’installation. Intitulée “Une montée en puissance”, l’oeuvre se tenait sur le socle où reposait jadis celle de l'esclavagiste Edward Colston, déboulonnée puis jetée dans un fleuve en en marge des manifestations de juin dernier à Bristol. Retour sur la carrière de cet artiste londonien habitué à créer la sensation. 

"Une montée en puissance" de Marc Quinn, sculpture en acier noir, 2020.

Il n’aura fallu que 24h avant que sa statue ne soit retirée par les autorités de Bristol. La veille, le sculpteur britannique Marc Quinn avait déposé dans la ville du sud-ouest de l’Angleterre – sans autorisation de la mairie – une statue en acier noir de la militante du mouvement Black Lives Matter Jen Reid, représentée le poing levé. Une posture qu’elle avait adoptée quelques semaines plus tôt, lorsque la statue d’Edward Colston – un négociant du XVIIe siècle ayant fait fortune grâce à la vente d’esclaves – avait été déboulonnée et jetée dans au fond d’un fleuve. Si le maire de Bristol souhaitait organiser une grande consultation démocratique avant de décider du sort du monument clandestin, installé symboliquement par Marc Quinn sur le même socle qui accueillait jadis la sculpture de Colston, l'artiste a défendu son action précipitée en citant l'archevêque et prix Nobel de la paix sud-africain Desmond Tutu : "si tu es neutre en situation d'injustice, alors tu as choisi d'être du côté de l'oppresseur".

 

Ce n’est pourtant pas la première fois que ce sculpteur londonien de 56 ans crée la polémique. À Londres, en 2007, il installait sur la célèbre place Trafalgar Square une œuvre monumentale représentant Alison Lapper, une artiste britannique née sans bras avec des jambes atrophiées immortalisée au moment de sa grossesse. La sculpture en marbre de près de 4 mètres de hauteur avait déchaîné les passions outre-Manche, certains jugeant l’oeuvre trop délibérément provocante et donc banale, d’autres criant au génie, arguant que Marc Quinn avait réussi à créer une vision élégante et positive du handicap encore trop souvent rare dans l’art contemporain. 

"Self", autoportrait, 1991 © Marc Quinn

Engager la conversation sur des sujets polémiques, interroger la place de l’être humain à travers des sujets comme le corps, la génétique, l'identité, l'environnement ou les médias sont autant d'ambitions que Marc Quinn souhaite réaliser à travers sa pratique. Car celui qui a commencé sa carrière dans les années 90 aux côtés de l’artiste provocateur Damien Hirst au sein du mouvement des Young British Artists ne souhaite laisser personne indifférent. 
 


Connu pour avoir réalisé une série d’autoportraits sculptés avec son propre sang congelé (1995), Marc Quinn s’est aussi fait remarquer en installant un jardin botanique entièrement gelé à la Fondation Prada de Milan (2000), en concevant un arc-en-ciel géant lors de la biennale de Liverpool (2002), en reproduisant sa sculpture d’Alison Lapper en structure gonflable pour la cérémonie d’ouverture de J.O. paralympiques de Londres (2012) et surtout en imaginant des statuettes à l'effigie de la mannequin anglaise Kate Moss dans des positions de yoga improbables (2008). Il est aujourd’hui l’un des artistes plasticiens les plus reconnus dans le monde de l’art contemporain. Une aura qui dépasse largement les frontières des musées, comme le prouvent cette nouvelle entrée remarquée dans l’actualité, mais également sa récente collaboration avec la maison Dior sur des pièces de maroquinerie.

"Siren", 2008 © Marc Quinn

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