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Hommage à Germano Celant, père de l’arte povera

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La nouvelle vient de tomber : Germano Celant, grand critique d’art italien, s’est éteint aujourd’hui à l’âge de 80 ans des suites du Covid-19. Derrière elle, cette figure de l’art contemporain laisse notamment la création d’un mouvement majeur de la fin du XXe siècle, l’arte povera, ainsi que de nombreuses expositions prestigieuses.

Gênes, septembre 1967 : le critique d’art Germano Celant, alors âgé de 27 ans, organise dans sa ville natale une exposition qui fera date dans l’histoire de l’art contemporain. Baptisée “Arte Povera Im spazio”, que l’on peut traduire par “art pauvre – images espace”, celle-ci divise en deux sections la galerie La Bertesca : tandis que la seconde partie “Im spazio” présente des œuvres mettant en scène l’espace, la première rassemble – sous cette expression d'“arte povera” formulée pour la première fois – six artistes dont les œuvres sont composées avec des matériaux pauvres (terre, déchets) ou médiums immatériels (lumière, son). Conçues en réaction assumée aux récentes transformations économiques et politiques de l'époque, tout particulièrement à l'influence grandissante du marché de l'art américain et de son injonction à la productivité lucrative, ces œuvres invitent par leur grande banalité le spectateur à revenir à l’essence de l’œuvre d'art et de la matière pour y retrouver une certaine humilité. L'arte povera voit alors officiellement le jour, incarné par les six artistes exposés – Alighiero Boetti, Luciano Fabro, Jannis Kounellis, Giulio Paolini, Pino Pascali et Emilio Prini – et soutenu par un manifeste de Germano Celant. Rapidement s'y joindront d’autres plasticiens italiens tels que Giuseppe Penone, Mario Merz ou encore Giovanni Anselmo, faisant de ce courant un tournant artistique majeur pour le pays. 

 

Si l’invention et la théorisation de l'arte povera valurent à Germano Celant une notoriété internationale, celle-ci lui permit surtout d’exercer la profession de commissaire d’expositions à travers lesquelles il commença par défendre l’art italien dans des institutions du monde entier. On retiendra par exemple son exposition Identité italienne. L’art en Italie depuis 1959 au Centre Pompidou, rassemblant huit artistes contemporains de son pays. Mais outre cette thématique récurrente, le critique d’art a par exemple consacré une exposition au chorégraphe américain Merce Cunningham à la Fondation Antoni Tàpies de Barcelone, qui a ensuite voyagé en Europe. 

Vue de l’exposition de Jannis Kounellis à la Fondation Prada de Venise (2019).

Curateur en chef au Guggenheim de New York, directeur artistique de la Fondation Prada à Milan puis de la Biennale de Venise en 2004, Germano Celant a fait ses armes dans les lieux les plus prestigieux du monde de l’art. Il y a quelques mois, les visiteurs de la dernière Biennale de Venise pouvaient encore découvrir l’exposition de la Fondation Prada consacrée à Jannis Kounellis dont il était le commissaire – une rétrospective d’ampleur revenant sur cinquante années de création par l’artiste italien décédé en 2017, mais aussi cinquante années d’amitié qui l’ont lié artistiquement et humainement à Germano Celant. Aujourd’hui, à l’âge de 80 ans, le critique d’art disparaît à son tour des suites du Covid-19, laissant derrière lui un précieux héritage.

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