Comment cette œuvre fait-elle écho à son histoire personnelle ?

Danh est d’origine vietnamienne. Sa famille a été obligée de fuir la guerre menée par les Américains. Après avoir été secourus par un bateau danois, ils se sont installés au Danemark. L’histoire du Vietnam et celle de la famille de Danh ont été fortement marquées par cet exode. Au sein de l’installation Dirty Dancing est également accroché un frag- ment d’une lettre du missionnaire Théophane Vénard reproduite à la main par le père de Danh Vo. Le Vietnam a été marqué par plusieurs vagues de colonisation, la première menée par des moines catholiques afin de convertir et de christianiser les populations. Cette lettre a été écrite par le moine français la veille de son exécution, en 1861. L’empereur était décidé à lutter contre cette première vague qui avait pour prétexte la religion, mais qui était en réalité la première forme de colonisation du pays. Puis il y a eu la guerre du Vietnam, et une colo- nisation plus commerciale, représentée par exemple par l’industrie hollywoodienne ou par des grandes marques comme Coca-Cola. La propagande étatique américaine a également pris d’autres formes avec la conquête de l’espace, à l’époque de la guerre froide. Danh est un sculpteur conceptuel incroyable qui comprend les formes, les mots, les lettres. Il assemble avec maîtrise et poésie tous ces fragments.

 

Une autre grande qualité de Danh Vo est de savoir assembler les éléments au sein d’une exposition. C’est un excellent curator de ses œuvres, qu’il mêle souvent à des pièces d’autres artistes. 

C’est qui m’a immédiatement fasciné chez lui : cette façon de juxtaposer, de superposer, d’empiler, de mettre en transparence plusieurs fragments, plusieurs histoires, dont celles d’autres artistes. On l’a vu au sein de plusieurs expositions, notamment celle qu’il avait curatée avec Caroline Bourgeois à la Punta della Dogana à Venise [Slip of the Tongue, 2015] avec des artistes historiques comme Rodin ou Picasso et une génération d’artistes qui lui sont proches. Il est aussi, pour revenir au terme de curator, le seul artiste, la seule personne qui a intégré après la mort de Felix Gonzalez-Torres son groupe d’amis, d’artistes, d’écrivains. C’est un des seuls adoubé par l’artiste Julie Ault, qui a eu ainsi le droit de curater une exposition de Gonzalez- Torres comme celle du Wiels à Bruxelles, en 2010.