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Charli XCX réalise un clip DIY dans sa cave

Musique

“J’ai besoin d’utiliser ce moment pour faire quelque chose d’authentique, de réel et de représentatif de ce que nous traversons tous en tant que communauté”, déclarait récemment la pop-star Charli XCX sur Instagram. Confinée comme une grande partie de la population mondiale, la Britannique a pris la decision de tourner la situation en sa faveur en préparant un album collaboratif intitulé “How I’m Feeling Now”, dont la sortie est prévue pour le 15 mai. Deux extraits en ont déjà été dévoilés : “Forever”, ballade romantique sur fond d’Auto-Tune, ainsi que “Claws”, parfaitement taillé pour danser. Le 1er mai, Charli XCX dévoilait le clip de ce morceau entièrement do it yourself dans lequel elle se défoule devant un fond vert, plongeant sa silhouette dans divers mondes imaginaires peuplés de paillettes et de papillons… depuis sa cave réaménagée en studio de tournage. Un procédé dont la cote a grandement augmenté durant la période de confinement : récemment, c’est la chanteuse Grimes, autre ambassadrice de la pop expérimentale, qui livrait à ses fans des rushs de vidéos d’elle-même sur fond vert afin de stimuler leur créativité. 

Charli XCX - claws [Official Video]

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    Cinq ans après son dernier opus, “Art Angels”, Grimes revient avec “Miss Anthropocene”. Annoncé il y a quelques mois, ce nouvel album promettait une odyssée funeste sur le monde de demain, entre intelligence artificielle et réchauffement climatique. Qu’en est-il réellement ?  

    L’intelligence artificielle s’apprête à remplacer les chanteurs. Et le réchauffement climatique détruit la planète un peu plus chaque jour… Dans un tel contexte, à quoi bon continuer à composer ? C’est la grande question que s'est posée Grimes en élaborant son nouvel – et dernier ? – album, en 2019. Miss Anthropocene est né ce 21 février, après des mois de teasings farfelus. Attendu comme le messie, cet opus se veut le déclencheur d’une nouvelle ère musicale. Disque conclusif adoubé par la presse avant même de voir le jour, il marque la fin du contrat qui reliait Claire Boucher – de son vrai nom – à la maison de disque 4AD. Que faut-il retenir de cette oeuvre “hybride”, mêlant mythologies ancestrales et réflexion sur le monde de demain ? 

     

    1. Teasings en série et attente démesurée

     

    Miss Anthropocene associe misanthropie et l’anthropocène. Il faut donc marquer la liaison à l'oral. Grimes mêle l'aversion pour le genre humain à une notion controversée chez les scientifiques : l'anthropocène désigne l’ère au cours de laquelle l’humain a laissé une trace indélébile sur la Terre, notamment avec l’apparition du plastique et du développement de la chimie au XIXe siècle. Dans l’imagination de Grimes, Miss Anthropocene serait donc la déesse salvatrice du monde en proie au changement climatique. La Canadienne est “obsédée par le polythéisme antique”, comme elle le déclarait à Lana Del Rey en décembre 2019 : “J’adore comment les Grecs ou les Égyptiens ont vécu dans leur monde bizarre avec plein de dieux, qui représentaient tout et n’importe quoi”. N’importe quoi : c’est là où le bât blesse. L’idée de modeler un album entier autour des aventures apocalyptiques d’une déesse du plastique est pourtant loin d’être stupide. Encore faut-il assumer ses ambitions. 

     

    Mon album est une démonologie moderne, dans lequel chaque chanson parle d’une façon différente de souffrir ou de mourir.”

     

    Entre rêves de pop star et expérimentations futuristes, Grimes se serait-elle définitivement perdue ? Après avoir forgé un tel univers autour de son nouvel opus, difficile, finalement, de savoir à quoi s’attendre. Claire Boucher n’en est pas à son premier virage stylistique. Après avoir émergé sur la scène montréalaise en 2010 en tant que nouvelle icône du do-it-yourself avec Halfaxa, elle était rapidement devenue l’une des figures les plus intéressantes de sa génération, aux côtés de Björk ou FKA twigs. En 2015, Art Angels, plus pop et plus accessible, déçoit ses fans. La chanteuse elle-même a estimé que cet album devenu “une tache dans sa vie” était “de la merde”. De quoi définitivement brouiller les pistes pour la suite. 

    2. Le retour de la dreampop 

     

    Malgré ses promesses de renouveau, force est de constater que Miss Anthropocene est un album résolument pop. À la fois stellaires et soignées, certaines compositions, sublimées par des voix éthérées, demeurent saisissantes. So Heavy I Fell Through the Earth (Art Mix), qui ouvre le disque, fige le temps, une épopée onirique de six minutes. D’une extrême densité, le morceau se démarque par des chants haut perchés.

     

    La première moitié du disque conserve la même force que son morceau introductif. Suivent les titres DarkseidViolence ou encore 4AEM, que le public connaissait déjà. Tous font la part belle aux accents dreampop de Art Angels, que la chanteuse avait pourtant férocement rejeté. Certains invités de ce précédent opus reviennent sur Miss Anthropocene, comme Pan Wei-Ju, poètesse basée à Taipei, qui chante en cantonais sur DarkseidViolence, produit par i_o, reste quant à lui l’un des morceaux les plus entraînants du disque. Avec des paroles répétitives, il décrit une relation abusive dont on ne saurait dire s’il s’agit d’un couple toxique, ou du rapport entre les humains et la Terre.

    3. Pop éclectique

     

    De My name is dark (Art Mix) à You’ll miss me forever when I’m not around, Grimes s’enfonce dans des compositions pop aux structures de plus en plus classiques, de moins en moins dynamiques. Delete Forever fait figure d'OVNI avec sa ballade rythmée par une simple guitare acoustique, un titre qui fait référence aux albums de pop-rock emo du début des années 2000.

     

    L’âme qui donnait son énergie des singles déjà sortis disparaît donc à mesure que Miss Anthropocene, au profit d'une musique plus intimiste. “Mon album est une démonologie moderne – comprendre : l’étude des démons  –, dans lequel chaque chanson parle d’une façon différente de souffrir ou de mourir.” Mais peut-être que l'album se suffit à lui-même et mérite une écoute sans explication de texte.

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    “Être sexy ne fait pas de moi une femme-objet.” La star de la pop Charli XCX se confie à Numéro

  • Quand Evanescence rencontre les Destiny’s Child avec la pop star Rina Sawayama

    À l’aube des années 2020, les nouvelles stars de la pop sont de plus en plus nombreuses à repousser les limites des catégories musicales. Grimes et Charli XCX, souvent citées, sont en première ligne d’une pop futuriste et hybride à la croisée des genres. Avec son premier album “SAWAYAMA”, qui fait rimer metal et R’n’B, la jeune nippo-britannique Rina Sawayama n’est pas loin derrière. 

    De ses mèches roses épinglés dans le clip de Cherry à son brushing orangé dans celui de XS, Rina Sawayama change de style capillaire comme de genre musical, d’un couplet à un autre, en un claquement de doigts. À bientôt trente ans, la mannequin et chanteuse vient de sortir son premier album, SAWAYAMA, le 17 avril dernier. La Britannique d’origine japonaise y rend hommage au R’n’B du début du siècle tout en explorant les affres de l’adolescence, des réseaux sociaux, du capitalisme et de tous les points noirs de notre société. 

     

     

    Quand Evanescence rencontre les Destiny’s Child

     

     

    Je ne crois pas aux plaisirs coupables, point barre. Je n’ai pas honte d’affirmer que j’aime la musique bien mielleuse.” Du nu-metal de Korn au R’n’B de Destiny’s Child, tout en passant par la pop de Britney Spears, SAWAYAMA est un premier album qui mêle les influences aussi éloignées qu’inavouables. Dynasty, qui ouvre ce premier disque, est d'ailleurs une référence directe au groupe de metal Evanescence dont Rina Sawayama semble imiter les mélodies vocales lyriques et les arrangements mêlant les instruments caractéristiques du rock à ceux d'un orchestre symphonique. D’autres morceaux comportent les mêmes riffs de guitare caractéristiques du genre, du violent STFU au puissant XS, une véritable critique de la société de consommation qui musicalement parvient à faire rimer R’n’B et metal. 

     

    Assurant les premières parties de la pop star Charli XCX, Rina Sawayama appartient à une nouvelle génération de chanteuses pop futuristes à la croisée des genres. De la musique de la jeune Poppy, protégée énigmatique de Marilyn Manson dont le dernier album incarnait cette hybridation à la perfection, à celle du groupe tokyoïte Babymetal, la pop, le rap, le punk et le nu-metal semblent désormais pouvoir coexister en harmonie.  

    Les affres de l’adolescence 

     

    À 15 ans, Rina Sawayama ouvre pour la première fois la porte d'un cabinet de thérapeute. Atteinte de troubles de l’alimentation, l’adolescente passe beaucoup d’heures sur le divan, une expérience sur laquelle elle écrit beaucoup et qui lui apprend à mettre des mots sur ses émotions. Ses chansons, depuis la sortie de Rina, son premier EP en 2017, traitent d’autant de sujets liés à l’adolescence que la dépendance à Internet et la découverte de la sexualité. Le clip de Cherry fait d'ailleurs écho à une quête de l’identité sexuelle, Rina Sawayama étant ouvertement pansexuelle comme elle l’affirme dans une F.A.Q (foire à questions) postée sur sa chaîne YouTube.

     

    Pop star 2.0, l’artiste n’hésite pas à échanger avec ses fans, qu’elle appelle les “pixels” sur les réseaux sociaux. Le jour de la sortie de son premier opus, ils étaient des milliers à le découvrir ensemble lors d’une séance d'écoute interactive. En bonne enfant du nouveau millénaire, Rina Sawayama imbibe fortement sa palette musicale des influences de son époque, s'étendant des années 90 à aujourd'hui. Paradisin est un hymne de pop sucrée, rythmé par des synthétiseurs probablement dérobés à Nintendo, dans lequel elle chante ses journées d’adolescente désœuvrée passées à traîner avec ses amis. Dans le clip de Cyber Stockholm Syndrome, elle incarne une cyber-idole, perdue entre néons roses et bleus.

    Le Japon vu par l’Occident 

     

    Suis-je japonaise ? Quand je me rends au Japon, je me sens telle une étrangère. Mais est-ce que je me sens chez moi en Angleterre ?” Les questionnements identitaires de Rina Sawayama reflètent ceux qui traversent les enfants d’immigrés de tous les pays. Ayant grandi en Angleterre, elle sort diplômée de Cambridge en 2012 en politique, psychologie et sociologie. Dans plusieurs entretiens avec les médias, elle évoque la façon dont la culture asiatique est appropriée par le courant mainstream. Si elle refuse de rentrer dans les cases et de passer pour une icône de la culture nippone, elle cite volontiers Utada Hikaru, la mère de la pop japonaise, comme une influence majeure. 

     

    J’ai grandi en observant le Japon avec une vision occidentale. Aujourd’hui, je le perçois différemment. Cette relation est devenue plus évidente en apprenant l’histoire de ma famille”. Certains morceaux de SAWAYAMA affronte de plein fouet les questions liées à l’immigration et surtout, au racisme qui en découle, et dont Rina Sawayama a souffert. Dans STFU, le titre le plus rock de l’album, la chanteuse attaque : “Have you ever thought about taping your big mouth shut?/‘Cause I have many times, many times” (“As-tu déjà pensé à scotcher ta grande bouche ? / Car j’y ai pensé, souvent”). Un message explicite qui saura certainement se faire entendre. 

     

    Rina Sawayama, SAWAYAMA, disponible depuis le 17 avril chez Dirty Hit.

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