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ILS ONT FAIT 2015: Pigalle, lauréat du grand prix de l’ANDAM

 

Lauréat du grand prix de l’ANDAM 2015, Stéphane Ashpool, fondateur de la marque Pigalle, se confie à Numéro.

Portrait de Stéphane Ashpool, Pigalle Paris. 

Numéro : Tout le monde connaît vos tee-shirts frappés du nom “Pigalle”, qui ont été un succès mondial, mais on ne connaît pas nécessairement la marque de prêt-à-porter masculin qui existe autour. Comment avez-vous lancé Pigalle ?

Stéphane Ashpool : Je me suis lancé dans la mode en 2008 en ouvrant une petite boutique multimarque où je vendais des pièces de Rick Owens, de Gareth Pugh et de designers plus confidentiels tels que Phenomenon, de Tokyo. À l’origine, ma première idée était d’ouvrir une boutique de chapeaux, mais j’ai compris que ça n’allait pas suffire. J’ai donc ouvert cette boutique, et huit mois après, j’ai fait mon premier défilé sur la place juste en face. J’ai fait jouer un orchestre avec des inspirations tsiganes, c’était mon premier show, je voulais mettre en scène mes chapeaux et je ne savais pas faire des vêtements. Mais j’ai passé beaucoup de temps dans des ateliers parisiens. On m’a conseillé de débuter avec une seule matière, donc j’ai commencé avec du coton. Pour le deuxième défilé, j’ai utilisé du coton et de la laine, puis, pour le troisième, j’avais du mohair, de la soie… Les tee-shirts ne sont arrivés qu’après mon premier défilé. Des personnalités comme A$AP Rocky ont porté mes chapeaux, mais jamais les tee-shirts. Au lieu de profiter de la manne qu’auraient pu représenter les tee-shirts, j’ai arrêté de les vendre pour me concentrer sur ce que j’aime depuis le début : le mélange de sportswear et de couture, à l’instar des designers que je vendais. Cela fait deux ou trois ans que je vends mes vêtements dans ma boutique, et j’en suis déjà à mon dixième défilé. 

Comment votre amour pour la mode est-il né ? Comment avez-vous fait votre éducation en la matière ?

Mes parents étaient des artistes. Mon père a réalisé des costumes de danse, notamment pour ma mère qui était danseuse. L’influence du théâtre dans mon jeune âge était très prégnante. J’ai grandi entouré de figures excentriques qui s’habillaient avec soin. À 7 ans, j’aimais déjà beaucoup les vêtements, les tenues ethniques… J’étais assez timide, mais doté d’un bon sens visuel. Je suis autodidacte, j’ai passé ma jeunesse à observer car je n’étais pas un très bon élève. Je suis travailleur et minutieux, j’ai donc réussi à me former tout seul en observant et en prenant des conseils. C’est bien, car j’échappe ainsi à toutes les classifications. Je suis ravi d’être finaliste du prix de l’ANDAM, car j’ai conscience du chemin que j’ai parcouru. J’avance en essayant de proposer un univers coloré, métissé, divers. Je suis vraiment heureux, aujourd’hui, de pouvoir présenter mon travail à des professionnels de la mode qui connaissent très bien le leur. 

Vous êtes personnellement très fortement ancré dans Paris, tout en proposant un mélange de sportswear et de vêtements sophistiqués, parfois en soie, qui n’existe pour l’instant que sur les podiums londoniens. Comment voyez-vous cette alchimie ?

Je suis amoureux de Paris, et le client Pigalle est assez difficile à définir. J’habille aussi bien des personnes de la mode que des garçons de la rue, et je me sens à l’aise avec les uns comme avec les autres. Je suis ravi de proposer une mode ouverte à des profils si divers. Cette diversité se ressent dans le vestiaire, dans la boutique. Je fabrique les pièces les plus importantes à Paris, les soies à Lyon, les chapeaux dans le Sud, la maille en Italie, certains jerseys au Japon. Cette diversité se ressent donc aussi dans mon processus de travail. J’aime être à l’aise dans mes vêtements, je mélange spontanément le sportswear à d’autres pièces plus chics, au quotidien. Le style de ma marque reflète cette attitude. 

J’ai synthétisé la culture de la mode parisienne, l’exigence de belles matières et finitions avec la culture de la jeunesse d’aujourd’hui. Mon sportswear est élégant et parisien. Un mohair avec des biais à l’ancienne, voilà ce qui est contemporain. Dans mon dernier défilé, j’ai mis à l’honneur les enfants de l’équipe de basket que j’entraîne. C’était important pour moi, car cette année passée à leurs côtés a été très forte. Je les ai emmenés aux Philippines. Mes défilés mettent en scène plus qu’un vestiaire : avec leur casting composé de personnes qui me sont proches, comme celui présenté la saison précédente à l’opéra Garnier, j’explique qui je suis, en expliquant qui m’entoure. Je montre que mes propositions sont une réalité concrète.

 

Propos recueillis par Delphine Roche

 

www.pigalle-paris.com

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