Advertising
354

Alber Elbaz quitte la direction artistique de Lanvin

 

Alors qu'Alber Elbaz quitte la direction artistique de Lanvin, Numéro revient sur sa récente interview avec le talentueux créateur.

À travers ses dessins facétieux, ses campagnes publicitaires débordantes d’humour et ses créations qui subliment les femmes, Alber Elbaz, qui vient d'annoncer qu'il quitte la direction artistique de Lanvin, a toujours fait rimer talent et intelligence. Numéro revient sur l'interview du créateur réalisée en mars 2015 où celui-ci exprime sa vision de son métier, avec l’esprit et la poésie qui le caractérisent.

Numéro : Vos dessins humoristiques sont devenus une véritable signature, immédiatement reconnaissable. Quelle valeur le dessin a-t-il dans votre processus de travail ?
Alber Elbaz : Je commence toujours avec le dessin. D’abord un mot, ensuite un dessin, puis le tissu. Le dessin est une manière de passer de l’abstrait à la réalité, c’est un moment très intéressant. On a une idée, ensuite on la couche sur du papier, puis cela devient de la 3D. C’est une sorte de passage, comme un accouchement.

 

Dans les volumes à la fois purs et très construits de vos vêtements, comme dans les lumières et les maquillages de vos défilés, parfois presque durs ou austères, se lit l’intention de souligner la force des femmes en allant à l’essentiel.

Plus on ajoute de détails inutiles, plus la femme devient un objet. Les femmes ne sont pas des objets. On doit juste leur donner le confort, on doit leur offrir du beau et leur donner le choix, leur permettre de se trouver à travers les vêtements. Nous sommes dans un monde très visuel et, bien sûr, nous devons poster des photos et des vidéos sur Instagram à peine le défilé terminé, nous devons travailler notre image, mais ce n’est pas le plus important. L’image n’est que la porte du palais, ce n’est pas le palais.

 

Autrefois la haute couture habillait les femmes pour tous les moments de leur vie, du matin au soir. Aujourd’hui ce sont souvent des vêtements du soir spectaculaires, presque chimériques, et le discours sur la haute couture se focalise sur le travail, sur leur préciosité. Est-ce important pour vous d’inventer une beauté, une féminité, une élégance avec des tissus nouveaux, confortables, faciles à vivre?

Le confort est une préoccupation pour moi, peut-être parce que je suis oversize et que je ne suis donc jamais à l’aise avec mon corps. Je cherche le confort, et comme je ne le trouve pas, je veux le donner aux autres. Je dis toujours que le manque est la mère de toute création. Quand on a tout, on ne peut pas être créatif. Quand on a beaucoup d’argent, on peut tout acheter, et on n’est pas obligé d’être créatif. La création n’arrive pas avec le pouvoir et les moyens financiers. Je pense que les meilleurs dîners sont ceux qui commencent avec le sel, l’eau, la levure et la farine. Pas toujours avec le caviar.

 

Vous ne vous surexposez pas et, de ce fait, vous avez une place un peu à part dans le monde de la mode. Ce point de vue vous permet-il de voir les choses différemment?

C’est un point de vue qui me protège. Un point de vue qui me permet de pouvoir revenir le lendemain. Qui me laisse m’échapper de ce grand palais, pour pouvoir m’équilibrer et avoir envie de revenir. Lorsqu’on vit un rêve, en effet, il se dilue et devient une réalité. C’est important alors de pouvoir s’éloigner, d’être un outsider. Bien sûr, nous proposons des précollections, je suis bien obligé de me conformer au calendrier de l’industrie, mais nous réalisons aussi des défilés, et dans les défilés, je peux m’exprimer à travers des histoires.

 

Le rêve de la haute couture s’incarne à travers des codes ultra-féminins, des volants, des broderies. Vous avez épousé ce rêve, ces codes, cette frivolité assumée, comme une donnée culturelle que vous réinventez avec intelligence et ironie.

J’essaie d’embrasser tous ces codes de la haute couture, les volants, les brillances, tous ces codes ultra-féminins, pour les retravailler. Je compare parfois le travail d’un créateur à celui d’un criminel sur une scène de crime : il faut enlever toutes les évidences [en anglais, evidence a le sens de “preuve”]. Je peux proposer des volants, mais je vais les réaliser en Néoprène. Ce qui est intéressant, c’est de trouver une alchimie. On prend deux choses et, à partir d’elles, on en crée une troisième. Et c’est là qu’on peut faire avancer la mode. Prendre des codes très conformistes et ne pas les casser, ne pas les révolutionner, mais vivre les choses comme elles sont et les faire évoluer un peu en direction de demain. Cela demande énormément d’énergie intellectuelle, car notre industrie exige d’être smart. Quand je fais passer des entretiens de recrutement, je demande trois choses aux candidats. Ils doivent être intelligents, pas méchants et avoir du talent. Mais le talent seul ne suffit pas.

 

Propos recueillis par Delphine Roche, photos Pierre Even.

 

 

L’artiste féministe Mickalene Thomas est l’invitée du podcast Dior Talks
345

L’artiste féministe Mickalene Thomas est l’invitée du podcast Dior Talks

Mode Dior Talks, le podcast de la maison Dior, invite l’artiste afro-américaine Mickalene Thomas à prendre la parole pour le neuvième épisode de sa série consacrée à l’art féministe.  Dior Talks, le podcast de la maison Dior, invite l’artiste afro-américaine Mickalene Thomas à prendre la parole pour le neuvième épisode de sa série consacrée à l’art féministe. 

Gigi et Bella Hadid en 5 looks complémentaires
777

Gigi et Bella Hadid en 5 looks complémentaires

Mode L’une est égérie Chanel, l’autre Dior Beauté. Depuis l’adolescence, Gigi et Bella Hadid enchaînent les défilés, couvertures de magazine et collaborations avec les marques de prêt-à-porter et les maisons de couture les plus prestigieuses. Sur les catwalks comme dans la vie, les deux sœurs mannequins affichent une complicité sans faille que l’on retrouve jusque dans leurs tenues. Retour en images sur 5 looks complémentaires des sœurs Hadid. L’une est égérie Chanel, l’autre Dior Beauté. Depuis l’adolescence, Gigi et Bella Hadid enchaînent les défilés, couvertures de magazine et collaborations avec les marques de prêt-à-porter et les maisons de couture les plus prestigieuses. Sur les catwalks comme dans la vie, les deux sœurs mannequins affichent une complicité sans faille que l’on retrouve jusque dans leurs tenues. Retour en images sur 5 looks complémentaires des sœurs Hadid.

Advertising
 Comment le créateur Esteban Cortázar fait honneur au savoir-faire colombien
541

Comment le créateur Esteban Cortázar fait honneur au savoir-faire colombien

Mode Créateur aujourd’hui basé à Paris, célébré pour sa mode sensuelle et colorée, Esteban Cortázar amorce un retour à ses racines avec une collection capsule qui rend hommage à la Colombie. Créateur aujourd’hui basé à Paris, célébré pour sa mode sensuelle et colorée, Esteban Cortázar amorce un retour à ses racines avec une collection capsule qui rend hommage à la Colombie.

  Giuseppe Zanotti dévoile une collection de loungewear inspirée par le confinement
223

Giuseppe Zanotti dévoile une collection de loungewear inspirée par le confinement

Mode Pendant le confinement, le créateur italien Giuseppe Zanotti a créé une collection capsule de loungewear pour homme sobre et dans des matériaux nobles, incarnée par le skateur américain Evan Mock. Pendant le confinement, le créateur italien Giuseppe Zanotti a créé une collection capsule de loungewear pour homme sobre et dans des matériaux nobles, incarnée par le skateur américain Evan Mock.

Notre monde digital est-il encore humain ? Réponse avec l'artiste Cécile B. Evans
496

Notre monde digital est-il encore humain ? Réponse avec l'artiste Cécile B. Evans

Numéro art Inspirée par les réflexions poétiques et éthiques d’Alessandro Michele, directeur de la création de Gucci, l’exposition “No Space, Just A Place – Eterotopia” invite les artistes à imaginer un autre futur. Cécile B. Evans y explore ce que signifie être “humain” dans une exceptionnelle installation vidéo. Inspirée par les réflexions poétiques et éthiques d’Alessandro Michele, directeur de la création de Gucci, l’exposition “No Space, Just A Place – Eterotopia” invite les artistes à imaginer un autre futur. Cécile B. Evans y explore ce que signifie être “humain” dans une exceptionnelle installation vidéo.

Baroque et orientalisme : pourquoi la mode masculine bascule-t-elle vers l’opulence ?
698

Baroque et orientalisme : pourquoi la mode masculine bascule-t-elle vers l’opulence ?

Mode Si la mode de la décennie 2010 a connu l'avènement du maximalisme après le succès indéniable du minimalisme en Occident, celui-ci semble prendre chez plusieurs jeunes créateurs des formes nouvelles. À travers des créations aux portes de l'extravagance, ces nouveaux talents de la mode masculine mêlent sacré et profane, tradition et modernité pour composer des silhouettes baroques imprégnées de leur propre culture. Décryptage de ces nouvelles formes d'opulence.  Si la mode de la décennie 2010 a connu l'avènement du maximalisme après le succès indéniable du minimalisme en Occident, celui-ci semble prendre chez plusieurs jeunes créateurs des formes nouvelles. À travers des créations aux portes de l'extravagance, ces nouveaux talents de la mode masculine mêlent sacré et profane, tradition et modernité pour composer des silhouettes baroques imprégnées de leur propre culture. Décryptage de ces nouvelles formes d'opulence.