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“Mon horizontalité” à la galerie Until Then de Saint-Ouen, une exposition qui tient debout

 

Avec “Mon Horizontalité”, la curatrice Julie Boukobza propose jusqu’au 23 août une exposition des plus estivales, comme une invitation à changer de perspective pour regarder le monde depuis son lit, son hamac… ou sa tombe.

Anthea Hamilton, Cigarette Wallpaper, 2015, Archival Inkjet Print on PVC free paper, 4798mm x 10330mm.

Crédit : Rebecca Fanuele

Vue d'exposition : Maxime Thieffine (à gauche) et (à droite) Caroline Mesquita, Sloths, 2015, Laiton.

 

L’horizontalité, pour la commissaire indépendante Julie Boukobza, cela commence d’abord par une histoire de lit. Disons le plus clairement, par une histoire de cul.J’avais même imaginé dans un premier temps intituler l’exposition ‘My horizontal life’ en hommage au livre du même nom de Chelsea Handler où l’écrivain relate toutes ses aventures sexuelles”, confie la curatrice qui s’est déjà fait remarquer au Palais de Tokyo et à l’Institut culturel de Google. À la galerie Until Then de Saint-Ouen où elle expose une dizaine d’artistes, force est de constater qu’il est bien fait référence à la sexualité : les animaux en laiton de l’artiste Caroline Mesquita, des paresseux allongés dans des positions horizontales suggestives – entre contorsions et crises d’hystérie – peuvent bien évoquer une partouze animalière. D’autant qu’ils sont installés dans un espace réduit de la galerie, juste devant une œuvre de Maxime Thieffine représentant une braguette de jean prêt à s’ouvrir… pour révéler, on n’en doute pas une seconde, un membre viril qui ne saurait que troubler plus encore l’assemblée des mammifères qui lui font face.

Emilie Pitoiset, Interior cinema (travel), 2014. Canvas, cigarette, acrylic paint, chipboard shelf, glass, cocktail stirrer, resin, 119 x 67 x 16 cm.

Crédit : Rebecca Fanuele

Mais réduire l’horizontalité à la sexualité, humaine ou animale, serait passer à côté de l’essentiel. Car ce qui fait la puissance de la proposition de Julie Boukobza est sa capacité à incarner une idée simple – “Et si l’on regardait le monde allongé ?” – dans tout un champ d’expériences éclectiques. En d’autres mots : et si l’on regardait le monde autrement ? “Depuis son lit par exemple, continue la curatrice. Pour beaucoup d’écrivains, à l’instar de Proust, ce meuble a représenté un lieu de vie, un espace de travail, de création et d’imagination.” Les nombreuses théières de Simone Fattal présentées en hauteur font écho à cet art de vivre et de réfléchir… “Mais le lit peut aussi renvoyer à l’idée de banquet, ou dans sa déclinaison “transat” au farniente au bord de la piscine…” À l’entrée de la galerie, une œuvre d'Émilie Pitoiset présentant de manière très minimale une cigarette et un verre nous ramène immédiatement à cette imaginaire de vacances. L’horizontalité, c’est aussi l’occasion de casser le rythme effréné de notre vie et, pourquoi pas, de laisser place à une réflexion… plus posée.

Vue d'exposition avec (à gauche) Torbjørn RØDLAND Go to the VIP Room #1, #2, #4, #5, 2007, c-print / aluminium, cadre bois laqué blanc verre anti- reflet et anti-uv, 143 x 112 cm, 146 x 115 cm, (au centre) Laetitia Badaut Haussmann, Daybed : Spring. Death, 2015, (Lee filters, almost, 2015 in background and foreground), MDF wood, tiles, glue, single coated, 278cm x 100cm x 23cm.

La position allongée est la première et la dernière dont nous faisons l’expérience, à la naissance comme à la mort, continue, plus philosophe, Julie Boukobza. La mort, voilà le thème qui traverse en réalité toute l’exposition. La très belle pièce de France Valliccioni figurant un plafond craquelé ne pouvait y faire mieux écho. Un plafond craquelé, voilà la dernière image qu’imprimera notre rétine au seuil de la mort… Quant à la gigantesque fresque murale d’Anthea Hamilton représentant un corps endormi associé à des cigarettes géantes, elle renvoie finalement moins aux délices de Morphée qu’à une jeunesse sacrifiée. En effet, juste en face des deux panneaux représentant un jeune soldat mort (image issue du film Le Guépard de Luchino Visconti) l’imagerie vaporeuse prend une dimension plus mortifère. Il en va de même pour les Daybed de Laëtitia Badaut Haussmann, faisant autant référence à une pièce de décoration à la Charlotte Perriand (une stèle en mosaïque) qu’à un tombeau au milieu de toutes ses œuvres plus macabres qu’estivales.

Jean-Marie AppriouProphétie n°I.

Crédit : Rebecca Fanuele

De la mort à la résurrection, il n’y a qu’un pas. C’est ce que semble nous dire l’installation de Jean-Marie Appriou, Prophétie n°I, qui voit se confronter deux figures d’enfant, l’une allongée et l’autre debout. Comme si la mort de l’enfant, et de l’enfance, était suivie de la possibilité d’une nouvelle vie, debout, et d’une élévation vers un autre monde. L’horizontalité n’a rien d’une fatalité.

 

 

 

Par Thibaut Wychowanok

 

 

 

 

Mon horizontalité, une exposition de Julie Boukobza à la galerie Until Then, 77 rue des Rosiers, 93 400 Saint-Ouen. Jusqu'au 23 août. www.untilthen.fr

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