Des millions de personnes ont vu fleurir son portrait en tête de la barre de recherche Google hier, mardi 30 juin : devant un arrière plan aux couleurs de l'arc-en-ciel, une illustration de son visage souriant et de sa coiffure parée de fleurs consacrent Marsha P. Johnson au cinquante-et-unième anniversaire des émeutes de Stonewall. Déjà à l'âge de 5 ans, cette drag-queen afro-américaine née en 1945 déambulait en robe dans sa ville natale, Elizabeth, dans le New Jersey. Mais une vingtaine d'années plus tard, c'est New York qui deviendra sa ville d’adoption et plus précisément Greenwich Village, un quartier éclectique et animé du Lower Manhattan qui accueillait déjà à cette époque une large communauté homosexuelle et transgenre. Elle y a d’ailleurs rapidement trouvé sa place : son charisme, son optimisme et son style hors du commun étaient alors connus et reconnus par les habitants de ce quartier à l’identité marquée. 

 

Puis arrive le 28 juin 1969, au Stonewall Inn. Alors que le bar, très fréquenté par les personnes LGBT, est pris d’assaut par la police ce soir-là, ses clients ne comptent pas se laisser faire. En première ligne des émeutes, Marsha P. Johnson s'illustre par des jets de briques sur les pare-brise des voitures de police. Alors que ces jours de manifestations contre les forces de l’ordre annoncent l’éclosion officielle du militantisme en faveur de l’identité LGBTQ+, son acte de rébellion lui vaut de devenir une véritable figure de proue des émeutes de Stonewall en 1969. Dès lors, Marsha P. Johnson continue d'affirmer sa solidarité envers sa communauté : on la retrouve dès l'année suivante parmi les participants à la première “Pride parade” en 1970 aux Etats-Unis, tenue le 28 juin à New York afin de commémorer ce moment historique. 

 

Mais cette première Pride ne mettra fin en rien à son engagement. En 1970, Marsha P. Johnson co-fonde l’association STAR (Street Transvestite Action Revolutionaries) qui vient en aide aux jeunes transgenres à New York puis, dès l'émergence du sida dans les années 80, deviendra un soutien majeur des personnes séropositives via son engagement dans l'association politique ACT UP jusqu’à sa mort mystérieuse en 1992. Peu à peu, Marsha P. Johnson se hisse au rang d'icône : dès 1974, elle est photographiée par le grand Andy Warhol en 1974 dans sa série de Polaroïds Ladies and gentleman, dédiée aux drag-queens. Près de 30 ans après sa mort, elle continue de marquer les esprits lorsque Netflix lui consacre un documentaire biographique intitulé The death and life of Marsha P. Johnson, qui évoque la vie et la mort tumultueuse de la militante. “Elle était la Rosa Parks du mouvement LGBTQ+”, y déclare d'ailleurs un de ses proches. À l'heure où la lutte internationale contre le racisme est au coeur de l’actualité, cette phrase retentit plus que jamais aujourd’hui, donnant toute son importance à cette figure majeure de l'engagement dont la mémoire se voit à nouveau honorée.