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“Back Home”, film d’ados et drame pour adultes au casting époustouflant

 

Avec “Back Home”, le réalisateur norvégien Joachim Trier signe un troisième film inspirant et poétique avec Isabelle Huppert, Gabriel Byrne et Jesse Eisenberg.

Adepte du mélange des genres, le Norvégien Joachim Trier s’inspire de la diversité de la culture contemporaine pour renouveler le langage cinématographique. Dans son troisième film remarquable, Back Home, le jeune auteur dirige avec brio Isabelle Huppert et s’inspire des teen movies.

Les auteurs émergents sont si rares que n’importe quel cinéphile devrait sauter de joie quand un garçon ou une fille hors du commun parvient à mener une carrière ambitieuse. Le Norvégien Joachim Trier fait partie de ceux-là. En deux longs-métrages, Nouvelle Donne (2006) et surtout Oslo, 31 août (2011), le jeune quadra s’est imposé comme fer de lance d’un jeune cinéma européen conscient de son passé – nombreuses références à la Nouvelle Vague et aux sixties en général – mais simultanément accro à l’innovation formelle et esthétique. Le titre de son troisième film, Back Home (Louder Than Bombs en version originale), est emprunté à une compilation des Smiths sortie en 1987 par le label américain du groupe de Manchester. Une référence au mouvement effectué par le cinéaste lui-même, qui tourne pour la première fois aux États-Unis, avec un casting aussi prestigieux qu’international : Isabelle Huppert, Jesse Eisenberg, Gabriel Byrne… “Mon premier film sur des kids d’Oslo mi-hipsters mi-artistes avait bien plu à New York”, nous confiait le réalisateur lors du Festival de Cannes 2015, où Back Home était présenté en compétition. “Miramax avait acquis les droits, et les portes des États-Unis se sont ouvertes. J’ai alors décidé de rester en Norvège pour écrire le film américain dont j’avais envie.

 

Il y est question d’une photographe de guerre dont la mort provoque un choc dans sa famille, avant le retour à la surface d’un secret forcément bouleversant. Tout en élégance glacée, parfois à la limite de la pose, Back Home fonctionne pourtant par son art consommé de la collusion, notamment entre deux genres majeurs : le film d’ados et le drame pour adultes. “J’ai grandi avec les films de John Hughes comme Breakfast Club, mais aussi avec des histoires sur des questions de société très contemporaines, à l’image de Kramer contre Kramer”, explique Joachim Trier, pressé de tempérer son image d’intello admirateur de Robert Bresson et d’Antonioni. Dans son film aussi, il mélange divers régimes d’images, venus des jeux vidéo et de l’actualité. “Plus jeune, j’étais un grand fan de hip-hop. À 9 ans, je faisais de la breakdance, il y avait l’idée des samples, de couper et de recouper les sons. Ensuite, je me suis intéressé au punk et j’ai fait du skate. La culture, à mes yeux, est toujours une combinaison de propre et de sale, de haut et de bas… Aujourd’hui les films d’art peuvent être pop. On n’est pas obligé de ne faire que de longs plans-séquences. Il peut y avoir une combinaison de mouvement et de statisme, la sophistication se combine avec quelque chose d’immédiat et de cru.

 

 

La force de Trier – restée intacte malgré ce film imparfait – consiste à créer des images qui demeurent. Cette approche est d’ailleurs en parfaite résonance avec le thème central de son cinéma : la mémoire.  Des images comme, par exemple, cet échange de fluide un peu spécial entre une jeune fille désirable et un ado timide, filmé avec une délicatesse hors du commun. Ou encore, ce gros plan long et majestueux sur le visage d’Isabelle Huppert, quand l’actrice fixe le spectateur sans rien expliquer. “J’aime les gros plans, que je trouve sous-utilisés aujourd’hui au cinéma. Pour obtenir celui-là, j’ai tenu la caméra moi-même. Isabelle Huppert s’est assise face à moi et n’a pas cligné des yeux pendant plusieurs minutes. Ce qu’elle réalise, peu de gens en sont capables. Réussir un gros plan dont les spectateurs se souviennent, c’est difficile. Je la considère comme un maître.

 

Back Home de Joachim Trier. Sortie le 9 décembre.

 

Par Olivier Joyard.

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