Numero

Hommage à Albert Uderzo, créateur d'Astérix

Culture

Père d’Astérix et proche collaborateur de René Goscinny, Albert Uderzo s’est éteint aujourd'hui à l’âge de 92 ans. En hommage au dessinateur iconique du casque gaulois, retour sur cinq de ses célèbres bandes dessinées.

 

Albert Uderzo dessinant Astérix

La potion magique a cessé de faire son effet et le second père d’Astérix, qui semblait aussi immortel que ses personnages, est décédé aujourd'hui à l’âge de 92 ans. Tombé tout petit dans le dessin, Albert Uderzo se lance à 14 ans avec une première illustration pour le supplément Boom de l’hebdomadaire Junior. De sa rencontre avec Goscinny en 1950 sont nés Astérix et Obélix, deux personnages aux nez épatés, et qui ont largement dépassé les frontières de leur Bretagne natale. Avant ce succès mondial, ce sont des milliers de planches qui ont peu à peu forgé le talent du dessinateur…

1. Oumpah-Pah : le duo loufoque d'un Amérindien et d'un aristocrate français

 

Premier personnage créé par le tandem Uderzo-Goscinny en 1951, Oumpah-Pah est un jeune Amérindien de la tribu des Pieds Plats. Mais, à l’époque, les deux dessinateurs ne trouvent pas d'éditeur, et cette histoire aux aventures farfelues est alors oubliée dans un tiroir. Sept années plus tard, après quelques modifications, le jeune Amérindien voit enfin le jour dans Le Journal de Tintin

 

Au XVIIIe siècle, dans un paysage désertique de l’Amérique du Nord, l’intrigue nous plonge dans une ambiance de Western version BD : Oumpah-Pah est maintenant un membre de la tribu Shavashava, confrontée aux exactions des colons européens. En plein désarroi, il se lie d’amitié avec un gentilhomme français aussi étourdi qu’attachant, Hubert de la Pâte Feuilletée. Duo inséparable, tous deux embarquent leur lecteur dans des histoires des plus rocambolesques.

 

2. Les Aventures de Tanguy et Laverdure : les épopées dangereuses de deux pilotes inséparables

 

Autre grand succès d’Albert Uderzo, Les Aventures de Tanguy et Laverdure voit le jour en 1959 dans le magazine Pilote. Créé la même année par, entre autres, René Goscinny, François Clauteaux, Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo lui-même, cet hebdomadaire de bande dessinée marquera le neuvième art, en voyant naître Astérix ou Le Démon des Caraïbes, de Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon. 

 

Inséparables, Michel Tanguy et Ernest Laverdure sont deux amis aux tempéraments opposés : alors que Tanguy est honnête et dévoué, Laverdure est un véritable “pignouf”, à la fois gaffeur et maladroit. Pilotes de ligne, les deux acolytes sont habitués aux missions dangereuses relatives à des secrets d’Etat hautement confidentiels…

 

3. Astérix en Corse : le succès d’un duo iconique

 

Dernier tome à paraître en prépublication dans Pilote, ce volume – imaginé le 29 octobre 1959 dans une HLM de Bobigny – témoigne à lui-seul de la popularité des deux personnages que sont René Goscinny et Albert Uderzo. Frappés par l’originalité du temps des Gaulois, alors jamais illustré en BD, les deux dessinateurs imaginent en quelques heures le village et ses principaux protagonistes. 20 albums plus tard, Astérix se dirige vers la Corse : après 14 années d’existence, il est désormais d’une popularité sans ombre. Chargés d’aider un prisonnier corse résistant à l’envahisseur romain, Astérix et Obélix s’embarquent sur un navire pirate, direction l’Île de Beauté, pour secourir un village allié. 

4. Les chevaux d’Harpagon dans L’Avare : la consécration sur grand écran

 

En 1971, alors qu’on ne le présente plus, Albert Uderzo dessine même pour le cinéma. Pour les décors de son film L’Avare, adaptation de la pièce de Molière, Louis de Funès fait lui-même appel au dessinateur, afin de réaliser, en taille réelle, les chevaux d’Harpagon. 

 

5. L’Odyssée d’Astérix : les aventures reprennent pour le dessinateur esseulé

 

En 1977, René Goscinny meurt d’une crise cardiaque : Albert Uderzo perd son plus proche collaborateur. Après quelques hésitations, le dessinateur décide de poursuivre les aventures d’Astérix, qu’il continuera à signer de leurs deux noms, en hommage à son ami disparu. Après Le Grand Fossé, paru un an plus tôt, Uderzo livre en 1981 le 26e tome : L’Odyssée d’Astérix. Plus téméraire, ce tome se permet quelques audaces : l’histoire débute du point de vue des sangliers, tandis qu’un mystérieux druide espion revêt les traits de Sean Connery.

Lire aussi

  • 19
    Culture

    Lisez des milliers de BD gratuites en ligne

  • 17
    Culture

    5 livres à ressortir de nos bibliothèques

  • Le jour où Manu Dibango a poursuivi Michael Jackson en justice

    Le saxophoniste et chanteur camerounais Manu Dibango s’est éteint mardi 24 mars à l’âge de 86 ans. Surnommé “Papy Groove”, ce jazzman collaborateur de Serge Gainsbourg dans les années 80 aura inspiré bon nombre d’artistes dont un certain Michael Jackson qui lui empruntera la ritournelle de son titre “Soul Makossa”, sans autorisation.

    Propulsé par l’émergence de la musique électronique, le sample est devenu un langage musical à part entière. Le musicologue Christian Béthune confirme: “Échantillonner, c’est donner à voir sur un autre plan différentes qualités que, pour diverses raisons, l’objet échantillonné n’est pas actuellement en mesure de faire valoir.” Celui qui sample doit assembler un meuble en kit sans la moindre anicroche, sculpter le son, le (re)composer. Ainsi, dans son titre A$AP Forever (2018), A$AP Rocky reprend les accords du Porcelain de Moby, composé 20 ans plus tôt. Il en accélère la mélodie, change la hauteur de la tonalité et va jusqu’à créditer l’auteur du morceau, à savoir Moby. L’hommage du rappeur new-yorkais est clair, net et précis. Sauf que le titre Porcelain a lui-même été construit à partir d’un extrait du morceau Fight for Survival (1960) d’Ernest Gold…

     

    Même cas de figure quelques années plus tôt lorsque la chanteuse Rihanna intègre, dans son titre Please Don’t stop the music, la ritournelle : “Mama-say, mama-sa, ma-ma-ko-ssa” extraite du Wanna Be Starting Somethin’ (1982) de Michael Jackson. L’hommage est clair, net et précis… jusqu’à ce que le saxophoniste camerounais Manu Dibango sorte de l’ombre et revendique la paternité de la rengaine issue de Soul Makossa (1972). “Michael est incroyable, comment peut-on être malhonnête comme cela ?, s’émeut Manu Dibango face aux caméras du Parisien en 2009. Dans les années 70, on a constaté que les gens devenaient fous dès que l’on jouait ce titre en concert. Ils enlevaient leur chemise, il sortaient les briquets… mais ça s’arrêtait là. Nous n’aurions jamais pensé que ce morceau deviendrait un tube.” Et de poursuivre : “S’il m’avait crédité à la sortie de son morceau en 83, il n’y aurait eu aucun problème. Tu peux gagner de l’argent avec ton disque dès lors que le compositeur gagne sa vie lui aussi. Mais ces gens-là prennent tout pour eux et ne laissent rien aux autres.

     

    Le 3 février 2009, Manu Dibango poursuit Sony BMG, Warner et EMI en justice, les maisons de disques de Michael Jackson et de Rihanna, pour utilisation du thème de Soul Makossa sans autorisation de son auteur. Quinze jours plus tard, le tribunal rend sa décision: il classe l’affaire sans suite. La procédure judiciaire s’achèvera finalement à l’amiable avec un arrangement financier entre les maisons de disques et le saxophoniste. Plus tard, Manu Dibango relativisera face à un journaliste de TV5 Monde : “Finalement, Michael Jackson a fait revivre cette chanson. Il a écouté la musique de Manu, il a aimé, il a pris. Il y a eu un procès, il y a eu des arrangements… mais comme on dit: ‘à grand artiste grands problèmes’.

     

loading loading