Charlize Theron a eu mille vies au cinéma. KiKi Layne, elle, seulement quatre. La première a incarné, à même pas trente ans, la serial killer américaine Aileen Wuornos dans Monster (2003) de Patty Jenkins – un rôle qui lui a valu un Oscar de la meilleure actrice –, puis s’est hissée au rang de légende, plus de dix ans plus tard, en campant la guerrière mutilée Furiosa dans le quatrième volet de la saga Mad Max, Fury Road (2015). La seconde a connu une ascension fulgurante il y a seulement deux ans, grâce à son rôle d’amoureuse prête à tout pour innocenter son mari dans le dernier film du cinéaste engagé Barry Jenkins, Si Beale Street pouvait parler. Depuis, KiKi Layne a tourné dans trois longs-métrages, dont le dernier, The Old Guard, la met en scène dans un tandem combatif et sororal avec son aînée, Charlize Theron. Numéro a rencontré le duo d'actrices qui ne cessent, grâce à leurs rôles, de renaître à l'écran.

 

 

Numéro : Charlize, depuis quelques années, vous vous illustrez au cinéma en tant que productrice (Monster, Atomic Blonde, Tully, Private War). C’est aussi le cas pour The Old Guard, où vous interprétez également le personnage principal. En tant qu’actrice, produire des films est-il une façon de se renouveler au cinéma ?

Charlize Theron : J’adore avoir ce rôle et même si je ne joue pas, être productrice d’un film me stimule beaucoup du point de vue créatif. D’une certaine façon, être à la production d’un long-métrage permet de continuer à garder le contrôle. Je ne supporterais pas dépendre de quelqu’un d’autre pour que ma carrière évolue. Produire, c’est créer des opportunités pour moi-même et pour les autres, notamment d’autres femmes, et je me sens chanceuse de pouvoir faire ça.

 

 

KiKi, quel effet cela vous a fait d’avoir Charlize Theron comme mère spirituelle dans le film ?

KiKi Layne : [rires] Je ne dirais pas que c’était ma mère, mais plutôt mon mentor !

Charlize Theron : [rires] Merci, KiKi !

K.L : C’était parfait parce que la relation qu’entretiennent les personnages d’Andy et Nile ressemble beaucoup à celle de Charlize et moi. Dans le film, Andy (Charlize) arrive au terme de son immortalité et Nile (moi-même) vient de découvrir son pouvoir. Finalement, c’est comme un reflet de ce que je suis : The Old Guard est mon quatrième long-métrage, mon premier film d’action et définitivement le plus gros projet auquel j’ai pu participer. Travailler aux côtés de Charlize, qui a tant de connaissances, d’expérience et de confiance sur le plateau m’a permis d’apprendre, rien qu’en la regardant. Je suis extrêmement reconnaissante d’avoir pu jouer dans ce film, aux côtés d’une telle actrice, qui a tant fait pour que les femmes soient plus représentées dans l’industrie du cinéma.

 

 

Vous pourrez peut-être me dire comment s’est passé le tournage de cette longue scène de combat entre vous…

K.L : C’est la première scène que nous avons tourné ensemble. J’étais terrifiée, je n'arrêtais pas de cogiter… Mais finalement, je suis contente d’avoir commencé le film là-dessus. Je pense que tourner une scène de combat est une bonne façon de sceller la relation entre deux acteurs, elle donne le ton sur ce qui liera les personnages par la suite.

 

 

Charlize, en 2003, pour incarner la célèbre tueuse en série américaine Aileen Wuornos dans Monster – le premier film de Patty Jenkins –, vous avez pris 15 kg et avez même passé du temps avec une des amies de la condamnée à mort. Aujourd’hui, presque vingt ans après, accepteriez-vous à nouveau un rôle aussi difficile ?

C.T : Je n’hésiterais pas une seconde. Vous savez, la psyché d’Aileen était l’une des plus complexes que j’ai eu le privilège d’explorer. C’était la première fois que j’acceptais un rôle comme celui-ci et il y avait quelque chose de bouleversant à propos de cette femme : sa vie, ses actions et sa personne ont été extrêmement jugés par la société américaine. Peu de gens savent qu’Aileen Wuornos était la première femme serial killer et personne ne s’est jamais demandé ce qui l’avait poussée à commettre toutes ces horreurs. Nous vivions dans un monde où l’on passe son temps à étiqueter les gens, à les mettre dans des cases et à s’en débarrasser alors que l’on gagnerait beaucoup à essayer de comprendre pourquoi ou comment quelqu’un arrive à être complètement négligé par ses pairs et à s'extraire de la société. J’aime le métier d’actrice parce qu’on passe son temps à décortiquer la psychologie humaine et à tenter d’analyser ce qui pousse les gens à faire ce qu’ils font. C’est quelque chose qui me motive encore aujourd’hui et qui continuera de me fasciner en tant que comédienne.

 

 

The Old Guard (2020) de Gina Prince-Bythewood, disponible vendredi sur Netflix.