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Septembre 1946 : le premier Festival de Cannes

Cinéma

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, une France affaiblie joue des coudes avec ses homologues européens pour retrouver sa place de grande puissance. En 1946, bien que toujours groggy, ses atouts culturels lui permettent d’organiser un festival de cinéma à Cannes, concurrent direct d’une Mostra de Venise alors désertée par les Anglo-Saxons.

 

L’actrice Michelle Morgan lors de la première édition du Festival de Cannes en 1946.

Le 1er septembre 1939, l’Hexagone est prêt à accueillir une armada de pellicules françaises et étrangères affrétées directement par paquebot par la compagnie américaine Metro-Goldwyn-Mayer. La ville de Cannes est en ébullition : forte de ses luxeux hôtels et, surtout, de sa salle de projection de près de 1000 places, c’est elle qui a été retenue – au détriment de Biarritz ou de Vichy – pour accueillir la première compétition internationale de films en France. Evidemment, tout le gratin du 7e art est sur le point de débarquer sur la Croisette, ex-boulevard de l’Impératrice. Mais contre toute attente, le festival est annulé : l’armée allemande vient d’annexer la Pologne, couverte par le Pacte germano-soviétique du 23 août 1939… L’industrie culturelle Française est KO debout, elle qui cherchait à organiser un festival du cinéma depuis une dizaine d’années déjà. Il faut dire que ses voisins italiens avaient frappé un grand coup avec la Mostra de Venise qui distribue des récompenses depuis 1932, date de la toute première projection du festival : le Docteur Jekyll et M. Hyde de l’Américain Rouben Mamoulian. Mais la France ne s’avoue pas vaincue et, quelques années plus tard, profite justement du contexte géopolitique tout en masquant ses ecchymoses. Car l’Italie n’est pas sortie très fière de la Seconde Guerre Mondiale, et son revirement fasciste a même convaincu les Anglos-Saxons de boycotter la Mostra. Loin du simple ersatz, le Festival de Cannes pourrait rêver grand !

 

Des feux d’artifices, des batailles de fleurs, des stars du cinéma, des défilés de mode… Du 20 septembre au 5 octobre 1946, Cannes est en effervescence. Le premier festival International du film en France vient d’être inauguré et il oppose 21 nations. Deux mots d’ordre : “fête” et “pacifisme”. À l’époque, le Palais des festivals est encore inachevé et il faudra attendre 1972 pour que le comité de sélection officiel du Festival ne fasse son apparition. Pour autant, les cinéphiles sont comblés. Pour ne froisser personne, onze films sont récompensés à l’image de La symphonie pastorale de Jean Delannoy – adaptation du roman d’André Gide qui vaut d’ailleurs un prix d’interprétation à l’actrice Michelle Morgan –, La Belle et la bête de Jean Cocteau ou Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini. Quant à Ray Milland, il emporte le Prix d’interprétation grâce à sa prestation dans Le Poison de Billy Wilder, une adaptation de l’ouvrage The Lost Weekend écrit deux ans plus tôt par Charles R. Jackson. C’est finalement La Bataille du rail d René Clément qui décroche le premier Prix du jury dans l'histoire du festival. Le réalisateur français y narre l’histoire de Camargue, un chef de gare qui aide les Juifs à fuir les zones occupées par les nazis. Ce long-métrage, aujourd'hui jugé caricatural et à la limite de la propagande par certains spectateurs, ne reçoit évidemment pas le même accueil en 1946. 

 

Marquée par l’éloge de la Resistance, cette première édition du Festival de Cannes est un franc succès même si elle connaît quelques moments chaotiques, notamment lorsque les bobines des Enchaînés d’Alfred Hithcock sont inversées. Pour des raisons budgétaires, et afin que le festival ne marche pas sur les plates-bandes de la Mostra de Venise, il faudra attendre 1951 pour assister à une deuxième édition du Festival de Cannes qui se tiendra, cette fois-ci, au printemps.

1946 : Cannes fait son premier Festival

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    En février 2020, Angèle et Clara Luciani sont sacrées aux Victoires de la Musique. Pour sa 35e édition, la cérémonie crée la polémique en supprimant plusieurs catégories. En 1985, année de la première cérémonie, les Victoires récompensaient près d’une vingtaine d’artistes différents, et pas uniquement des chanteurs. Retour sur une cérémonie haute en couleurs, et en paillettes. 

    Au cœur des années 80, décennie de paillettes, de synthétiseurs et du mauvais goût, se tiennent pour la première fois les Victoires de la musique. Grammy Awards à la française, sorte de César de la musique, la cérémonie instituée par Jack Lang, alorsministre de la Culture, récompense la fine fleur de la scène musicale française pour la première fois. Après le sacre d’Angèle et de Clara Luciani en février 2020, retour sur la toute première édition des Victoires. 

     

    La scène se déroule non pas à la Seine Musicale, où les Victoires ont lieu depuis deux ans, ni même à Bercy. En 1985, c’est dans l’intimité du Moulin Rouge que se concocte la première édition des Victoires, cabaret typique et renommé de Pigalle à la décoration baroque et feutrée. Diffusée sur Antenne 2, ancêtre de France 2, la cérémonie se passe volontiers d’un maître : ce sont les artistes eux-mêmes qui font office de présentateurs, à l'instar du chanteur Daniel Balavoine. 

    Dans une salle qui n’accueille pas plus de 850 places, l’ambiance des premières Victoires de la musique est beaucoup plus décontractée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Mise en scène par Jérôme Savary, la cérémonie a des airs burlesques qui empruntent au Grand Magic Circus, la troupe de théâtre de Savary faite de paillettes, d’animaux tristes, de nez rouges, de jarretelles et de carton-pâte. Parmi les invités, on distingue déjà les visages de la toute jeune Sophie Marceau, de Sylvie Vartan, de Charlotte Rampling ou encore de Francis Lalanne…

     

    Fait inédit : les premières Victoires de la musique ne récompensent pas que des musiciens. Parmi les dix-neuf catégories, on retrouve notamment une récompense décernée au meilleur humoriste de l’année, remportée cette année par Raymond Devos, devant Coluche et Michel Leeb. Sur scène se trouvaient alors des vedettes de l'époque, comme un certain Gérard Jugnot et, plus étonnant, le regretté Mouss Diouf, alors seulement âgé de 21 ans. Après la suppression de cette catégorie en 1998, il faut attendre près de vingt ans pour que les spectacles d'humour soient à nouveau mis à l'honneur dans une cérémonie de remise des prix, avec la création du Molière de l'humour en 2016.

     

     

    En 1985, artistes et artisans du son partagent le même quart d’heure de gloire. Une manière de souligner qu’un single ou un album n’est jamais le fruit du travail d’une seule et même personne.

     

     

    En 1985, pas de majestueux “V” en verre transparent pour les artistes primés. Ils recoivent un trophée représentant une note de musique dans une sphère. Si en 2020, seulement 8 statuettes sont décernées aux artistes de l’année, les 19 catégories de la première édition se voulaient bien plus représentatives du monde musical, à commencer par les figures de l’ombre.

    Pochette de disque de l’année, musicien de studio de l’année, réalisation d'album de l’année ou encore ingénieur du son de l'année : en 1985, les artistes et les artisans qui les accompagnent partagent leur quart d’heure de gloire. Une manière de souligner qu’un single ou un album n’est jamais le fruit du travail d’une seule et même personne. Autres catégories depuis disparues : l'album de musique originale de cinéma ou de télévision de l'année qui a récompensé Eric Serra (pour SubwayLe Grand Bleu et Leon), Air (pour Virgin Suicides) ou encore Emilie Simon (pour La marche de l’Empereur), et enfin, l’album pour enfants, qui en 1985, sacre la jeune Dorothée, devant Chantal Goya. 

     

    Toutefois, dès 1985, les catégories mythiques de la cérémonie sont déjà bien présentes. Mais ces lauréats ne sont pas toujours les personnalités ayant marqué l’histoire de la musique dans l’Hexagone. Si Jeanne Mas, dont le nom est resté célèbre, est sacrée à la fois artiste interprète féminine et révélation variétés. Du côté des artistes masculins, c’est Michel Jonasz qui remporte le prix, ainsi que celui de la chanson de l’année avec La Boîte de Jazz, aujourd’hui bien moins célébrée que Marcia Baïla des Rita Mitsouko, nommé dans la même catégorie. Enfin, grand absent de la cérémonie, Jean-Jacques Goldman n’obtient pas la statuette du meilleur artiste masculin, alors qu’il joue à guichets fermés pendant deux semaines au Zénith, et qu’il occupe la même semaine la première place du Top 50, hit-parade des meilleures ventes.

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