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04 Mai

Paul Verhoeven en 5 scènes trash

 

Bientôt de retour avec “Benedetta”, Paul Verhoeven a dévoilé l’été dernier les premières images de Virgine Efira dans le rôle principal: on la voit encapuchonnée, dans un habit de religieuse. En plus de 50 ans de carrière, le cinéaste aujourd'hui âgé de 81 ans a souvent défrayé la chronique avec ses films ambigus, flirtant savamment avec le sexe et la violence, toujours dans la zone grise de la morale.

Par Margaux Coratte

Virginie Efira dans “Benedetta” de Paul Verhoeven.

Alors que la sortie de Benedetta a été repoussée à une date encore inconnue, le nom de Paul Verhoeven est à nouveau sur toutes les lèvres. Sa représentation du viol dans Elle a soulevé son lot de controverses lors de sa sortie en 2016. Mais bien avant déjà, le cinéaste s’est fait connaître pour ses films complexes où les thématiques de la religion, du sexe et de la violence sont intrinsèquement liées. Avant même de commencer à faire du cinéma, le réalisateur avait créé la polémique aux Pays-Bas, où il avait interviewé en 1967 d’anciens SS dans le cadre d’un documentaire pour la télévision néerlandaise, ce qui était jusqu’alors interdit. À cheval entre l’Europe et les États-Unis, le cinéma de Paul Verhoeven se caractérise notamment par les portraits vibrants de femmes qui peuplent la plupart de ses récits. Jouant avec malice sur des représentations ambiguës, ses films divisent pourtant les critiques, certains y voyant des personnages féminins forts et maîtres de leur destin, d’autres des femmes objets, soumises au désir masculin. Retour sur cinq scènes audacieuses du cinéma de Paul Verhoeven, qui hantent encore délicieusement toute une génération de cinéphiles.

“La Chair et le sang” (1985).

1. La Chair et le sang (1985) : entre tension sexuelle et morbidité

 

Loin du manichéisme des productions américaines, La Chair et le Sang choque avant tout par son extrême violence. Une scène en particulier illustre la dualité entre tension sexuelle et morbidité qui anime le cinéma du réalisateur. On y voit Agnès (interprétée par l’Américaine Jennifer Jason Leigh), une jeune noble d’Europe de l’Ouest, creuser le sol sous les pieds d’un pendu en putréfaction. Alors que la caméra laisse voir le corps décharné du condamné, le mercenaire Martin (incarné par Rutger Hauer, acteur fétiche du cinéaste) s’approche de la jeune femme. “Chercheriez-vous quelque chose ?” lui demande-t-il. Agnès répond qu'elle pense y trouver une plante magique qui pourrait rendre éperdument amoureux quiconque la mange. Son air naïf et ses rêves d’amour contrastent avec la présence répugnante du corps en décomposition. Martin donne alors une autre dimension à la scène en ajoutant : “quand un homme est pendu, il jouit. Son sperme se répand alors et ensemence la terre. C’est donc là que votre plante doit pousser”. 

Scène tirée du film “Basic Instinct” (1992).

2. Basic Instinct (1992) : l'entrejambe de Sharon Stone devenu culte

 

Succès mitigé au box-office américain, Basic Instinct a pourtant rendu célèbre son actrice principale, Sharon Stone. Dans la peau de Catherine Tramell, une romancière soupçonnée d’avoir tué son mari à coups de pic à glace, l’actrice a marqué les esprits par une scène d’interrogatoire désormais devenue mythique. Interrogée par l’inspecteur Nick Curran (Michael Douglas) et une flopée d’hommes engoncés dans leurs costumes, Catherine s’amuse des questions qui lui sont posées. Évoquant avec délectation les ébats passionnés qu’elle entretenait avec le défunt, elle croise et décroise ses jambes, laissant entrevoir son entrejambe dénudé. L’atmosphère sulfureuse qui règne dans le récit a déclenché les holas de certains mouvements LGBT et féministes. Qualifié de “pornographique, mysogyne et homophobe”, Paul Verhoeven a encore une fois défrayé la chronique avec son style sans pareil.

“Showgirls” (1995).

3. Showgirls (1995) : une femme contre le monde

 

Récemment intégré à la sélection “Perfect Failures” (“sublimes échecs”) de MUBI, Showgirls est l’un des films les moins aimés de Paul Verhoeven. Qualifié comme le “temple du kitsch et du mauvais goût” par la critique américaine, il dresse pourtant avec virtuosité le portrait haut en couleurs de Naomi Malone. Rêvant de devenir danseuse dans les cabarets de Las Vegas, la jeune femme passe dans cette scène une audition devant Zack Karey (Kyle MacLachlan), le directeur artistique d’un club huppé de la ville. Dansant seins nus – conformément aux attentes de ce milieu particulièrement véreux –, la jeune femme est humiliée par l’homme qui lui demande de passer de la glace sur sa poitrine pour la raffermir. De la vacuité du rêve américain à la critique d’une fétichisation du corps féminin, le film ne pouvait que déplaire au public étatsunien. Trop brutal, trop choquant, le jeu de son actrice principale Elizabeth Berkeley illustre savamment la fureur de vivre d’une femme qui refuse de se perdre dans un monde peuplé d’ordures et d’illusions perdues.

“Black Book” (2006).

4. Black Book (2006) : les illusions du sexe

 

L’action se situe à La Haye, en 1944. Rachel, une jeune juive rescapée d’un massacre où elle a perdu toute sa famille, est infiltrée parmi les SS pour le compte d’un réseau de résistance. Chargée de séduire l’officier allemand Ludwig Müntze, celle-ci en tombe rapidement amoureuse. Dans une scène électrisée de tensions multiples, Rachel pénètre dans la chambre du militaire un soir après avoir loupé leur rendez-vous. Müntze est alors allongé sur le lit, nu, recouvert uniquement d’un drap. Tandis que la jeune femme se déshabille lentement, une bosse se forme au niveau de l’entrejambe de l’homme. Rachel rit. Elle soulève le drap, pour y découvrir que Müntze tient en réalité dans sa main un pistolet dressé vers elle. Cette scène iconique illustre l’ensemble du film, qui balance sans arrêt entre les sentiments qui unissent ce couple improbable et la réalité brutale de la guerre.

“Elle” (2016).

5. Elle (2016) : quand Isabelle Huppert jouit avec son violeur

 

Ce film est certainement celui qui a fait le plus hurler la critique. Ambigu à souhait, on y voit Michèle (interprétée par Isabelle Huppert), renouer avec l’homme qui l’a violée. Dans un dangereux jeu de désir et de violence, elle se jette dans la gueule du loup en acceptant de le suivre dans la cave de sa maison. Là, il pense la violer à nouveau, mais c’est sans savoir que Michèle est consentante. Alors que l’homme se retire, l’héroïne du film jouit longuement allongée sur le sol, devant le visage incrédule de son violeur. Si beaucoup ont vu dans ce film un dénigrement des victimes de viol, c’est qu’ils n’ont pas saisi le point le plus important du récit. En exprimant son désir auprès de l’homme qui l’a violée, Michèle refuse d’accepter de n’être qu’un objet. Par cette scène, elle redevient un sujet maître de ses actions et de son désir. Plus encore, elle montre que son propre plaisir prévaut sur toute autre chose. Le film est en ce sens profondément féministe, il défend avec brio la personnalité vibrante de son personnage.

 

Benedetta, de Paul Verhoeven. Date de sortie encore inconnue.

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