Numero

7


Commandez-le
Numéro

Mostra de Venise: le fascisme effraie toujours l'Allemagne

Cinéma

Avec “And tomorrow the entire World” (“Und morgen die ganze Welt”, en allemand), – qui concourt pour le Lion d'or à la 77e Mostra de Venise –, la cinéaste Julia von Heinz signe un film révoltant sur la montée du fascisme dans l'Allemagne d'aujourd'hui. 

© Seven Elephants, Oliver Wolff

En février dernier, à Hanau – près de Francfort – un homme a tué neuf personnes tranquillement installées dans des bars à chicha… et ce n'est pas la première fois que ce genre de drame secoue le pays. Alors que l'Europe est tétanisée face à la menace de Daesh, les groupuscules fascites se multiplient. En Allemagne, depuis quelques années – voire cinq ans exactement, date à laquelle Angela Merkel a décidé d'ouvrir ses frontières aux migrants –, ces extrémistes se montrent ultra violents envers les juifs, les musulmans… et ceux qui les défendent. Luisa, le personnage principal de la fiction And tomorrow the entire World, en fait partie.

 

Le point d'ancrage du film est celui d'un constat bien triste dans l'Allemagne d'aujourd'hui : l'extrême violence des militants d'extrême droite. Pour mettre en scène ce fléau, la réalistrice Julia von Heinz a décidé d'axer son récit autour de Luisa, une étudiante en droit issue de bonne famille – son père détient le titre de baron et roule en Porsche – qui décide de vivre au sein d'un collectif autogéré, le P31. Ce dernier mène des actions non-violentes contre les fascistes en s'immiscant dans leurs manifestations, donne la soupe populaire et organise des soirées made in Berlin dans ses locaux (faites de drogue, de sexe et de BPM poussés au maximum). C'est donc presque pour donner un sens à son existence que la jeune femme qui a l'habitude de chasser le dimanche en famille quitte sa maison de campagne pour la vie en communauté. Très vite, elle va être confrontée à une extrême violence et surtout, à un système judiciaire impuissant…

© Seven Elephants, Oliver Wolff

Du collectif à l'individuel

 

Inspiré de l'historie personnelle de la cinéaste – qui, lorsqu'elle était plus jeune a été une activiste de gauche –,  And tomorrow the entire World dépeint un pays tiraillé par les problèmes liés à l'immigration. D'un côté, l'extrême droite ultra brutale – l'une des premières scènes montre d'ailleurs une altercation entre Luisa et un fasciste qui la plaque au sol, excerce des attouchements sur elle, avant de la frapper dans les côtes – et de l'autre, un collectif non-violent qui prone l'accueil des migrants mais dont les membres sont eux-mêmes divisés quant aux moyens déployés pour riposter contre leurs “ennemis”. Au milieu, l'État, décrit comme impuissant face à ces affrontements – on voit même les policiers dans l'inaction la plus totale contre des extrémistes pour le moins virulents.

 

Très vite est soulevée la question de la légitimité à riposter à la haine par la violence. D'abord hésitante à l'idée de lancer une tarte à la crème sur le visage d'une membre d'un parti d'extrême droite, Luisa va de traumatismes en traumatismes lors de rixes contre les fascistes. Elle s'entiche d'un de ses camarades, le plus engagé du groupe et devient à son tour ultra déterminée, quitte à se mettre à dos les plus pacifistes. Dès lors, le long-métrage s'ouvre à d'autres réflexions : Luisa ne serait-elle pas motivée par son attirance et non par réelle conviction ? Sa sensibilité en tant qu'individu n'aurait-elle pas dépassé son engagement dans le collectif ? Est-il vraiment possible de rester pacifiste lorsque l'on est constamment meurtri ?

 

Si la romance sauve le film d'un aspect trop documentaire dans lequel il aurait tort de tomber, And tomorrow the entire World se révèle être un film puissant sur l'état de la société allemande – et plus généralement, des pays européens – mais aussi sur la place – peut-être difficile à trouver – de l'individu dans le collectif.

 

And tomorrow the entire world (Und morgen die ganze Welt) de Julia von Heinz, en compétiton à la 77e Mostra de Venise.

Lire aussi

loading loading