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Mostra de Venise: Mati Diop met en scène son intimité

Cinéma

Réalisé pour le projet “Miu Miu Women's Tales” et présenté dimanche en séance spéciale à la 77e Mostra de Venise, “In My Room”, le court-métrage de Mati Diop filmé pendant le confinement nous plonge dans l'intimité de la réalisatrice d'“Atlantique” (2019). Il est d'ores et déjà disponible sur la plateforme MUBI. 

Bien que le tapis rouge soit masqué cette année par un mur blanc de deux mètres de haut, la Mostra de Venise est avant tout un festival de cinéma – le plus vieux de tous. Et qui dit cinéma, dit belles robes, talons hauts, maquillages parfaits et sourires radieux… Miu Miu l'a bien compris. Dimanche après-midi, la maison a invité une assemblée triée sur le volet à assister à la projection du dernier projet de son programme Women's Tales. Journalistes, productrices, actrices mais aussi amies du label se sont retouvées dans la grande salle du Palazzo del Casino, (presque) toutes vêtues de robes ultra scintillantes griffés de la marque fondée en 1993 par Miuccia Prada, nous rappelant le glamour caractéristique des festivals de cinéma.

 

Tout ce petit monde est ainsi rassemblé pour assister à l'avant-première du court-métrage de Mati Diop, In My Room, réalisé à la demande de Miu Miu pendant le confinement. Vingtième projet de la série Women's Tales – qui succède à ceux de réalisatrices d'envergures et d'horizons différents, dont Agnès Varda, Chloë Sevigny, Haifaa Al-Mansour, Ava DuVernay ou Lynne Ramsay –, le film de la cinéaste récompensée du grand prix à Cannes l'an dernier pour Atlantique, nous embarque au plus profond de son intitimé.

 

 

Au-delà des buildings 

 

En plus d'être réalistatrice, Mati Diop est aussi actrice. Depuis sa dernière apparition face caméra en 2016 (dans Hermia & Helena), elle s'est concentrée sur l'écriture, notamment celle d'Atlantique et, plus récemment, celle d'In My Room : pendant le confinement, Miu Miu l'a approchée, lui demandant d'imaginer un court-métrage afin qu'il figure dans la liste des films du projet Women's Tales – qui met les femmes à l'honneur, sans oublier de mettre en scène les créations de la maison italienne. 

 

C'est donc dans son appartement parisien que l'on retrouve Mati Diop. Elle se filme souvent de nuit ou au reveil, vêtue d'un simple tee-shirt ou d'un hoodie, qu'elle associe parfois – lorsqu'il se fait tard – à des talons à plateforme très hauts… In My Room nous confronte de nouveau à ce que l'on a tous vécu lors du confinement. Longs silences liés à l'utilisation intensive de son iPhone, danses tardives, essayages d'accoutrements parfois loufoques – là, il s'agit souvent de pièces Miu Miu utra clinquantes – et regards toujours fixés au-delà des fenêtres… Voilà les images d'un enfermement.

 

Dans son court-métrage, Mati Diop explique sa démarche : elle montre un email envoyé à la maison italienne, stipulant qu'elle est seulement en mesure de livrer des images de son quotidien, auxquelles elle ajoutera la voix de sa grand-mère décédée. Ainsi, In My Room est peuplé, du début à la fin, de bribes de discussion entre la cinéaste et son aïeule, qu'elle appelle Maji. Cette dernière y raconte ses souvenirs de guerre, parle de son enfance, de ses amis morts, de l'isolement qu'elle subit en vieillissant et discute opéra avec sa petite fille. 

 

Sur un air de Traviata, les yeux fixés vers les buildings – un tout autre horizion que celui qu'elle filmait dans Atlantique, à savoir l'océan –, Mati Diop offre une réflexion sur le temps qui passe et la façon dont on le perçoit, lorsqu'on est enfermé.

 

 

In My Room (2020) de Mati Diop, disponible sur MUBI, ainsi que les autres courts-métrages du projet Miu Miu Women's Tales.

© Christine Brossart

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