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Kongo, un documentaire envoûtant sur la magie noire en Afrique Centrale

Cinéma

Présenté par l’association ACID pour le cinéma indépendant lors du festival de Cannes 2019, “Kongo” est l’un des films les plus impressionnants qu’il nous est donné de voir en salles en cet été. Plongée mystique dans l’univers des guérisseurs de Brazzaville – qui capturent des esprits dans des bouteilles et intentent des procès pour sorcellerie – le film à la croisée des chemins entre le réel et l'irréel est le résultat de six années de tournage et de centaines d’heures de rush montées avec minutie par deux jeunes réalisateurs français : Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav. Une oeuvre complexe et envoûtante qui bouscule les idées reçues des spectateurs les plus cartésiens.

ACID Cannes – Bande annonce de "Kongo" (2019), réalisé par Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav

Les faubourgs de Brazzaville, capitale du Congo, recèlent de secrets et coutumes qui échappent à l’imagination des occidentaux. Des guérisseurs y prennent en charge les victimes de mauvais sorts grâce à leurs pouvoirs surnaturels, des procès pour sorcellerie s’y tiennent au sein de tribunaux populaires pleins à craquer et les esprits de sirènes ou autres créatures mystiques sont capturés dans des bouteilles en plastique. Avec beaucoup de distance et de justesse, les réalisateurs français Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav ont suivi les pas de l’apôtre Médard, guérisseur en chef de l’église Ngunza. Sous influence de la figure indépendantiste André Matswa, qui se révoltait  au milieu du XXème siècle contre le démantèlement de l’héritage du royaume “Kongo” – empire séculaire d’Afrique Centrale – la mouvance Ngunza s’est peu à peu dépolitisée pour s’organiser en religion et en paroisses. Elle est aujourd’hui l’une des nombreuses Églises congolaises à proposer ses services pour communiquer avec un mort, protéger une parcelle, guérir du diabète, désenvoûter une victime et de manière plus générale, lutter contre l’omniprésence du diable dans nos sociétés. 

 

 

La vie de l’apôtre Médard bascule lorsqu’on l’accuse publiquement de pratiquer la magie noire et d’être responsable de la mort de deux enfants frappés par la foudre dans leur sommeil, en pleine saison sèche. Si l'ecclésiastique guérit les âmes en provoquant des transes, en enfonçant sa main dans la bouche de ses fidèles ou en en suçant le sang de leurs plaies ouvertes contre 2 000 francs CFA et un paquet de bougies, il réfute absolument les accusations de sorcellerie. Sa licence officielle de guérisseur en jeu, il se défend devant un tribunal d’instance populaire, improvisé dans une bâtisse pleine à craquer où l’assistance gronde à chaque prise de parole.

Tribunal d'instance de Tenrikyō, à Brazzaville © ACID

Scène après scène, les deux cinéastes parviennent à nous faire croire à une multitude d’éléments surnaturels que nos esprits cartésiens auraient tout de suite refoulés s’ils n’avaient pas été confrontés à la série de plans extatiques et à l’histoire montrée plutôt que racontée du film Kongo. Comme la foule massée à l’intérieur du tribunal et les juges eux-mêmes, nous acceptons sans sourciller les attaques spirituelles et le rêve qu’aurait fait la plaignante deux jours avant le drame comme des pièces à conviction valables. À travers l’histoire tourmentée de l’apôtre Médard, c’est aussi la résistance d’un pays aux puissances colonisatrices qui est racontée. Les congolais essaient, en vain, de préserver une nature luxuriante qui accueille en sa jungle et dans ses montagnes de nombreuses forces qui nous dépassent. 

 

 

Certains éléments pourraient-ils échapper à notre monde rationnel ? Faut-il suivre ses croyances, même les plus absurdes ? Lors d’un final haletant dans les méandres du fleuve Congo, on croit apercevoir une sirène. Une preuve bien tangible que le cinéma est capable, dans certains moments de grâce, de révéler l’étendue de ses pouvoirs magiques. 

 

 

Kongo d'Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav, actuellement en salles.

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