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David Lynch dévoile un nouveau court-métrage obscur

Cinéma

Mercredi soir, le réalisateur de “Twin Peaks” et de “Mullholand Drive” a sorti un court-métrage d’animation sur sa chaîne Youtube. Intitulé “Fire (Pozar)”, le film de 10 minutes est un projet datant de 2015 resté jusqu’alors inconnu. 

FIRE (POZAR)

Parmi l’impressionnante filmographie de David Lynch, on dénombre désormais plus de 20 courts-métrages. Et alors que la plupart des réalisateurs abandonnent rapidement le format court une fois que leur carrière est lancée, le réalisateur américain, lui, n’a de cesse d’y retourner. En alternant sans cesse les médiums, se faisant tour à tour musicien, cinéaste, showrunner ou bien acteur, l’homme s’est imposé comme un artiste à part entière, spécialiste de l’étrange et des récits qui frôlent le fantastique. En janvier dernier, Netflix dévoilait What did Jack Do ? , un film de 17 minutes étonnant, où le cinéaste incarne un détective digne de Twin Peaks en pleine discussion avec un singe inaudible, aussi intriguant que le personnage du nain de la même série.

 

Durant la période de confinement, le réalisateur explorait encore un nouveau format en publiant chaque jour un bulletin météo sommaire d’environ 30 secondes, confortant ses fans dans l’idée qu’à 74 ans, le cinéaste n’a rien perdu de son extravagance. Avec Fire (Pozar), dévoilé mercredi soir gratuitement sur Youtube, l’univers lynchien repousse une fois de plus ses limites. Court-métrage d’animation réalisé en 2015, le film met en scène un bestiaire surprenant, dans ce qui ressemble à un petit théâtre antique, accompagné de la musique du Polonais Marek Zebrowski, avec qui David Lynch avait déjà collaboré lors de sa rétrospective à la Fondation Cartier en 2007 ainsi que sur l’album collaboratif Polish Night Music.

 

Long de 10 minutes seulement, le film dévoile une esthétique volontairement vieillie. Les dessins primitifs montrent tour à tour un homme muni d’une torche, un arbre, une maison, un soleil maléfique et des créatures hybrides, dans ce qui semble être une danse macabre revisitée. Un univers déroutant qui contient toute la singularité caractéristique du travail de David Lynch et qui, certainement, veut renouer avec ses débuts : avant de se pencher sur le cinéma, l’artiste se destinait à la peinture. Fire (Pozar) convoque ainsi ses années estudiantines, tout en cultivant son univers mystérieux, parfois à la limite de l’absurde. 

 

Fire (Pozar) (2015), de David Lynch. Disponible sur Youtube. 

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    D’Alejandro Jodorowsky à Jean-Luc Godard, les plus grands cinéastes du XXe siècle ont courtisé Mick Jagger, star mondiale et sensuelle d’un rock ’n’ roll ravageur. De la fin des années 1960 aux années 2000, le chanteur des Rolling Stones est apparu dans une douzaine de long-métrages et documentaires, déroulant un répertoire allant du gangster au marchand d’art véreux. En 2020, il est à l’affiche d’un nouveau thriller aux côtés de Claes Bang et Donald Sutherland, “The Burnt Orange Heresy”, réalisé par Giuseppe Capotondi.

    Mick Jagger dans Performance (1970) © Warner Bros

    Avec ses longs cheveux ondulés et ses lèvres pulpeuses, l'allure androgyne de Mick Jagger aura tout autant convaincu les groupies que le cinéma d'auteur.  Alors qu’il est déjà, à 26 ans, un chanteur mondialement connu, Jean-Luc Godard l’approche en premier en 1968 et propose aux Rolling Stones de figurer dans un documentaire expérimental intitulé One + One ou Sympathy for the Devil. Construit en deux parties distinctes, création versus destruction, le documentaire met en scène le groupe anglais lors d’une répétition de leur chanson Sympathy for the Devil. Mick Jagger, alors âgé de 26 ans, mène et dirige les autres musiciens et perce l’écran de son assurance, s’assumant comme le véritable leader du groupe.

     

    Mais ce sont deux jeunes réalisateurs qui lui offrent son premier rôle dans un film de fiction. En 1968, Donald Cammell et Nicolas Roeg offrent au chanteur le rôle d’une rock star acceptant de cacher un vieil ami meurtrier. Au fil d’une intrigue psychédélique, Mick Jagger apparait plus impudique que jamais, prenant son bain en compagnie de deux belles et jeunes femmes, une scène jugée beaucoup trop osée pour l’époque. Deux ans après le tournage, la Warner Bros accepte enfin de diffuser ce film auparavant jugé trop violent et obscène, qui reçoit alors un accueil mitigé. Comme un bon vin se bonifiant avec le temps, Performance est aujourd'hui considéré comme l’un des films les plus novateurs du cinéma britannique des années 1970. Fort de cette expérience, Mick Jagger incarne un an plus tard, en 1971, le célèbre gangster australien Ned Kelly dans un biopic du même nom, signé Tony Richardson.

    Après ces deux premiers rôle remarqués s’enchaînent les propositions, mais la malchance ou le hasard empêchent le chanteur de les accepter. En 1975, Mick Jagger est auditionné pour l’adaptation mythique du Rocky Horror Show, mais le rôle revient finalement à Tim Curry, incarnant déjà le personnage au théâtre. Dans un casting insensé, aux côtés d’Orson Welles et de Salvador Dalí, il est choisi par le réalisateur chilien Alejandro Jodorowsky pour son adaptation du roman de science fiction Dune. Jugé trop audacieux et ésotérique pour être financé, le film ne verra jamais le jour. Autre déception, à la fin des années 1970, Werner Herzog le choisit comme acteur dans son film Fitzcarraldo, mais le tournage doit être décalé et lors de sa reprise, les Stones sont en tournée. Son personnage est alors supprimé et ses scènes coupées.

     

    Après une décennie à n’apparaître que dans des documentaires, les années 90 lui sont plus bénéfiques et lui permettent de tourner dans trois films notables : Freejack de Geoff Murphy (1992), puis Bent de Sean Matthias (1997) et L’Homme d’Elysian Fields de George Hickenlooper (2001), dans lesquels il donne la réplique à des acteurs aussi reconnus que Rachel Weisz, Ian McKellen, Clive Owen ou Anthony Hopkins.

     

    Moins connu que sa carrière d’acteur, Mick Jagger est également producteur, et lance en 1995 sa propre société de production, Jagger Films, qui finance plusieurs films et séries, dont Enigma, de Michael Apted avec Kate Winslet, un documentaire sur lui même, Being Mick (2001), ou encore la série HBO The Vinyl (2016). Alors que le chanteur n’a plus tourné depuis 2001, Keith Richards et Johnny Depp tentent, sans succès, de convaincre de le convaincre de participer au quatrième volet de la saga Pirates des Caraïbes. Mais, preuve qu’il sélectionne rigoureusement ses rôles, c’est finalement en 2020 que Mick Jagger fait son grand retour au cinéma dans un thriller de Giuseppe Capotondi, The Burnt Orange Heresy, aux côtés de Claes Bang et Donald Sutherland. Critique d’art tout aussi véreux que peu scrupuleux, son personnage, Joseph Cassidy, cherche à s’approprier l’oeuvre d’un peintre à la retraite.

     

    The Burnt Orange Heresy, de Giuseppe Capotond, date de sortie encore inconnue.

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