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27 Février

Colette: les derniers jours du concept-store

 

Après l’annonce de la fermeture du concept-store Colette en 2017, Huges et Eliane Lawson-Body ont investi les lieux, armés de leur caméra. Proches de Sarah Andelman et Colette Roussaux – les fondatrices du lieu –, ils ont capturé la vie du magasin au cours de ses derniers mois d'existence.

Par Lolita Mang

© Paul Won Jeong

Le générique de fin défile sur l’éternelle Ritournelle de Sébastien Tellier. Sur l'écran se succèdent des exergues de commentaires Instagram : “Vous allez tant nous manquer !”, “Comment vais-je faire sans vous ?”, “Vous allez ouvrir une chicha ?”. C'est à se demander si l'on n'en fait pas un peu trop, pour un magasin. Produit par les sociétés Pac Films, HLB et Highsnobiety, Colette mon amour plonge dans les coulisses du magasin le plus iconique de Paris, lors des six derniers mois de son existence. De 1997 au 20 décembre 2017, le concept store a façonné la rue Saint-Honoré et le monde de la mode. 

 

Quand Pharrell Williams, Kanye West ou Virgil Abloh se rendent à Paris, il faudrait calculer le temps qui s’écoule entre leur atterrissage à Charles de Gaulle, et leur arrivée au 213 rue Saint-Honoré.” Teinté d’ironie et de légèreté, le documentaire Colette mon amour revient avec humour sur les derniers mois du mythique concept store du 1er arrondissement. Ouvert en 1997 et tenu d’une main de fer par Colette Rousseaux, le magasin était loin de faire l’unanimité lors de ses débuts. “Temple de la consommation” ou “baromètre de la branchitude”, les critiques à l’encontre du lieu fusent, et le public peine à croire que Colette tiendra plus de trois semaines. Vingt ans plus tard, l’annonce de sa fermeture est un cataclysme dans le monde de la mode. 

 

Le documentaire de Huges et Eliane Lawson-Body ne se donne pas pour ambition de retracer toute l’histoire de Colette. Non seulement le sujet est vain tant il est vaste, mais il occulterait l’approche résolument intimiste et presque ironique choisie par les réalisateurs. C’est en effet l’histoire de famille à l’origine du concept-store qui est mise en avant. Celle de Colette Roussaux, qui a façonné le lieu de son regard perçant. Le choix n’est pas anodin : combien de visiteurs de Colette sont entrés, ont frôlé la jupe de la maîtresse des lieux, sans jamais savoir qui elle était ? En faisant du tandem mère-fille – Colette Roussaux a fondé colette avec sa fille, Sarah Andelman – le coeur du documentaire, Huges et Eliane Lawson-Body font de l’épicentre de la mode, un lieu un peu plus humain. 

 

Le monde de la mode est absurde, et il le vit bien. Le journaliste Loïc Prigent en fait régulièrement état sur Instagram. Avec un oeil à la fois narquois et bienveillant, le documentaire puise sa force dans les multiples emojis qui viennent ponctuer l’absurdité de certains interviews. Des torrents de larme pixelisées viennent ainsi rouler sur les joues de Pharrell Williams, lorsque celui-ci affirme ne pas réaliser, aujourd’hui encore, la fermeture de son magasin préféré. Car diantre, comment le monde peut-il encore tourner, sans Colette au 213 rue Saint-Honoré ? 

 

Étrangement, le monde tourne toujours depuis le 20 décembre 2017, date de la fermeture définitive de Colette. La raison ? Le départ à la retraite de Colette Roussaux. Preuve que la boutique ne pouvait demeurer sans la petite silhouette de cette femme aux jupes longues et aux cheveux courts dans ses allées. Colette mon amour clôt aussi la boucle en offrant aux admirateurs et clients du magasin, des bouts de vie de son équipe, un souvenir doux et léger. Et peut-être aussi, un arrière-goût de nostalgie : il était sans doute plus glorieux de croiser Kanye West chez Colette qu’au KFC de Strasbourg-Saint-Denis…

 

Colette mon amour, au MK2 Beaubourg jusqu’au 1er mars 2020.

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