Numero

218


Commandez-le
Numéro

“Combien de navets a-t-on vu exploser le box-office…” L’interview culte de Clive Owen

Cinéma

Robert Altman, Mike Nichols, Spike Lee... la star britannique a tourné avec les plus grands, mais c’est surtout son physique de brun ténébreux au regard de braise un tantinet menaçant qui lui a valu un contrat avec les grandes marques de luce. Nous avons tenu à l’ausculter de très près.

Clive Owen par David Bailey.

Numéro: La vie est-elle dure pour les belles brutes hollywoodiennes ? 

Clive Owen: Allez plutôt leur poser la question.

 


N’est-ce pas minant d’avoir toujours plusieurs téléobjectifs braqués sur votre joli minois ?

Je n’ai pas pour habitude de courtiser la presse, et encore moins les paparazzis. Et si, dans certains contextes, il est difficile de s’en défaire, le reste du temps, je m’en accommode très bien et trompe sans difficulté leurs radars.

 


Vous êtes-vous déjà fait traquer par de sombres psychopathes ? 

En effet, j’ai déjà eu affaire à quelques rares cas de fans obsessionnels. 

 

Vos hordes de groupies glapissantes se ligotent-elles comme des gourdes à la grille de votre résidence londonienne ? 

Dieu merci, non. 

 

Votre femme sait-elle rester stoïque face à la gent féminine électrisée par votre magnétisme animal ? 

Nous sommes ensemble depuis belle lurette, elle a bien fini par s’y faire.

 


Les archétypes de l’homme viril dans votre genre ne craignent-ils pas le jour où, dans leur miroir, ils se verront ornés d’un mauvais bubon, d’un joli double menton ou coiffés d’une audacieuse calvitie monacale ?

Pas vraiment. Je suis tout à fait lucide par rapport au fait que les gens me dévisagent dans la rue, mais je ne frise pas la paranoïa aiguë pour autant. Certes, j’ai une certaine forme de conscience de moi, mais ce n’est pas quelque chose qui me traumatise.

 


Dans quelle mesure votre succès repose-t-il sur votre télégénie pour le moins avantageuse ?

Il serait ridicule d’affirmer que dans l’industrie du cinéma, on ne juge pas un pot à son couvercle. Ce n’est un secret pour personne. Cela dit, vous seriez surpris du nombre de films que j’ai tournés ces deux dernières années dans lesquels les réalisateurs se sont acharnés à m’enlaidir.

 


Le blanchiment des dents, l’épilation du torse et les injections de Botox font-ils partie des réflexes beauté de tout acteur hollywoodien qui se respecte ?

Non. Je n’ai jamais eu recours à ce genre de pratiques, même si je cours régulièrement à la gym pour rester en forme. Cela fait des années que je fréquente la même salle de sport, et je peux m’y rendre en toute quiétude sans craindre les regards indiscrets. J’y fais comme partie des meubles.

 


Lequel de vos attributs physiques vous colle le plus gros complexe ? 

Sans vouloir paraître satisfait, je ne fais pas une maladie de mon physique. Je ne compte pas parmi ces mecs qui squattent la salle de bains pendant des heures pour se mater sous toutes les coutures.

“Children of Men”(2006) – Bande-Annonce.

Gagne-t-on plus d’argent en jouant l’homme-sandwich pour une crème antirides qu’en jouant dans un film ? 

Non.

 


Comment se fait-il alors qu’il n’y ait plus une star hollywoodienne qui ne soit pas l’ambassadrice d’une quelconque lessive ?
La seule chose que je sache, c’est qu’il y a dix ans de cela, je n’aurais pas été ambassadeur pour Lancôme, pour la simple et bonne raison qu’à l’époque, il n’existait pas de tels produits. Les soins pour homme constituent un marché relativement jeune. Impossible aujourd’hui de mettre les pieds dans un grand magasin sans tomber nez à nez avec une montagne de crèmes et d’onguents destinés à des consommateurs toujours plus soucieux de leur apparence.

 


Qu’est-ce qui justifie le salaire mirobolant des stars de votre calibre ?

J’imagine que l’industrie du cinéma obéit à la même règle que n’importe quel autre business : celle de l’offre et de la demande. Comme partout ailleurs, on est payé pour ce que l’on vaut.

 


Que manque-t-il à un homme qui a tout ?

Je n’ai pas à me plaindre : j’ai une carrière qui me comble, une famille soudée et épanouie. Ma seule inquiétude est de me séparer de mes enfants lorsque je pars en tournage. Ils ont maintenant un âge qui ne me permet plus de les changer d’établissement scolaire comme je changerais de chemise, et ils me manquent terriblement lors de mes séjours à l’étranger. Je ne voudrais pas qu’ils me reprochent plus tard de ne pas avoir été assez disponible. C’est aussi pour cela que j’ai choisi de vivre à Londres. 

 

 

Les critiques sont-ils aussi virulents dans le cinéma que dans la mode ?

J’ai une sainte horreur des journalistes qui se mettent trop en avant dans les papiers qu’ils signent. Le bon critique sait se montrer détaché et constructif dans son analyse. Le mauvais, quant à lui, profite de la tribune qu’on lui donne pour proférer des jugements égocentriques et s’affirmer. Mais dans le fond, tout le monde s’en fout.

 


Une mauvaise critique peut-elle jouer sur le nombre d’entrées en salles ?

Tout dépend du film. Les énormes blockbusters hollywoodiens sont comme autant de forteresses imprenables. Combien de navets monumentaux a-t-on vu exploser le box-office en dépit des critiques les plus assassines. Le cinéma indépendant reste, quant à lui, plus vulnérable à la critique, dans la mesure où son public se compose d’une grosse majorité de gens avertis qui lisent les journaux et les revues spécialisées.

 


Certaines marques, désintéressées, vous couvrent-elles d’offrandes à la veille des Oscars ?

 Leurs tentatives sont vaines : je reste très fidèle à Giorgio Armani, et il ne me viendrait jamais à l’idée de porter autre chose.

 


Une telle fidélité a-t-elle un prix ? 

Du tout. Je ne suis pas contractuellement tenu de porter les costumes de M. Armani. Il se trouve que j’adore ce qu’il fait, et qu’en retour il adore m’habiller. Au final, tout le monde s’y retrouve.

 


Dans quelle mesure les acteurs jouent-ils toujours la comédie lorsqu’ils répondent aux questions des journalistes ? 

Dans une mesure moindre que sur un plateau de tournage, mais dans une certaine mesure tout de même.

 


Qu’en est-il de ces interviews promotionnelles d’une mauvaise foi affligeante, qui figurent dans les bonus des DVD ? 

Croyez-le ou non, mais dans ces moments-là nous ne récitons pas bêtement un texte qui défile sur un prompteur. Pour votre gouverne, sachez seulement que le jour où un acteur se mettra à déblatérer des horreurs au sujet d’un film qu’il est en train de promouvoir n’est pas près d’arriver. Vous saisissez ?

 

 

[Archives Numéro, avril 2008]

Lire aussi

    L’interview FaceTime avec… Arielle Dombasle

    En période de confinement, Numéro continue à s'intéresser aux musiciens qui accompagnent nos journées avec leurs morceaux. Aujourd’hui, la chanteuse, actrice et vidéaste Arielle Dombasle évoque son nouvel album “Empire”, en collaboration avec Nicolas Ker, sa nostalgie du mouvement punk, son combat contre le plastique et sa nouvelle vie d’instagrameuse.

     

    Arielle Dombasle active la caméra de son MacBook avec un large sourire, amusée à l’idée que les médias poursuivent les interviews dans une situation aussi délicate. La dame n’a jamais quitté son personnage à la tendresse désinvolte. Après l’album La Rivière Atlantique en 2016 et le long-métrage Alien Crystal Palace (2018), ovni aberrant produit par Christian Louboutin et Thaddaeus Ropac, Arielle Dombasle présente Empire, nouvelle collaboration avec le chanteur de Poni Hoax, Nicolas Ker. Une figure incontournable du post-punk français. Un album noir qui convie les spectres du rock gothique. Rencontre avec une femme fantasque qui s’esclaffe depuis son salon.

     

    Numéro: Un matin, je vous ai apostrophée dans le 8e arrondissement de Paris, mais vous ne m’avez pas accordé un regard. Est-ce lié à mon manque de notoriété ?

    Arielle Dombasle: C’est étrange. Ce n’est pas mon style. Je ne comprends vraiment pas ce qui a bien pu se passer, d’autant que j’accepte toujours les selfies.

     

    Sachez que vous êtes une véritable star auprès des millenials, d’ailleurs… vos petites vidéos sur Instagram font un carton.

    Ah bon ! Je n’étais pas au courant. Je suis sur Insta depuis près d’un an, c’est un medium que j’aime beaucoup. Je follow des gens qui habitent en Australie, d’autres à Dijon. Ces vidéos sont ma petite récréation de la journée. Je filme les cafés dans lesquels je m’installe, je fais visiter des églises et parfois je me dis ‘Tiens, si j’envoyais des cœurs à mes followers en dégustant quelques antipasti’.

     

     

    “La plupart du temps, je décline les comédies convenues et faciles, le cinéma qui n’en serait finalement pas, et les choses ennuyeuses. Mais il m’est arrivée de refuser des choses puis de regretter, voire d’en pleurer quelque temps après.”

     

     

    Vous avez notamment filmé les rues désertes de Paris. Quelle case aviez-vous coché sur votre attestation de déplacement dérogatoire ?

    “Déplacement professionnel”, car je suis parfois chroniqueuse pour l’émission Les Grosses Têtes. C’est munie de cette attestation magique que j’ai découvert un Paris vide, cette beauté sidérale de fin du monde, d’Apocalypse d’un autre temps. Des pestes, des choléras, il y en a eu. Mais visiblement, nous ne nous protégeons pas mieux aujourd’hui qu’à l’époque d’Homère ou d’Aristote. J’espère que je ne serai plus jamais enfermée comme cela. À moins d’aller en prison. [Bernard-Henri Lévy entre dans la pièce] Mon amour comment-allez vous ! Je suis sur FaceTime avec Numéro ! À tout à l’heure mon cœur… Je suis confinée, que dis-je, enfermée avec BH donc c’est agréable. Et vous ? Êtes vous confiné seul ?

     

    Oui, malheureusement, la solitude s’est abattue sur moi, c’est bien moins sympathique.

    Je ne sais pas comment vous faites. Vous devriez vous trouver un compagnon de confinement. Allez dans un cimetière, il y a plein de chats qui errent entre les tombes et n’attendent que vous. Plus personne ne les nourrit.

     

    J’y songerai… Peut-on être à la fois hypocondriaque et pleinement épanoui en ce moment ?

    Bien évidemment que non, il est impossible d’être épanoui. La liberté est un droit fondamental en démocratie. D’ailleurs, je trouve que les gens restent relativement sages et disciplinés pour un pays qui compte 70 millions d’habitants.

    Il y a quelques semaines, Carla Bruni s’est amusée à tousser sur le front row du dernier défilé Celine en hurlant “Je n’ai peur de rien !”. Avez-vous eu de ses nouvelles depuis ?

    Non, aucune nouvelle. Je crois qu’elle a d’ailleurs reconnu elle-même que c’était une attitude plutôt frivole pour un moment aussi dramatique. Que voulez-vous, elle a voulu être drôle, et cela a échoué… Je suis allée aux urgences dernièrement, bien avant que l’épidémie ne s’abatte sur nous, car mon partenaire musical, Nicolas Ker, est un grand alcoolique. L’état des urgences est toujours aussi terrible. Un type débarque avec la moitié du bras arraché, un autre se tord de douleur, un troisième vomit du sang, un quatrième s’est planté un stylo dans l’œil et un dernier convulse au sol tandis que des parents terrifiés annoncent au personnel soignant que leur enfant a englouti une bouteille de Destop… Et le pire dans tout cela, c’est qu’il faut sélectionner le patient qui aura la chance d’être pris en charge immédiatement. C’est tout simplement horrible. Applaudir le personnel médical à la fenêtre tous les soirs est une bonne chose, mais il faudrait surtout augmenter leurs effectifs, leurs moyens et leurs salaires. 

     

    Avez-vous rencontré Nicolas Ker dans un lieu peu recommandable et bourré d’anecdotes ?

    Peu recommandable, je ne crois pas ! C’était au Cirque d’hiver, un endroit légendaire et mythique qui nous a permis d’emprunter le chemin des éléphants. On m’avait proposé de chanter avec Poni Hoax pour un spectacle burlesque en septembre 2014. Vous savez, ces filles compagnes de Dita Von Teese qui ont joué dans le film Tournée de Mathieu Amalric. Avec Nicolas, nous nous sommes tout de suite très bien entendus : il m’a parlé de Pasolini, de Tarkovski, des frères Karamazov, de David Lynch, et de bien d’autres choses passionnantes.

     

    Dans le communiqué de presse qui accompagne votre nouvel album, Empire, le journaliste Benoît Sabatier pose une question que je vous retourne : les couples les plus mal assortis sont-ils destinés à créer les œuvres les plus terrassantes ?

    Nous sommes à la recherche de l’altérité depuis Aristophane. La recherche de l’autre est indispensable mais il faut bien évidemment que cette altérité soit désassortie. Moi je viens du Bel canto, du Conservatoire de musique, du blues, des cantiques, de la soul, mais je n’avais jamais fait du “rock gothique new wave” comme cela. En fin connaisseur des années 80, Nicolas Ker m’a initiée à David Bowie, à Morrissey, aux Smiths, à Joy Division, aux Stooges, à Nike Cave, au Velvet Underground (surtout du début)… un rock mélodique, gothique et noir qui m’a passionnée.

     

    Benoît Sabatier poursuit en comparant le duo que vous formez avec Nicolas Ker à ceux que forment Starsky et Hutch, JoeyStarr et Kool Shen, Tristan et Iseult mais aussi Jacquie et Michel. À quel couple vous identifiez-vous ?

    [Rires.] Peut-être Starsky et Hutch. Tristan et Iseult est un véritable couple désassorti passionnant. Mais moi je suis mariée, voyez-vous, et j’aime mon mari. Et Nicolas a une fiancée. Sachez que j’ai horreur des malentendus.

     

    À qui ce nouvel album s’adresse-t-il et en quoi est-il différent du précédent, La Rivière Atlantique ?

    Justement, il s’adresse probablement aux mêmes personnes que La Rivière Atlantique. On me parle souvent de culture de niche, pourtant, le public de nos concerts est très éclectique. Il y a des individus qui viennent me voir et d’autres qui se ruent sur Nicolas qui est une bête de scène. Je crois que cet album s’adresse à ceux qui aiment l’électro, ceux qui aiment The Cure, David Bowie, The Doors, The Police, PJ Harvey, Nike Cave, ceux qui aiment l’électro berlinoise, mais surtout, cet album s’adresse aux gens sensibles.

     

    Vous avez collaboré avec Philippe Katerine, Chilly Gonzales, Etienne Daho, Michel Houllebecq, donné la réplique à Klaus Kinski et incarné Falbala au cinéma… Vous-arrive-t-il de décliner des propositions ?

    Bien sûr ! Je suis le fruit de trois cultures différentes : je suis une Américaine née au Mexique qui a découvert la France à l’âge de 18 ans. J’ai donc un penchant naturel pour l’aventure et les surprises. “Étonnez-moi” comme dirait Cocteau. Je suis un carrefour de forces antagonistes. La plupart du temps, les propositions que je décline concernent les comédies convenues et faciles. Le cinéma qui n’en serait finalement pas vraiment. Les choses ennuyeuses qui me forceraient à jouer la même chose pendant quatre ans. Mais figurez-vous qu’il m’est arrivé de refuser des choses puis de regretter, voire d’en pleurer quelques temps après. Mais vous êtes assez intelligent pour vous douter que je ne les citerai pas…

     

    Le terme de cantatrice pop vous sied-il ? Ou préférez-vous celui d’héroïne érotico-punk ?

    J’aime mieux “héroïne”, car le terme a une dimension plus magique que le premier. Quant à choisir entre “pop” et “érotico-punk”, je vous avoue que j’ai bien du mal à me décider.

     

    Au Palais de la porte Dorée, l’exposition de Christian Louboutin présente huit statues inspirées de votre silhouette. Est-ce une énième façon de narguer celles qui ne bénéficient pas de votre plastique de rêve ?

    Oh non ! [Rires] Je connais Christian depuis toujours, je l’ai rencontré avant même qu’il ne commence à faire ses merveilleux souliers. Il voulait que je sois présente au sein de cette exposition qui retrace sa vie de créateur et m’a présenté Patrick Whitaker et Keir Malem, deux artistes anglais étonnants. Ils créent des statues en cuir et ont utilisé ma silhouette [Elle prend une pose de mannequin] pour sculpter ces huit mannequins nude inanimés. Pourquoi pas ?

     

     

    “Moi, depuis l’enfance, j’ai décidé de vivre un conte de fée somptueux, sans jamais être vouée à la mélancolie.”

     

    Selon vous, qui côtoyez Nicolas Ker, l’esprit rock a-t-il totalement disparu en 2020, ou peut-on encore être subversif en traversant hors des passages piétons et en prenant la place d’une personne âgée dans le métro ?

    Nicolas n’a pas l’esprit rock, Nicolas est un punk. Un être moral qui ne serait jamais subversif avec les faibles et les gentils. Jamais il ne volerait la place d’une vieille dame dans le métro, voyons ! [Rires.] En revanche, il serait partant pour d’autres subversions… bien plus dangereuses ou totalement borderline. C’est une sorte d’Artaud moderne. Je vous rappelle qu’il est un prince cambodgien : son grand-père était le chef du protocole du roi Norodom Sihanouk et sa mère est tombée amoureuse du proviseur du lycée français. Toute sa famille a été exécutée, on a retrouvé leurs têtes dans des sacs plastique. Les bombes, les Khmers rouges… il s’en est sorti et a fait maths sup’ avant de faire du rock. Nicolas est un personnage romanesque archi traumatisé. Reconnaissez qu’il n’a rien d’un rockeur en carton-pâte qui se jette sur un canapé en cuir, une canette de bière à la main, pour faire genre.

     

    À l’instar du romancier Philip K. Dick, Nicolas Ker est persuadé que la matière est une prison et que nous vivons dans un pénitencier, celui de notre propre corps. Faut-il se réjouir ou s’affoler de ce genre d’assertion ?

    J’ai récemment découvert Philip K. Dick et figurez-vous que j’adore, je ne savais même pas que Blade Runner était de lui. Je crois, moi, que nous sommes prisonniers de notre mortalité.

     

    Comptez-vous réitérer l’expérience de la tragédie musicale initiée par votre long-métrage Alien Crystal Palace ?

    Oui, absolument. Nous sommes déjà en train de travailler sur un nouveau film dans la lignée de Barbe Bleue.

     

     

    “J’aurai tout le temps de me droguer plus tard. De toute façon, nous finirons tous à la morphine…”

     

     

    Mais d’où toutes ces idées vous viennent-elles !

    Il faut repousser les limites. Nous allons trop vite pour prendre le temps de nous poser des questions. Je suis moi même un animal de très grande vitesse vous savez. L’idée selon laquelle il faut avoir le temps, du temps, hors du temps, m’exaspère. Mais enfin, quel avenir voulons-nous ? Moi, depuis l’enfance, j’ai décidé de vivre un conte de fée somptueux, sans jamais être vouée à la mélancolie. Dans la vie, on prend énormément de coups, on tombe dans des gouffres, mais une idée subsistera toujours : la volonté de mener sa vie comme on l’entend, et même d’en avoir mille au lieu d’une si on le souhaite. Promettez-moi de ne jamais être docile.

     

    Qu’est-ce qui vous a poussée à tourner un court-métrage dans lequel vous enfilez un costume de sirène pour ramasser les bouteilles vides au fond de l’océan ?

    Nous sommes entourés de plastique. De l’iPhone à la prothèse de hanche. Il ne s’agit pas de crier haro sur la matière alchimique par excellence, mais sa production est tellement maîtrisée et son coût si peu élevé que les gens se permettent de jeter des objets n’importe où, sous prétexte qu’ils sont à usage unique. Nous n’aurions pas l’idée de jeter nos bijoux ou nos instruments de musique à la mer ! Depuis ma plus tendre enfance, je m’efforce de sauver les animaux. Je fais partie de toutes sortes d’associations de protection de la nature. Je suis profondément écolo. Par ailleurs, j’aime beaucoup nager, j’adore l’eau. Et j’ai découvert avec effroi à quel point les fonds marins avaient changé ces dernières années, nécrosés par le plastique. Donc j’ai lancé un challenge: “Pick up the plastic” et sauvez une sirène, sauvez les océans ! Parce que je m’appelle Arielle et que je trouvais la métaphore très belle. Visiblement ce film fonctionne puisqu’il fait pleurer les enfants.

     

    Êtes-vous du genre à foutre d’énormes torgnoles aux gosses qui jettent leurs Capri-Sun dans le caniveau ?

    Non, car je ne suis pas pour la torgnole. [Rires.] Mais je leur dis “Ah non ! On ne jette pas sa brique de jus dans le caniveau ! Tu vas tuer tous les poissons de l’océan ! Au bout des caniveaux, il y a des canaux. Au bout des canaux, il y a des rivières. Et les fleuves. Et tout finit dans les océans.

     

    Le gouvernement a insisté pour que les gens restent confinés chez eux, mais 70% des Français en ont profité pour s’entraîner au semi-marathon. Avons-nous une chance d’éviter d’aggraver la catastrophe écologique que nous traversons avec des citoyens aussi indisciplinés ?

    Je ne pense pas que les Français soient si indisciplinés que cela. Lorsque vous mettez le nez dehors, vous ne croisez pratiquement personne. Les gens sont assez merveilleux et plutôt sages.

    Que dois-je répondre aux quinquagénaires qui me rabâchent qu’aujourd’hui, la culture du trash est pathétique et que c’était bien plus subversif avant, quand je n’étais même pas à l’état de projet?

    J’ai aimé l’époque punk parce que j’aimais le concept de “No Future”. La vraie vie, c’est maintenant, tout de suite, inutile de faire des plans sur la comète. Cela teintait l’existence d’une sorte de romantisme noir. J’aime Goethe, j’aime Novalis, Baudelaire, tous les Parnassiens, Verlaine, Rimbaud, Théophile Gautier… Le punk c’était ça : une subversion trash. On se peignait les cheveux n’importe comment, on se plantait des épingles à nourrice dans la joue. On s’en fout, il n’y a pas de futur. Une révolte spontanée esthétiquement très belle. J’aimais bien !

     

    Vous semblez-être une fêtarde invétérée, une soirée digne de ce nom est-elle forcément orgiaque ?

    Je ne suis pas du tout fêtarde. Je suis quelqu’un d’assez sage finalement. Je ne bois pas et je ne me drogue pas. Par contre,je ne suis qu’entourée de gens qui prennent plein de choses. Moi, ce que j’aime, c’est danser. J’aurai tout le temps de me droguer plus tard. De toute façon, nous finirons tous à la morphine, une sorte d’apothéose que nous n’aurons pas choisie.

     

    Quelle est donc la soirée la plus folle que vous ayez vécue ?

    L’expérience amoureuse.

     

     

    Empire [Barclay/Mercury] d’Arielle Dombasle et Nicolas Ker, sortie en juin 2020.

  • 23
    Cinéma

    Interview culte : dans le lit de Charlotte Le Bon

  • 02
    Cinéma

    Interview culte : dans le lit de Rossy de Palma

loading loading