En 1963, le conservateur Henri Langlois, pionnier de la restauration des films, écrit dans l’ouvrage Chefs-d’œuvre et panorama du cinéma japonais : “On peut dire aujourd’hui que le cinéma japonais demeure depuis quelques années le cinéma qui produit le plus de style. Sa réputation n’est plus à faire à Paris depuis Rashomon et Les Contes de la lune vague après la pluie”. Tout en affirmant cela, il souligne cependant que “Le Cinéma japonais nous est, en fait, inconnu”. Près de soixante ans plus tard, il est possible d’étendre ce constat à l’ensemble du cinéma asiatique. Toutefois, malgré la richesse de ses films : il existe tout aussi peu de “cinéma asiatique” qu’il existe de “cinéma européen”.

 

En lancant le 1er juin dernier un cycle intitulé “Gangs, clans et parité”, Arte nous laisse entrevoir une infime fraction de cette diversité cinématographique. La chaîne franco-allemande présente cinq films d’héroïnes puissantes maniant le sabre à la perfection :“Les cinémas taïwanais, hongkongais et japonais partagent une recherche de la paix intérieure en expérimentant la violence, l'égalité homme femme et les pouvoirs de la force.”. Tous à leur manière, ces long-métrages repensent des genres pourtant très codifiés, des films d’arts martiaux aux films de yakuzas (gangsters).

 

En 1975, le Festival de Cannes récompense pour la première fois le film d’arts martiaux chinois de King Hu, baptisé en Occident A Touch of Zen (1971). Il décroche le Grand Prix technique. Plus grand chef d’oeuvre du cinéaste, sa magnifique photographie et son héroïne vigoureuse dénonçant une société patriarcale influenceront Quentin Tarantino lors de la réalisation de Kill Bill. Dans la même lignée, Arte nous fait également découvrir les femmes littéralement fatales des films Blind Woman’s Curse de Teruo Ishii (1970) et Ichi — La femme samouraï de Fumihiko Sori (2008), toutes deux aussi dangereuses qu’intrigantes, dans des films de yakuzas déclinés au féminin. Deux derniers films du cycle, Le vagabond de Tokyo de Seijun Suzuki (1966) et Mr Long de Sabu (2017) parlent tous deux d’une reconversion : cherchant à échapper à leur passé de tueurs à gages, Tetsu et Long tentent désespérément de fuir ce monde violent, l’un à travers l’immobilier, l’autre en devenant cuisinier.

 

Gangs, clans et parité, un cycle à retrouver sur arte.tv du 1er juin au 29 août.