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De “Midnight Express” à “Birdy”, Alan Parker en 5 films cultes

Cinéma

Connu pour ses films coup de poing “Midnight Express” (1978), “Birdy” (1985) ou encore “The Wall” (1982) – inspiré de l’album des Pink Floyd, le réalisateur britannique Alan Parker s’est éteint vendredi 31 juillet à l’âge de 76 ans des suites d’une longue maladie. Il laisse derrière lui d’immenses succès critiques et populaires, multi-récompensés aux Oscars et au Festival de Cannes. Retour sur les moments forts de sa carrière à travers ses 5 longs-métrages les plus cultes.

Alan Parker et Nicolas Cage au Festival de Cannes en 1985

Au milieu des années 70, Alan Parker forme avec son frère Tony (Top Gun, Spy Game), Ridley Scott (Blade Runner, Gladiator) ou encore Adrian Lyne (Liaison fatale, Lolita) un petit groupe de publicitaires britanniques qui s’apprête à prendre d'assaut le cinéma hollywoodien. Inspiré par la publicité, les clips et le cinéma de genre, leur style tranche avec le réalisme et les films sur la condition ouvrière qui prédominent à l’époque outre-Manche. Dès son deuxième film, Midnight Express, doublement oscarisé en 1978, Alan Parker rencontre un immense succès. Inspirée de faits réels, l’histoire d’un jeune touriste américain condamné à perpétuité dans les prisons turques pour avoir tenté de prendre l’avion avec 2 kilos de haschich a mis le feu aux poudres entre les deux pays et marqué son époque grâce au scénario d’Oliver Stone et la BO de Giorgio Moroder. 17 ans après avoir mis un terme à sa carrière couronnée de récompenses, lassé par le long travail de financement de ses films et l’interventionnisme des studios américains, le réalisateur britannique s'est éteint le 31 juillet, laissant derrière lui un œuvre incontournable jalonné de films cultes.

 

 

1. Bugsy Malone (1976) : gangsters et tartes à la crème

Bugsy Malone (1976) – Bande-annonce

Après quelques fictions réalisées pour la télévision, Alan Parker se lance dans le cinéma en 1976 avec Bugsy Malone, un film de gangsters tourné uniquement avec des enfants. Dans cette guerre des gangs qui fait rage dans le New York des années 20 – alors en pleine prohibition – les mitrailleuses tirent de la crème fouettée et des parties chantées et dansées s’insèrent entre les règlements de compte. Présenté au Festival de Cannes, ce premier long-métrage du réalisateur amène un peu de légèreté dans une édition dominée par des films plus sombres à l'instar de Taxi Driver de Martin Scorsese ou encore de Le Locataire de Roman Polanski. Il offre en outre un rôle important à l’actrice Jodie Foster (Le Silence des agneaux, Taxi Driver, Panic Room), alors âgée de 12 ans.

 

 

2. Midnight Express (1978) : la bombe diplomatique

 

Midnight Express (1978) – Bande-annonce

Dès sa sortie, Midnight Express fait l’effet d’une bombe. Doublement oscarisé pour son scénario écrit par Oliver Stone (Platoon, JFK, Tueurs nés), alors encore inconnu, et à sa bande originale disco composée par le célèbre producteur italien Giorgio Moroder, le filme culte plonge dans l’enfer des prisons turques et explore les affres de la folie humaine. Plus grand succès d’Alan Parker à ce jour, le film s’inspire de l’histoire de William Hayes, un jeune touriste américain condamné à 4 ans d’emprisonnement pour avoir tenté de voyager avec 2 kilos de haschich sur le chemin du retour de son voyage en Turquie. Une peine aggravée jusqu’à la perpétuité pour cause de mauvaises relations entre la Turquie et les États-Unis. Ironie du sort, les propos volontairement scandaleux du film  (“Je vous hais et je hais votre peuple. Vous êtes des porcs !”) provoquent réellement la colère du gouvernement turque  – qui l’interdira jusqu’en 1993 – jusqu'à avoir des conséquences sur les relations diplomatiques et l’afflux de touristes entre les deux pays.

 

 

3. The Wall (1982) : hommage aux Pink Floyd

 

Pink Floyd: The Wall (1982) – Bande-annonce

Quand j'ai vu les treize bobines assemblées les unes aux autres, j'ai eu le sentiment qu'il manquait une vraie dynamique. C'est comme s'il commençait à vous frapper en pleine tête dès les dix premières minutes, et que ça continuait jusqu'à la fin, sans laisser un seul moment de répit”, déclarait en 2005 Roger Waters, fondateur et bassiste du groupe de rock britannique Pink Floyd. Il avait pourtant – en désaccord avec d’autres membres du groupe – écrit le scénario du cinquième film d’Alan Parker, fondé sur le double album de Pink Floyd The Wall (1979). Presque dépourvu de dialogues, le long-métrage musical hallucinatoire  suit Pink, une star du rock prostrée dans une chambre d’hôtel qui voit sa vie défiler devant ses yeux et étouffe sous une masse de cauchemars. Comme dans Midnight Express (1978) et Birdy (1984), le réalisateur s’interroge sur la schizophrénie et les êtres dépossédés de leurs destins par des forces aliénantes, qu'il exprime par l'alternance de séquences filmées et de séquences animées. 

 

 

4. Birdy (1984) : l’homme qui se prenait pour un oiseau

Birdy (1984) – Bande-annonce

Mais qui est vraiment Birdy, personnage principal du film qui a permis à Alan Parker de décrocher le Grand Prix du jury au Festival de Cannes en 1985 ? Un homme malade enfermé dans une cellule d’un hôpital militaire, où il réside nu et se prend pour un oiseau ? Un ancien militaire victime de la guerre qui, à défaut de rentrer avec des blessures physiques, ressort brisé de cette expérience ? Ou un adolescent rêveur, réellement capable de voler ? Porté par Matthew Modine (Full Metal Jacket, Stranger Things) et Nicolas Cage, Birdy est un objet étrange et profondément troublant qui résonne comme un manifeste humaniste moins de 10 ans après la fin de la guerre du Viêt Nam.

 

 

5. Mississippi Burning (1988) : une enquête controversée sur le Ku Klux Klan

Mississippi Burning (1988) – Bande-annonce

Été 1964. Trois militants pour les droits civiques américain sont retrouvés enterrés dans une tranchée. L’enquête du FBI mène à 7 hommes du Ku Klux Klan. Transposé à l’écran par Alan Parker, ce fait divers est empreint de l’ambiance délétère qui régnait à l’époque dans les états du sud américains, où les Noirs étaient encore explicitement victimes de la ségrégation raciale ainsi que de nombreuses agressions et actes de vandalisme. Dès sa sortie, le film suscite l’indignation à cause de sa représentation d'une population noire en victime effrayée, défendue par des justiciers blancs. À l’époque, le réalisateur Spike Lee confie avoir détesté le film : “Ils auraient dû avoir le courage d'avoir au moins un personnage central noir”. Des accusations réfutées par le réalisateur britannique qui affirme avoir voulu coller à la réalité historique (les deux inspecteurs du FBI chargé de l’enquête étant effectivement blancs) pour mieux toucher son public et mettre en lumière la lutte pour les droits civiques des Noirs américains. Un sujet brûlant, toujours d’actualité aujourd'hui alors qu'Alan Parker vient de s'éteindre. 

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