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Le jogging et le débardeur célébrés au musée

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Comment le jogging et le débardeur se sont-ils imposés durablement au sein d’un univers de la mode régi par le cyclique et l’éphémère ? Le Mucem, le musée des civilisations de Marseille, met en lumière cinq vêtements  qui ont su traverser les époques lors de l'exposition "Vêtements modèles".

Jacques-Henri Lartigue, "Renée Perle", 1930 © MUCEM

Quel sont les points communs entre le jogging, le débardeur, le bleu de travail, le kilt et les espadrilles, célébrés lors de l’exposition “Vêtements modèles” qui s’ouvre au MUCEM dès aujourd’hui ? Si leur esthétique a d’abord été forgée par des fonctions purement professionnelles, ces pièces ont toutes été détournées et réinterprétées par l’industrie de la mode, qui les a fait basculer vers la culture populaire et l’usage quotidien. Numéro revient à cette occasion sur l'histoire de deux emblèmes devenus universels : le jogging et le débardeur.

Débardeur, Sugar, Marseille, 2019 © MUCEM

Le débardeur, symbole de la virilité ouvrière et des corps libérés. 

 

L’histoire du débardeur est celle d’un sous-vêtement en apparence d’une grande simplicité, devenu la tenue de travail privilégiée des métiers nécessitant un effort physique. Dès la fin du XIXème siècle, on le croise au coeur des Halles de Paris, où des milliers d’hommes déchargent chaque jour des tonnes de marchandises. Symbole de la virilité ouvrière, exaltée par Marlon Brando qui interprète un travailleur polonais dans Un tramway nommé Désir d’Elia Kazan en 1951, le débardeur joue un véritable rôle de marqueur social au XXème siècle. 

 

Grâce à sa forme ample permettant une grande liberté de mouvement, il s'immisce dans le vestiaire féminin après la Première Guerre mondiale, délogeant le corset — jugé trop contraignant pour le corps féminin — alors que l’effort de guerre donne lieu à une entrée massive des femmes sur le marché du travail. Des robes de soirée aux maillots de bain, l’épaule dénudée se généralise pour devenir le symbole d’un corps libéré, comme chez Renée Perle, qui porte le débardeur sans soutien-gorge devant l’objectif du photographe Jacques-Henri Lartigue en 1930. 


 

Jogging, pantalon "Essentiel", Le Coq Sportif, 2019 © MUCEM

Le jogging, des compétitions sportives aux défilés de haute couture. 

 

Le pantalon de jogging — de l’anglais “to jog”, qui désigne une course à petite foulée — trouve ses origines dans la pratique du sport omniprésente au sein des universités britanniques et américaines dès la fin du XIXème siècle. Pantalon molletonné resserré à la taille par un élastique, le jogging est à la base une pièce réservée à la performance, qui protège les sportifs du froid après l’effort. Popularisé par les retransmissions de compétitions sportives, il donne naissance à une large gamme de vêtements décontractés proposés pour les loisirs du week-end. 

 

“Le destin du jogging ne peut pas être raconté sans que l’on parle du mouvement hip-hop” préviennent Isabelle Crampes et Coline Zellal, commissaires de l'exposition. Vêtement confortable adapté au breakdance, il est au coeur de l’esthétique créée par les pionniers du hip-hop dès la fin des années 70. Si il est toujours utilisé dans un contexte sportif, le jogging est aujourd’hui porté à la ville et réinterprété dans l’univers du luxe, comme lorsque Prada lance sa ligne de sportswear ou qu’Alexander Wang revisite la panoplie Adidas.

 

“Vêtement modèles”, jusqu’au 6 décembre 2020 au MUCEM, bâtiment Georges Henri Rivière, 13002 Marseille. 


 

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