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Performance : Delphine Roche fait danser le sport

Art

Le 18 octobre au soir, Delphine Roche présente sa troisième performance “Grégory Alcan” au cœur de l’exposition de l'artiste Johanna Tordjman “Pastèques & Paraboles acte 2 : Welcome to the Republic of Tordjmanistan”, dans la Halle des Blancs Manteaux. Gymnastique, musique et danse se rencontrent dans ce coup de projecteur sur la question des minorités en France.

Dans l’univers de la performance, Delphine Roche n’en est plus à son coup d’essai. En 2016, l’artiste et rédactrice en chef du magazine Numéro programme Why Do We Sweat?… – une mise en scène qui offrait un dialogue entre l’art et le sport au Palais de Tokyo (qu’elle reprend à deux reprise à la Galerie RX). En avril dernier, dans le cadre du festival Do Disturb, Delphine Roche revient au Palais des Musées d’art moderne pour No Sweat Last Night, une performance célébrant la culture hip-hop et la boxe – présentée dans un premier temps au Consulat.

 

Pendant la FIAC, le monde de l’art est en ébullition, et c'est dans ce contexte que Delphine Roche poursuit son épopée de performances à la fois sportives et engagées. Avec Grégory Alcan, l’artiste présente un portrait en mouvement du sportif éponyme, ancien gymnaste de haut niveau sacré champion du monde. Réfléchissant à la fois sur l’instrumentalisation du corps sportif et sur la visibilité – invisibilité? – des minorités ethniques en France, la nouvelle performance de Delphine Roche a été pensée avec le gymnaste d’origine martiniquaise. Au cours de sa carrière de sportif de haut niveau, Grégory Alcan s’est longtemps révolté contre les préjugés culturels et raciaux des juges dans sa discipline. Aujourd'hui, ces discriminations nourrissent chez lui la mise en scène de la performance. 

 

Inspirée du travail de portraits de danseurs initié par le chorégraphe Jérôme Bel, Grégory Alcan est construite comme un diptyque : des vidéos des mouvements du gymnaste sont projetées en parallèle de leur exécution en direct, le tout éclairé par les téléphones des spectateurs de la performance. 

Une performance en résonance avec l’exposition qui l’accueille

 

Composant un monde fictif autochtone, l'exposition de l'artiste Johanna Tordjman Pastèques & Paraboles acte 2 : Welcome to the Republic of Tordjmanistan, questionne l'ambivalence entre l'ère du numérique qui érige en maîtres les connexions entre individus et la division bien réelle qui s'opère entre eux. Dans un style figuratif, la jeune peintre française expose les portraits de ses proches, les personnages de son monde imaginaire. Entre sportifs sur-représentés mais relégués au rang d'“athlètes noirs” et minorités absentes des musées, la performance de Delphine Roche et les tableaux de Johanna Tordjman dialoguent et rendent enfin visibles ceux qui ne le sont pas, ou le sont pour les mauvaises raisons. 

 

Grégory Alcan, une performance de Delphine Roche, le 18 octobre à 20 heures à la Halle des Blancs Manteaux, Paris IVe.

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  • Le chorégraphe Jérôme Bel fait monter les spectateurs sur scène

    À l’occasion du festival d’Automne, le chorégraphe français Jérôme Bel consacre un portrait dansé à la chorégraphe Isadora Duncan, mère de la danse moderne outre-Atlantique.

    ”Isadora Duncan” (2019) de Jérôme Bel © Camille Blake

    Après avoir attendu de longues minutes que les spectateurs s’installent, Jérôme Bel, bras croisés et carnet de notes en main, introduit lui-même son dernier spectacle : Isadora Duncan. Comme un chauffeur de salle, micro fixé à l’oreille, short oversize et veilles baskets de course aux pieds, le chorégraphe aux yeux rieurs prend soudain un air grave : “Pour des raisons écologiques, je n’ai pas distribué le programme de ma pièce. Ce soir, c’est moi qui vais vous le lire.” Respectueux de l’environnement, le dernier spectacle de Jérôme Bel prend part au cycle de portraits de danseurs initié par le chorégraphe en 2004.

     

    ”Isadora Duncan” (2019) de Jérôme Bel © Camille Blake

    Isadora Duncan, un portrait dansé

     

    Inaugurée avec le portrait de l’étoile Véronique Doisneau et poursuivi cinq ans plus tard avec celui de Cédric Andrieux (interprète de Merce Cunningham), la série d’hommages dansés de Jérôme Bel reprend avec Isadora Duncan. Inspirée de solos composés par la danseuse américaine, la pièce du chorégraphe s’appuie aussi sur des textes directement extraits de l’autobiographie d’Isadora Duncan : Ma vie. 

     

    La mise en scène est sobre. Sommaire même : pas de décor, aucun jeu de lumière, seulement une table placée à l’avant-scène, où est posée un ordinateur et une table de mixage. Jérôme Bel s’y assoit et présente l’autre interprète de la pièce : Elisabeth Schwartz. Formée par une autre figure de la danse américaine, Merce Cunningham, la sexagénaire est une experte de l’univers duncanien : depuis quarante ans, elle performe les solos de celle qui a libéré le corps féminin dans la danse.

    Isadora Duncan © Arnold Genthe

    Construit comme un dialogue entre la danse et la lecture, la pièce de Jérôme Bel est un conte qui s’anime. Telle une marionnette, la danseuse exécute les mouvements tandis que Jérôme Bel introduit ces derniers par la parole. Ennuyés par cette lecture exhaustive (rappelant celle d’une page Wikipédia), les spectateurs s’enthousiasment quand ils sont invités à rejoindre Elisabeth Schwartz pour apprendre un solo. C’est habituel dans les pièces de Jérôme Bel : danseurs, acteurs et spectateurs se confondent pour créer une performance qui va au-delà de la danse (Disabled Theater en 2012, Cour d’honneur en 2013 et Gala en 2015).

     

    À la fin d’Isadora Duncan, on se dit que Jérôme Bel n’a fourni aucun travail chorégraphique, mais la pièce vaut le détour : elle rend hommage à la plus grande danseuse du XXe siècle.

     

    Isadora Duncan de Jérôme Bel, du 3 au 5 octobre au Centre Pompidou, puis du 28 au 30 novembre à la Commune d’Aubervilliers.

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