Peinte en blanc sur un fond noir ébène, une jeune femme regarde le sol, éplorée.  En juin 2018, le street artist Banksy avait réalisé cette œuvre au pochoir commémorative devant le Bataclan en hommage aux 90 victimes des attentats perpétrés en novembre 2015 dans la salle de concert parisienne. C'est justment sur l’une de ses portes de secours, par laquelle de nombreux spectateurs du concert des Eagles of Death Metal avaient essayé d’échapper aux terroristes, que l'on pouvait retrouver la peinture.

 

Mais l’oeuvre de Banksy suscite aujourd'hui bien des convoitises. Bien que souvent éphémères, ses pochoirs ont atteint un niveau de notoriété tel qu’ils sont aujourd'hui estimées à des prix faramineux, à l’image de son oeuvre “Girl with balloon” qui, en 2018, avait été adjugée à plus d'un million de livres lors d’une vente aux enchères. Ainsi, lors d’une opération commando en janvier 2019 au Bataclan, un groupe de braqueurs armés d’une meuleuse était parvenu à découper la porte noire de la salle et le portrait de cette femme endeuillée afin de s’en emparer. Suscitant une vive indignation, ce vol avait même déclenché une prompte réponse d’un mystérieux internaute dénommé Bryan S Gaakman, anagramme de “Banksy anagram” et l’un des pseudos de l’artiste. Relayant l’avis de recherche peu après le délit, l’internaute avait aussi lancé une cagnotte en faveur des victimes du 13 novembre, éveillant de nombreuses suppositions sur sa véritable identité.

 

Ce mercredi 10 juin s’est enfin produit le moment tant attendu : lors d’une opération conjointe des forces de l’ordre françaises et italiennes, l’oeuvre dérobée au Bataclan a finalement été découverte “bien cachée” dans le grenier d’une maison de Tortoreto, au centre de l’Italie, a annoncé jeudi 11 juin le procureur de l’Aquila. Victime de son poids symbolique, cet hommage était semble-t-il presque impossible à vendre, du moins dans un circuit légal. À l'heure qu'il est, les autorités essaieraient toujours de déterminer l’origine et les raisons du vol.

 

Ce vol fut loin d'être une première pour l’artiste, dont les œuvres sont régulièrement l’objet de pillages, et ce encore très récemment. Le 6 mai dernier, l’artiste avait fait don de sa peinture “Game Changer” aux services de santé britanniques (NHS). Deux jours plus tard, un homme s’était introduit dans l’hôpital armé d’une perceuse, tentant de dérober l’oeuvre avant l’intervention des services de sécurité.