5 questions à Alessia Cara, l’anti pop star fascinée par les failles de l’âme humaine
Avec Love & Hyperbole, son quatrième album studio, la chanteuse canado-italienne Alessia Cara propose un disque pop intime et poursuit sa dissection de l’amour et de la solitude. Elle se produira en concert à la salle Pleyel, à Paris, le 11 juin.
Par La rédaction.
Love & Hyperbole, le nouvel album d’Alessia Cara
Depuis son titre Here (2015), confession musicale en forme de spleen adolescent, Alessia Cara n’a cessé d’explorer les failles de l’âme avec une lucidité désarmante. À l’époque, la jeune femme n’a que 18 ans, sample l’Ike’s Rap II d’Isaac Hayes – repris par Portishead en 1994 –, et évoque l’isolement de sa génération avant même que le sujet n’inonde les réseaux sociaux et les colonnes de la presse.
Sacrée révélation de l’année face à Khalid ou SZA aux Grammy Awards 2018, elle s’impose finalement dans le paysage pop grâce à des références nu-soul, jazz et bossa nova à l’instar de Bluebird, ballade douce-amère figurant sur son opus In the Meantime (2021)
Entre rouge incandescent et cendres de charbon, la Canadienne d’origine italienne déploie toute une palette de couleurs dans Love & Hyperbole, son quatrième album sorti au mois de février. Si Trust My Lonely marquait déjà une prise de distance avec la souffrance, le morceau Slow Motion s’impose ici comme un climax apaisé : lâcher-prise, vulnérabilité, et cette idée inattendue d’être, enfin, choisi. Un revirement doux, presque cinématographique, dans le parcours d’une artiste qui a longtemps marché seule. Numéro a posé 5 questions à la chanteuse.
5 questions à la chanteuse Alessia Cara
Numéro: Vous avez des phobies, vous ?
Alessia Cara: Je suis un peu claustrophobe, mais ma plus grande peur reste celle de la mort. J’y pense tout le temps…
Qu’est-ce qui vous a le plus déçue en découvrant l’industrie musicale ?
Le fait qu’elle vous considère comme un produit jetable. Lorsque vous êtes au sommet, tout le monde vous aime, mais dès que vous n’êtes plus en haut de l’affiche, on vous oublie rapidement. C’est extrêmement difficile à gérer.
Love & Hyperbole : pourquoi avoir choisi ce titre pour votre nouvel album ?
Nous sommes le résultat de nos choix, bons ou mauvais, et l’hyperbole représente selon moi l’exagération de nos propres émotions. C’est le sujet du début de l’album. La seconde partie aborde plutôt l’amour et l’acceptation.
J’ai dû accepter la douleur et la perte avant de les transformer en quelque chose de beau. Sur la pochette, vous apercevrez deux versions de moi-même, l’une représentant l’amour, l’autre l’hyperbole. Je souhaitais également évoquer la confiance en soi : si une des figures abandonne, les deux tombent.
4 à 6% de la population est dotée d’une faculté, celle de la synesthésie, un phénomène neurologique non pathologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Vous associez par exemple les sons à des couleurs…
J’ai toujours ressenti cela. Pour être honnête, je pensais que tout le monde voyait les sons comme moi. Je ne savais même pas que c’était une particularité… Ce n’est que bien plus tard, en étudiant la musique, que j’ai découvert qu’il existait un mot précis pour identifier cette faculté. Toute ma vie, j’ai imaginé des formes et des couleurs en écoutant des sons. Cela fonctionne aussi avec les jours de la semaine, les lettres et les nombres : je vois des couleurs.
Quelles images vous viennent aussitôt à l’esprit lorsque vous pensez à votre nouvel album ?
La première moitié du disque m’évoque des cordes, des lignes nettes et des textures métalliques. Puis tout s’adoucit vers la seconde moitié de l’album. Je vois des images assez douces. Des rideaux légers en tissu transparents qui flottent comme de petits chiffons. En termes sonores, l’album est plus dense au départ, plus tranchant, puis on découvre davantage d’espace à mesure qu’il s’achève. Il était important de collaborer avec des musiciens et d’enregistrer en studio. C’était crucial. J’adore la musique des années 50, 60 et 70, où l’on sent que les musiciens sont dans une pièce tous ensemble. Je voulais capturer cette authenticité. Nous avons donc utilisé un maximum d’instruments live et enregistré le moins de prises vocales possible pour conserver l’émotion brute.
Love & Hyperbole d’Alessia Cara, disponible. En concert à la salle Pleyel le 11 juin.