22 avr 2026

Comment le road movie féministe Thelma et Louise est devenu un film culte

Les actrices Geena Davis et Susan Sarandon sont les stars de l’affiche du Festival de Cannes 2026. Un geste artistique fort puisque les deux héroïnes du film Thelma et Louise représentent des figures fortes du féminisme. Retour sur un long-métrage culte qui a préfiguré #MeToo.

  • par Violaine Schütz.

  • Il s’agit sans doute de l’une des plus belles affiches de l’histoire de la grand-messe du cinéma. Le Festival de Cannes a choisi une image des deux héroïnes du film culte Thelma et Louise (1991) pour promouvoir son édition 2026. Il y a 35 ans, le long-métrage de Ridley Scott était présenté en avant-première mondiale sur la Croisette. Leur mise en avant est très symbolique. Cette photo incarne la puissance féminine, la sororité et l’émancipation. Il s’agit ici pour l’événement international de prendre acte, esthétiquement, des avancées accompagnant le mouvement #MeToo. Car à bien des égards, Thelma et Louise est un manifeste #MeToo avant l’heure.

    Geena Davis et Susan Sarandon, stars du Festival de Cannes 2026

    En effet, le film, très moderne, aborde des thèmes brûlants aujourd’hui évoqués plus globalement. Le récit suit deux amies — Thelma (Geena Davis) et Louise (Susan Sarandon) —, dont l’une est mariée à un macho, frustrées leur quotidien morne. Les deux femmes décident alors de partir en week-end dans une Ford Thunderbird, modèle 1966, sur les superbes routes dépaysantes de l’Arkansas. Elles s’arrêtent alors dans une boîte de nuit, mais un drame, – une tentative viol -, va changer à jamais leurs existences. Et l’échappée belle va se transformer en cavale…

    Thelma et Louise, un manifeste féministe culte

    Écrit par la scénariste Callie Khouri, le scénario (sacré aux Oscars) est un bijou féministe aux accents lesbiens. Au départ, de nombreux producteurs et réalisateurs ne voulaient pas s’y attaquer, notamment en raison de la scène finale, sublime. Dans les années 90, peu de scripts hollywoodiens proposaient des héroïnes de ce calibre, à la fois fortes et dangereuses. Surtout que le road movie était un genre traditionnellement masculin. 

    Je voulais écrire quelque chose qui n’avait jamais été porté au cinéma auparavant, a expliqué Callie Khouri dans leTime Magazine. En tant que cinéphile, j’ai été nourrie du rôle passif des femmes. Elles ne conduisaient jamais l’histoire parce qu’elles ne conduisaient jamais la voiture.

    À sa sortie, la production crée la controverse. Une partie très puritaine du public américain voit d’un mauvais œil ces deux héroïnes badass qui s’emparent d’armes pour se défendre. Car, comme dans un livre de Virginie Despentes, la violence masculine est ici combattue par la violence.

    Deux héroïnes en route vers leur liberté… et fuyant le patriarcat

    Avant-gardiste, ce road movie exerce aujourd’hui une véritable fascination. Cela s’explique d’abord son casting phénoménal composé des charismatiques Geena Davis et Susan Sarandon, mais aussi d’Harvey Keitel et du jeune Brad Pitt. Mais surtout, les deux héroïnes symbolisent le pouvoir de liberté, la force de l’amitié féminine et la revanche des femmes contre le patriarcat. Les deux jeunes femmes fuient la masculinité toxique (au propre comme au figuré) pour s’émanciper et découvrir qui elles sont durant leur voyage, enfin au volant de leur destin.

    Ridley Scott déjoue les stéréotypes et renverse les schémas archaïques. Les femmes ne sont pas des victimes, mais des rebelles qui reprennent leur vie en main lors d’un trajet transformateur. La scène de l’agression (suivie d’un geste tragique de la part de Louise) aborde sans détour les violences faites aux femmes. Un fait rare à l’époque dans un film à vocation mainstream.

    Résultat ? L’impact culturel du duo Thelma/Louise est titanesque. Les figures quasi punk du duo féminin en fuite, d’une bande de filles refusant les règles ou d’une héroïne qui s’émancipe des normes se retrouvent dans de nombreux films et clips. On pense au Spring Breakers (2012) d’Harmony Korine, au Mad Max: Fury Road (2015) de George Miller ou encore au Wild (2014) de Jean-Marc Vallée avec Reese Witherspoon.

    Sabrina Carpenter, Beyoncé… L’influence majeure du film sur la pop culture

    Plus récemment, les dévergondés Drive-Away Dolls (2014) avec Margaret Qualley et Love Lies Bleeding (2024) avec Kristen Stewart ressuscitaient un duo lesbien fuyant un système oppressif. Côté vidéos, l’esthétique de Thelma et Louise se retrouve dans le clip de Telephone de Lady Gaga et Beyoncé et dans le Ride de Lana Del Rey.

    En 2025, les chanteuses Solann et Yoa partaient aussi en cavale dans la vidéo du morceau Thelma et Louise. Et récemment, en avril 2026, Sabrina Carpenter invitait tour à tour Geena Davis et Susan Sarandon au festival Coachella pour dévoiler des monologues au volant d’une voiture. Elles incarnaient alors la superstar provocante dans une version plus âgée, ce qui témoignait encore un peu plus de l’aura des deux actrices.

    Pour autant, l’esprit du film est impossible à reproduire dans toute son intensité aujourd’hui. D’ailleurs, Geena Davis a expliqué qu’elle était contre l’idée d’un remake (qui avait été plusieurs fois évoquée). Invitée au Bentonville Film Festival, l’actrice a déclaré à IndieWire : “J’ai tendance à répéter que c’est un mec qui a dirigé Thelma et Louise. Pas pour mettre en avant les hommes, mais pour dire que les femmes peuvent réaliser tout ce qu’elles veulent… et les hommes aussi. Il suffit simplement d’y mettre tout votre cœur.

    Thelma et Louise (1991) de Ridley Scott, disponible sur HBO Max.