27
27
Malou Khebizi, la révélation de Diamant brut, brille dans Le Triangle d’or
Révélée en 2024 dans le film Diamant brut, Malou Khebizi est à l’affiche du film Le Triangle d’or, qui sort au cinéma ce mercredi 29 juillet 2026. Pour Numéro l’actrice revient sur ce rôle de jeune employée de maison confrontée à l’univers des ultra-riches, ainsi que sur ses projets avec Christophe Honoré et Cédric Kahn.
propos recueillis par Ambra Flora.
À 23 ans, l’actrice marseillaise Malou Khebizi (Les Filles désir, Enzo, Love Me Tender), révélée dans Diamant brut (2024) d’Agathe Riedinger, a déjà été nommée au César de la révélation féminine et aux Lumières pour ce rôle. Elle enchaîne depuis les tournages, entre cinéma et séries (Young Millionaires). On la retrouvera dès cette fin d’année dans 15/18, de Cédric Kahn, en compétition à la Mostra de Venise 2026, puis dans Mariage au goût d’orange de Christophe Honoré, aux côtés d’Adèle Exarchopoulos et Vincent Lacoste.
Malou Khebizi, la révélation du film Diamant brut à l’affiche de Triangle d’Or
Autre aventure excitante ? Malou Khebizi joue le premier rôle dans Le Triangle d’or, un long-métrage d’Hélène Rosselet-Ruiz, en salles le 29 juillet 2026 après une présentation au Festival de Cannes. On y suit le destin croisé de Laura, jeune femme précaire, et de Souria, installée dans cette prison dorée par son amant, un riche prince saoudien. Le résultat ? Un film intense sur la sororité, la lutte des classes et les violences patriarcales, en partie inspiré du vécu de la réalisatrice. L’occasion de rencontrer Malou Khebizi qui incarne Laura, une employée de maison qui rêve de devenir militaire.

L’interview de l’actrice Malou Khebizi
Numéro : Qu’est-ce qui vous a plu dans le film Le Triangle d’or ?
Malou Khebizi : J’ai aimé le fait que ça se passe dans un monde (celui des ultra-riches) que je ne connaissais pas du tout. Pourtant, j’ai fait plein de petits boulots alimentaires. Mais je n’avais pas conscience de cette domesticité du vingt-quatre heures sur vingt-quatre. J’ai apprécié le scénario et la rencontre de ces deux femmes très différentes. Elles n’ont finalement en commun que le fait d’être deux femmes, et je trouvais ça très beau. Et il s’agissait de travailler avec une réalisatrice sur un film produit par une femme, Marie-Ange Luciani (Anatomie d’une chute), derrière des films que j’adore.
Comment décririez-vous votre rôle ?
Je pense que j’ai de nombreux points communs avec Laura. Je suis très sportive depuis longtemps. J’ai fait de la gym de haut niveau pendant des années. Il y avait un rapport au corps qui était assez naturel pour moi. Et interpréter cette jeune femme de banlieue débrouillarde qui va faire en sorte d’y arriver, c’était très touchant. Il y a des points communs entre elle et le personnage que je joue dans Diamant brut. Elles viennent d’un milieu social très modeste. Quand on grandit dans un milieu populaire, on est souvent confronté très tôt à l’idée que l’argent permet de s’émanciper et d’accéder à une vie meilleure. Il existe aussi tout un imaginaire autour de l’ascenseur social, qui est très présent. Ce sont deux jeunes femmes qui cherchent à sortir de leur condition. Elles ont une détermination, une hargne et une force de caractère qui les poussent à avancer. Et elles sont prêtes à encaisser beaucoup de choses pour atteindre leurs objectifs.

“J’ai fait de la gym de haut niveau durant des années.” Malou Khebizi
Comment est-ce que vous vous êtes préparée pour incarner cette jeune femme employée de maison ?
Il y a eu de très longues discussions avec Hélène, la réalisatrice, parce que c’est un bout de son histoire et qu’elle avait beaucoup de pans de son expérience à me partager. J’ai aussi lu un ouvrage qui m’a marquée, qui s’appelle Servir les riches: Les domestiques chez les grandes fortunes d’Alizée Delpierre. C’est une enquête sociologique où l’auteure s’infiltre dans des milieux aisés et qui interroge à la fois les employeurs et les employés. Et on découvre toutes les strates de ce monde caché. Souvent, ce qui concerne les ultra-riches est secret donc, ça m’a intéressée de me plonger là-dedans. J’ai aussi regardé Roma (2018) d’Alfonso Cuarón, qui est un film, qui a servi à la réalisatrice pendant l’écriture de son projet et qui, m’a aidée aussi à me projeter dans ce huis clos.
Avez-vous suivi une formation particulière ?
Non, la préparation était aussi centrée sur des lectures et des discussions. J’ai rencontré les autres acteurs qui allaient jouer dans le film et je pense que ça aide à se mettre dans le bain avant le tournage de parler au reste du casting en amont. J’ai aussi discuté avec des employés de maison qui m’ont expliqué des techniques pour gagner du temps en préparant un lit, par exemple, et comment se passe leur quotidien. C’étaient des échanges très intéressants.

“La scène avec la panthère était la plus dure à tourner.” Malou Khebizi
Comment s’est faite la rencontre avec l’actrice Soundos Mosbah qui joue le rôle de Souria ?
Quand j’ai rencontré Soundos, j’ai tout de suite vu une femme très forte. Elle est issue d’une famille égypto-marocaine et, contre l’avis de ses parents, elle est devenue comédienne. Soundos a fait le Conservatoire à Paris, et son parcours m’impressionne énormément. Elle a aussi une immense sensibilité, qui lui permet de jouer toute la nuance de son personnage, entre ce début de film où elle est assez inaccessible et le moment où nos deux personnages finissent par se trouver et se voir en tant que femmes.
Vous avez tourné une scène avec une vraie panthère. Est-ce qu’elle a été difficile à tourner ?
Oui, c’était la scène la plus difficile à tourner. Le film cherche à dénoncer la maltraitance animale, et cela soulevait forcément des questions. On se retrouvait à travailler avec un animal sauvage qui a grandi en captivité, ce qui peut être assez triste à voir. La panthère était très bien traitée, ses dresseurs étaient présents en permanence et tout se passait dans de bonnes conditions. Mais cela m’a quand même interrogée sur ce que signifie de faire tourner un animal dans un film. C’était donc une journée assez stressante.

“Il y aura toujours un regard un peu voyeuriste posé sur les femmes.” Malou Khebizi
Selon la réalisatrice du film, Hélène Rosselet-Ruiz, “la richesse extrême est une maladie”. Ce tournage a-t-il changé votre regard sur le luxe ou sur les rapports de classe ?
Il y a une différence entre la richesse extrême et la richesse tout court. Je pense qu’effectivement, la maladie, c’est quand l’argent ne veut plus rien dire, quand ce ne sont que des chiffres. Je lisais la dernière fois qu’Elon Musk est devenu le premier trillionaire au monde, et qu’en dépensant un dollar par jour, il lui faudrait environ 280 000 ans pour écouler sa fortune. C’est complètement absurde et indécent. Surtout que si on répartissait les richesses, il resterait toujours riche, mais il y aurait moins de pauvres. C’est une démesure qui n’est pas très mesurable de notre point de vue quand on a grandi dans des milieux non bourgeois. Qu’est-ce qui peut encore rendre heureux lorsqu’on a déjà accès à presque tout ?
Le film interroge beaucoup la question du regard (caméras de surveillance, regard sur le corps des femmes). Est-ce un sujet qui vous parle personnellement ?
Oui, je pense qu’il y aura toujours un regard un peu voyeuriste posé sur les femmes, sur leur manière de se présenter, leur physique, leur façon de parler, de se tenir et d’occuper l’espace. Nous adoptons toutes des codes que nous avons intériorisés. Diamant brut et Le Triangle d’or montrent d’ailleurs deux façons très différentes d’exprimer sa féminité. Il y a d’un côté des femmes extravagantes, dont la féminité est liée aux codes traditionnels et à ce qui est attendu des femmes. Et de l’autre, des femmes qui cherchent au contraire à adopter des attitudes plus “masculines”. Mais ces deux positions répondent aussi à des normes imposées par le patriarcat. Même si on peut avoir l’impression que se montrer plus masculine est une manière de se protéger ou d’échapper à certains jugements. Ce sont donc deux rapports différents à la féminité qui finissent par se rejoindre sur un même point : celui d’un choix qui n’est jamais totalement libre.

“Adèle Exarchopoulos est très élégante et généreuse dans sa façon d’être avec les autres.” Malou Khebizi
Après Diamant brut et Love Me Tender, Le Triangle d’or a aussi été présenté au Festival de Cannes. Quelle est votre relation avec la Croisette ?
Ce retour régulier sur la Croisette, c’est devenu joyeux rituel. J’ai parfois l’impression que le cinéma m’a ouvert les bras et m’a permis de trouver ma place, alors que je viens d’un milieu très éloigné de cet univers. C’est à la fois un moment festif et très touchant. J’espère que cela durera le plus longtemps possible, mais quoi qu’il arrive, cela me réchauffe le cœur.
On vous verra bientôt dans le film Mariage au goût d’orange de Christophe Honoré avec Adèle Exarchopoulos et Vincent Lacoste ?
Dans Mariage au goût d’orange, j’ai eu la chance de travailler avec des acteurs que j’admirais depuis longtemps. Bien sûr, il y a quelque chose d’assez irréel à rencontrer des personnalités que l’on a longtemps regardées de loin. Mais ce qui m’a le plus intéressée, c’est de les voir travailler, d’observer leur manière d’aborder un personnage et de construire une interprétation. J’essayais d’être une petite souris, d’observer et d’apprendre tout ce que je pouvais. Et j’ai surtout rencontré des personnes extrêmement simples et humaines. Adèle est une femme qui a énormément de classe, dans tous les sens du terme, notamment dans sa façon d’être avec les autres. Elle a toujours fait preuve d’une grande élégance et d’une grande générosité.
Un rôle dans le prochain film de Christophe Honoré
Et pour ce qui est de L’Art et la Manière et de 15/18, sélectionné à la Mostra de Venise ?
Je viens de terminer le tournage du film L’Art et la Manière, un film qui aborde l’amnésie traumatique à travers une histoire entre la France et la Suisse. C’était un tournage éprouvant, mais c’est un très beau long-métrage qui traite d’un sujet important. Et 15/18 est le prochain film de Cédric Kahn, qui sortira bientôt au cinéma. J’y interprète une jeune femme borderline au sein d’une unité pédopsychiatrique. Là encore, c’était une expérience très forte, avec un beau casting et ce personnage confronté à des troubles psychiques. C’est un sujet qui est inévitable au sein de notre génération.
Comment choisissez-vous vos rôles ?
Je privilégie les films d’auteur, parce que souvent, ils contiennent des rôles engagés. Et puis, le cinéma d’auteur, c’est aussi une manière de mettre en scène et de vraies propositions. J’aime creuser, me prendre la tête sur des personnages et que ce soit profond, voire pénible pour certains (rires). Mais moi, vraiment, j’aime ça. Et pour l’instant, j’aime jouer des jeunes femmes qui traversent beaucoup de choses.
Avec quel réalisateur rêveriez-vous de tourner ? Et dans quelle sorte de projet ?
Si je me permets de rêver à l’international, ce serait Chloé Zhao. J’adore son cinéma et ce serait une expérience incroyable. Et puis, en France, il y a Jacques Audiard et Hafsia Herzi. Ce sont des cinéastes dont j’aime énormément le regard. J’adorerais aussi beaucoup jouer dans un biopic. Je trouve qu’il y a quelque chose de très intéressant dans le travail d’imitation et de composition que cela demande. Pour moi, l’essence même du métier d’acteur, c’est d’interpréter quelqu’un. Quand on joue une personne qui a réellement existé, il y a une exigence de justesse et une technicité que je trouve passionnantes. Je pense à Marion Cotillard dans La Môme, par exemple. J’adorerais jouer un rôle comme celui-là.
Le Triangle d’or (2026) d’Hélène Rosselet-Ruiz, au cinéma le 29 juillet 2026.