Réalisateur

Ryūsuke Hamaguchi

Révélé internationalement avec Drive My Car en 2021, Ryūsuke Hamaguchi s’impose depuis plusieurs années comme l’un des réalisateurs japonais les plus importants du cinéma contemporain. Entre récits intimistes, longues conversations et exploration des relations humaines, il construit une filmographie remarquée dans les plus grands festivals internationaux. En 2026, il revient en compétition officielle au Festival de Cannes avec Soudain, son premier film tourné en partie en France.

Les débuts de Ryusuke Hamaguchi

Ryūsuke Hamaguchi naît le 16 décembre 1978 dans la préfecture de Kanagawa au Japon. Pendant ses études à la faculté de lettres de l’université de Tokyo, il rejoint le club cinéma de l’établissement et réalise un premier long métrage tourné en 8 mm intitulé Like Nothing Happened en 2003. Après l’obtention de son diplôme, il travaille pendant plusieurs années comme assistant à la réalisation pour le cinéma et la télévision avant d’intégrer l’Université des arts de Tokyo en 2006 afin de se spécialiser dans la mise en scène. Durant cette période, il suit notamment l’enseignement du réalisateur Kiyoshi Kurosawa.

Très tôt, il développe une approche centrée sur les dialogues, les silences et les relations humaines. Contrairement à une partie du cinéma japonais plus spectaculaire ou très narratif, Hamaguchi construit progressivement des récits qui reposent surtout sur les conversations et les évolutions psychologiques des personnages. Par ailleurs, il travaille également autour du documentaire au début de sa carrière. Cette expérience influence durablement sa manière de filmer les comportements quotidiens, les gestes et les échanges entre les personnages. Ainsi, plusieurs de ses premiers projets reposent déjà sur une observation très précise du langage et des tensions relationnelles.

Les premiers films et les festivals internationaux

En 2008, Ryūsuke Hamaguchi réalise Passion, son premier long métrage de fiction. Le film suit plusieurs jeunes adultes confrontés à des tensions sentimentales après l’annonce d’un mariage. Dès ce premier projet, il développe une mise en scène construite autour de longues scènes dialoguées et de déséquilibres affectifs. Cependant, sa reconnaissance internationale commence surtout au milieu des années 2010. En 2015, il présente Happy Hour, film de plus de cinq heures centré sur quatre femmes vivant à Kobe. Le projet reçoit un important accueil critique au Festival de Locarno où les quatre actrices principales remportent collectivement un prix d’interprétation.

Avec Happy Hour, Hamaguchi affirme plusieurs thèmes qui traversent ensuite l’ensemble de son cinéma : la solitude, les relations sentimentales, les transformations intimes et les difficultés de communication. De plus, le film marque un tournant dans sa carrière puisque son nom commence alors à circuler dans les grands festivals européens et américains.

En 2018, il rejoint pour la première fois la compétition officielle du Festival de Cannes avec Asako I & II. Le récit suit une jeune femme troublée par la ressemblance physique entre deux hommes interprétés par le même acteur. Grâce à cette sélection, il renforce encore sa visibilité internationale et s’impose progressivement dans le cinéma d’auteur contemporain.

Drive My Car et la reconnaissance mondiale

L’année 2021 marque une étape majeure dans son parcours avec Drive My Car. Adapté d’une nouvelle de Haruki Murakami, le film est présenté en compétition officielle au Festival de Cannes où il reçoit le Prix du scénario.

Le récit suit Yūsuke Kafuku, metteur en scène de théâtre interprété par Hidetoshi Nishijima, qui commence à travailler avec une jeune chauffeuse après la mort de son épouse. À travers les répétitions d’Oncle Vania de Tchekhov, le film explore le deuil, la mémoire et les difficultés de communication.

Après sa présentation à Cannes, Drive My Car devient rapidement un succès critique international. En 2022, le film remporte l’Oscar du meilleur film international et reçoit également plusieurs nominations dans les catégories meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario adapté. Grâce à ce succès, Ryūsuke Hamaguchi devient l’un des réalisateurs japonais les plus reconnus au niveau mondial depuis Hirokazu Kore-eda.

Par ailleurs, le film contribue aussi à faire découvrir son travail à un public beaucoup plus large en Europe et aux États-Unis. Dès lors, son nom s’impose durablement parmi les grandes figures du cinéma contemporain international.

Le Mal n’existe pas et la continuité de son œuvre

En 2023, Hamaguchi présente Le Mal n’existe pas (Evil Does Not Exist) à la Mostra de Venise. Le film suit un homme vivant dans un village rural confronté à un projet de complexe touristique menaçant l’équilibre environnemental de la région.

Avec ce projet, le réalisateur poursuit son travail autour des relations humaines tout en développant une réflexion plus politique et écologique. Le film reçoit le Grand Prix du jury à Venise et confirme sa place importante dans le cinéma d’auteur international contemporain.

Comme dans ses précédents films, Hamaguchi privilégie une mise en scène attentive au rythme des conversations, aux gestes quotidiens et aux silences. Plutôt que de construire des récits fondés sur l’action ou le suspense, il développe des scènes longues où les personnages évoluent progressivement grâce aux échanges et à l’écoute. Ainsi, cette approche devient l’une des signatures les plus identifiables de son cinéma.

Soudain et Cannes 2026

En 2026, Ryūsuke Hamaguchi revient au Festival de Cannes avec Soudain (All of a Sudden), présenté en compétition officielle pour la Palme d’or. Ce nouveau projet marque une étape importante dans sa carrière puisqu’il s’agit de son premier film tourné en partie en France et principalement en langue française.

Le film réunit Virginie Efira et Tao Okamoto dans les rôles principaux. Le récit suit Marie-Lou, directrice d’un établissement de soins en région parisienne, qui tente de développer une méthode d’accompagnement plus humaine pour les patients âgés. Cependant, sa vie change lorsqu’elle rencontre Mari Morisaki, metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer.

Le scénario, coécrit avec Léa Le Dimna, s’inspire librement d’un ouvrage japonais consacré à la maladie et à la correspondance entre deux femmes. Le tournage se déroule entre la France et le Japon pendant l’année 2025.

Avec Soudain, Hamaguchi poursuit son travail autour du temps, de la parole et des relations humaines tout en développant pour la première fois un récit largement situé hors du Japon. Par ailleurs, le film aborde plusieurs thèmes déjà présents dans son cinéma comme la mémoire, la maladie et les transformations intérieures. Présenté pendant la 79e édition du Festival de Cannes, Soudain figure rapidement parmi les films les plus commentés de la compétition officielle 2026. Les deux actrices remportent le prix d’interprétation féminine.

Une œuvre majeure du cinéma contemporain

Depuis plus de quinze ans, Ryūsuke Hamaguchi construit une filmographie largement associée au cinéma d’auteur contemporain international. Son travail repose principalement sur les conversations, les transformations intimes et les relations humaines. Aujourd’hui, sa filmographie comprend notamment PassionHappy HourAsako I & IIDrive My CarLe Mal n’existe pas et désormais Soudain. En 2026, sa présence en compétition officielle à Cannes confirme une nouvelle fois sa place parmi les réalisateurs majeurs du cinéma mondial contemporain.