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L’art selon Zegna : un engagement fort de la maison, des Alpes italiennes à la Biennale de Venise
Chez Zegna, l’art relève d’une pratique inscrite dans son histoire, les paysages, les architectures et les gestes depuis plus d’un siècle. De Trivero à l’Oasi Zegna, jusqu’à la Biennale de Venise 2026 – où elle est le sponsor principal du pavillon italien –, la maison déploie une vision singulière : celle d’un art in situ, engagé et vivant, pensé comme une manière d’habiter le monde.
Par Thibaut Wychowanok.

À Trivero, les origines d’un dialogue entre industrie et création
Depuis plus d’un siècle, chez Zegna, l’art ne s’expose pas : il s’inscrit. Dans les paysages, dans les architectures, dans les gestes. Une présence diffuse, presque silencieuse, qui traverse le temps sans jamais se constituer en collection. Car, ici, l’art n’est ni trophée ni décor – il est une manière d’habiter le monde.
Tout commence dans les années 1920, à Trivero, au cœur du Piémont. Ermenegildo Zegna, fondateur visionnaire, ne conçoit pas son usine textile comme un simple lieu de production, mais comme un écosystème. Il y convie des artistes, fait appel à l’architecte paysagiste Pietro Porcinai (1910-1986), commande sculptures, fresques et aménagements.
Très tôt, il imagine un dialogue entre industrie et beauté, entre travail et contemplation. L’usine devient paysage, le paysage devient culture. Cette intuition fondatrice – faire de l’art un élément du quotidien – irrigue encore aujourd’hui l’ensemble des initiatives de la maison. À commencer par l’Oasi Zegna, territoire de plus de 100 km² dans les Alpes italiennes, où nature, architecture et interventions artistiques coexistent dans une forme d’équilibre fragile.
L’Oasi Zegna : un laboratoire artistique à ciel ouvert
Là, des artistes comme Daniel Buren, Roman Signer ou Dan Graham sont invités à produire des œuvres in situ, pensées pour dialoguer avec le vivant plutôt que pour s’en extraire. À rebours des logiques de collection, Zegna privilégie la commande. Chaque œuvre naît d’un contexte, d’un lieu, d’une histoire spécifique. Elle n’est pas acquise, mais activée – comme un récit en mouvement.
Dans ses sièges, ses boutiques ou ses paysages, la maison compose ainsi une cartographie artistique éclatée, où les installations de Michelangelo Pistoletto, William Kentridge ou Reena Kallat prolongent une réflexion sur la matière, la durabilité et les circulations globales. Cet engagement se structure au tournant des années 2000 avec la Fondazione Zegna, puis s’intensifie à travers des programmes curatoriaux comme All’Aperto ou les expositions de Casa Zegna.
Mais c’est peut-être avec le projet “Visible”, lancé en 2010 avec la Cittadellarte de Michelangelo Pistoletto, que la maison affirme le plus clairement sa vision : soutenir un art socialement engagé, capable d’agir sur le réel plutôt que de simplement le représenter.

D’Art Basel à la Biennale de Venise
Dans cette perspective, l’annonce d’un partenariat global avec Art Basel en 2025 marque un tournant. Pour la première fois, Zegna choisit de rendre visible un engagement longtemps cultivé à l’abri des regards. Présente à Bâle, Miami, Paris, Hongkong ou encore au Qatar, la maison y déploie des projets qui interrogent les liens entre création, communauté et environnement, tout en offrant une plateforme internationale aux artistes du programme Visible.
Mais c’est sans doute à Venise que cette trajectoire trouve aujourd’hui son point de condensation. En 2026, Zegna devient mécène principal du pavillon italien de la Biennale, soutenant “Con te con tutto”, projet de l’artiste Chiara Camoni. Une œuvre qui convoque matières naturelles, gestes collectifs et mémoire des territoires, autant d’éléments qui résonnent avec l’histoire même de la maison.
Plus qu’un partenariat, cette présence s’inscrit dans une relation au long cours : celle qui lie Zegna à l’artiste depuis plus d’une décennie, depuis les premières expérimentations au sein de la Fondazione jusqu’à cette reconnaissance internationale.
Une vision du luxe fondée sur la transmission
En parallèle, une exposition personnelle de Chiara Camoni investira l’Oasi Zegna, bouclant ainsi un cycle où l’œuvre retourne à son origine, au paysage qui l’a vue naître. Chez Zegna, l’art ne se proclame pas. Il se pratique, génération après génération, comme une forme de responsabilité.
Une manière de relier les lieux, les savoir-faire et les imaginaires. Et peut-être, aussi, de rappeler que le luxe, – le vrai – réside moins dans l’objet que dans la capacité à créer du sens, durablement.
“Con te con tutto”, exposition jusqu’au 22 novembre 2026 au pavillon italien de la Biennale de Venise, Italie. Curation de Cecilia Canziani. “Chiara Camoni”, exposition jusqu’au 22 novembre 2026 à l’Oasi Zegna, Italie.