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Marion Cotillard, Noémie Merlant et Bertrand Mandico nous racontent le film Roma Elastica
Avec Roma Elastica, l’ovni du Festival de Cannes, Bertrand Mandico, le réalisateur de Ultra Pulpe, rend hommage au cinéma italien et aux actrices. Rencontre sur la Croisette.
Propos recueillis par Olivier Joyard.
Le film Roma Elastica, ovni du Festival de Cannes
Dans son nouveau-long métrage Roma Elastica – après les sulfureux et superbes Les Garçons sauvages (2017), After Blue (2021) et Conan (2023) – l’iconoclaste cinéaste français Bertrand Mandico rend hommage au cinéma italien des années 1960 et 1970 et propose un éloge exalté des actrices, avec un film où il est dit que “le seul privilège des actrices, c’est d’être immortelles”.
À travers le personnage d’une star des années 1980, Eddie, qui se sait condamnée par une maladie et vient tourner à Rome, Roma Elastica déploie ses tentacules vénéneuses. Eddie, c’est Marion Cotillard, affublée d’une maquilleuse à toute épreuve, jouée par Noémie Merlant. Numéro a rencontré le trio de ce film exaltant pour comprendre la singularité du projet.

Rencontre avec un trio exaltant
Numéro : Avec Roma Elastica, vous restez fidèle à votre imaginaire débridé, tout en changeant de dimension avec Marion Cotillard et Noémie Merlant. Pourquoi ce désir nouveau ?
Bertrand Mandico : C’est d’abord un désir de cinéma. Voilà ce qui me bouge à chaque fois : j’ai envie de faire les films que je voudrais voir. Par rapport à mes trois précédents longs-métrages, qui formaient une sorte de cycle, j’avais envie d’explorer ailleurs, de m’ouvrir à une période plus contemporaine, pour parler de ce que je connais le mieux, c’est-à-dire le cinéma. Tout en invitant des actrices formidables à venir jouer avec moi.
Et de l’autre côté de la caméra, c’était comment ?
Noémie Merlant : J’ai sauté sur l’occasion, car le cinéma français n’offre pas souvent ce genre de film. Mon agent, qui savait que j’adore le travail de Bertrand et que je recherche des propositions un peu folles, excitantes, m’a parlé du casting. C’est mon délire, ton cinéma, Bertrand. Même si ce film est différent de ceux que tu as pu faire, tu gardes ta patte. L’idée de jouer ensemble est à prendre au premier degré, au sens de s’amuser !
Marion Cotillard : Moi, je ne connaissais pas du tout le cinéma de Bertrand Mandico. J’ai reçu un scénario avec un moodboard, un truc assez psychédélique. Je me suis vraiment demandé ce que c’était. Et puis je n’ai pas lâché le texte. Tout me surprenait. J’ai eu envie de voir ses films et cela m’a donné encore plus envie. Puis j’ai rencontré Bertrand chez moi. Si c’était déjà très clair que j’avais envie de faire partie de cette aventure, ça l’était encore plus après lui avoir parlé ! J’ai compris que j’avais ma place dans son terrain de jeu.

“J’ai compris que j’avais ma place dans le terrain de jeu de Bertrand Mandico.” – Marion Cotillard.
Roma Elastica est un hommage au cinéma italien des années 1960 et 1970. Est-ce que Bertrand Mandico vous a demandé de regarder certains films ?
Marion Cotillard : Je crois que tu m’as demandé de regarder un film, je ne sais plus lequel, parce que je ne l’ai pas vu. [Rires]
Betrand Mandico : C’est très bien ! Il y a des recommandations, mais je ne veux pas noyer les autres sous les devoirs. Je ne suis pas un vieil instit.
Marion Cotillard : J’aurais adoré avoir un instit comme toi !
Bertrand, j’ai quand même envie de savoir quel film vous avez conseillé à Marion et Noémie.
Bertrand Mandico : C’était Toby Dammit de Federico Fellini, qui fait partie du film collectif Histoires extraordinaires [1968].
Noémie Merlant : Ah oui, c’est vrai ! Je l’ai commencé, mais pas terminé.
Bertrand Mandico : C’est film très particulier, que Fellini tourne entre deux longs-métrages. Il raconte la trajectoire d’un acteur complètement défoncé, joué par Terence Stamp, censé faire un western financé par le Vatican.

“Roma Elastica a été fait en quinze jours. C’était quinze jours ailleurs.” – Bretrand Mandico.
À quel moment du tournage de Roma Elastica vous êtes-vous dit que le film était “trouvé”, dans toute sa bizarrerie ?
Bertrand Mandico : La particularité de ce film, c’est d’avoir connu un tournage éclair. Roma Elastica a été fait en quinze jours. Quinze jours et nuits. Trois fois cinq jours, quoi. Le moment, c’est le film entier, car à peine commencé, il était terminé. C’était quinze jours ailleurs.
Marion Cotillard : Chaque décor dans lequel j’arrivais était époustouflant. J’étais complètement hallucinée de voir comment, avec si peu de moyens, Bertrand arrivait à faire des choses grandioses et même magistrales. On a tourné notamment à Cinecittà (le studio mythique situé à Rome) avec une sensation d’inventivité permanente. C’est tellement simple de s’intégrer là-dedans. Cela me procurait des sentiments d’euphorie. Une fois, Bertrand, je crois que je t’ai crié dessus quand on était dans le décor de ma chambre d’hôtel. Tu étais en train de m’expliquer ce qui allait se passer dans la scène. Je t’ai crié dessus que tu étais absolument génial, j’étais électrifiée de tout ce que je vivais sur ce plateau.
Noémie Merlant : Moi, c’est le moment où j’ai dû en même temps manger dix Magnum, regarder Eddie/Marion comme si c’était la chose la plus importante pour moi, mordre un mec et parler de caca. Je me suis dit que le film était ce mélange étonnant. [Rires]
Bertrand Mandico : Tout ça dans un avion !

Une expérience démente
Quel est pour vous le sens montrer un film tel que Roma Elastica à Cannes, dans toute sa démesure ?
Bertrand Mandico : Le Festival de Cannes est censé accueillir des films avec du fond et de la forme et j’espère que c’est le cas du mien ! Je suis ravi de venir ici, car cela fait partie de l’ADN du cinéma de se confronter à un grand festival.
Marion Cotillard : Je vois Cannes comme un écrin merveilleux. C’est ce qui est beau, la richesse de ce qu’on peut découvrir. J’ai présenté ici des films très différents les uns des autres et j’aime passionnément y venir. Montrer Roma Elastica à un public qui aime à ce point le cinéma, c’est une expérience démente.
Roma Elastica de Bertrand Mandico, au cinéma le 23 décembre 2026. Le film est présenté Hors Compétition au Festival de Cannes 2026.