Réalisatrice

Marie Kreutzer

Marie Kreutzer est une réalisatrice et scénariste autrichienne née en 1977 à Graz. Son cinéma s’attache aux tensions intimes et aux rapports de pouvoir, à travers des récits ancrés dans le quotidien, portés par une mise en scène épurée et une attention constante aux trajectoires individuelles.

Les débuts de Marie Kreutzer

Née le 25 août 1977 à Graz, Marie Kreutzer se forme à la Vienna Film Academy entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000. Cette formation en écriture et dramaturgie structure durablement son approche du cinéma. Ainsi, dès ses premiers films, une attention particulière se porte sur les personnages, sur leurs contradictions et sur les tensions qui traversent leurs relations. Le récit ne repose pas sur des effets spectaculaires, mais sur des situations précises, souvent ancrées dans le quotidien.

2011–2016, débuts et installation

En 2011, The Fatherless (titre international de Die Vaterlosen) constitue son premier long métrage. Le film suit une communauté confrontée à la disparition d’une figure paternelle. Les relations entre les personnages évoluent à partir de cet événement, révélant des déséquilibres et des tensions anciennes. Le récit avance à travers les échanges et les confrontations, dans un espace collectif où chacun tente de redéfinir sa place.

Ensuite, Gruber Goes (2015) adopte une autre forme. Un publicitaire apprend qu’il est atteint d’une maladie grave. Le film suit ses réactions, entre refus, adaptation et repositionnement face aux autres. Ainsi, le récit repose sur une trajectoire individuelle, sans dramatisation excessive, avec une attention portée aux détails du quotidien.

En 2016, What Have We Done to Deserve This? (titre international de Was hat uns bloß so ruiniert) s’intéresse à plusieurs couples confrontés à la parentalité. Le film croise différentes situations, entre désir d’enfant, fatigue et tensions au sein du couple. Les trajectoires se répondent, montrant des variations autour d’un même thème. Déjà, une écriture du groupe apparaît, où les interactions structurent la narration.

2019, The Ground Beneath My Feet et affirmation

En 2019, The Ground Beneath My Feet (Der Boden unter den Füßen) marque une étape importante. Le film suit une femme travaillant dans le conseil, dont la vie professionnelle très contrôlée se trouve fragilisée par la situation de sa sœur, hospitalisée pour des troubles psychiatriques. Le récit repose sur cette tension entre maîtrise et déséquilibre.

Les scènes s’organisent autour des espaces de travail, des échanges professionnels, des moments privés. Progressivement, les repères du personnage se déplacent. Ainsi, le film met en évidence une forme de pression constante, liée à la performance, à la responsabilité et aux attentes sociales.

2022, Corsage et reconnaissance internationale

En 2022, Corsage propose une relecture de la figure de l’impératrice Élisabeth d’Autriche. Le film se concentre sur une période précise de sa vie, autour de ses quarante ans, moment où les contraintes liées à son statut deviennent plus visibles. Le récit suit ses gestes, ses déplacements, ses refus.

Plutôt qu’un biopic classique, le film propose une approche fragmentée. Les scènes s’enchaînent sans chercher une continuité explicative. Ainsi, le personnage apparaît dans ses contradictions, entre représentation publique et désir d’émancipation. Le film est présenté dans plusieurs festivals internationaux et installe Marie Kreutzer comme une voix importante du cinéma européen contemporain.

Une écriture des rapports de pouvoir

De film en film, une cohérence se dessine. Les personnages évoluent dans des structures contraignantes, qu’il s’agisse de la famille, du travail ou des institutions. Les récits mettent en scène des rapports de pouvoir souvent implicites, qui apparaissent à travers les interactions. De plus, la mise en scène privilégie une forme de précision. Les cadres sont sobres, les dialogues mesurés, les gestes significatifs. Cette économie renforce l’attention portée aux détails. Les tensions ne sont pas soulignées, elles émergent progressivement.

Par ailleurs, les figures féminines occupent une place centrale. Les personnages se construisent dans des contextes qui limitent leur liberté, mais aussi dans des situations où elles tentent de redéfinir leurs choix. Ainsi, les récits explorent des trajectoires individuelles confrontées à des normes sociales.

2026, Gentle Monster et retour à Cannes

En 2026, Marie Kreutzer présentera Gentle Monster en compétition officielle au Festival de Cannes avec Léa Seydoux. Le film suit deux femmes liées à des trajectoires distinctes mais connectées. Lucy, pianiste, s’installe à la campagne pour soutenir son compagnon après un épuisement professionnel, au détriment de sa propre carrière. En parallèle, Elsa, enquêtrice, s’occupe de son père atteint de démence tout en poursuivant son travail.

Le récit s’organise autour de ces deux trajectoires. Les relations avec les hommes, partenaires ou figures familiales, deviennent un point de tension. Progressivement, des zones d’ombre apparaissent, remettant en question les équilibres établis. Ainsi, le film explore la manière dont les personnages organisent leur vie autour de figures masculines dont elles ne perçoivent pas immédiatement les limites. Le cadre, entre ville et campagne, permet de mettre en évidence des déplacements physiques et symboliques. Les scènes alternent entre espaces privés et situations professionnelles, renforçant la tension entre différentes sphères de vie.

Une œuvre en continuité

Ainsi, la filmographie de Marie Kreutzer s’inscrit dans une continuité. Les récits reposent sur des situations concrètes, sur des interactions et sur des déplacements progressifs. Les personnages ne se définissent pas par des actions spectaculaires, mais par leurs réactions face à des contextes contraignants. Ensuite, la mise en scène privilégie une forme d’épure. Les plans restent maîtrisés, les dialogues précis, les silences importants. Cette approche permet de concentrer l’attention sur les relations et sur les évolutions internes.

Enfin, la présence à Cannes en 2026 avec Gentle Monster en compétition confirme une trajectoire déjà structurée. Elle prolonge un travail centré sur les tensions intimes, sur les rapports de pouvoir et sur les transformations des personnages, dans un cinéma qui avance par observation et par précision.