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La fascinante procession masquée des Mamuthones et des Issohadores en Sardaigne
À Mamoiada, dans le centre de la Sardaigne, la période du carnaval coïncide chaque année avec un rituel qui lui est pourtant étranger : celui des mamuthones et des issohadores. Issue de la culture agropastorale ancienne de l’île, cette procession masquée fascinante, dont les origines demeurent floues, cristallise dans sa forme actuelle, très suivie par la communauté locale, des enjeux culturels et identitaires contemporains essentiels.
Par Delphine Roche,
Photo et portraits par Pieter Hugo.

La “disparition des lucioles” en Sardaigne
Pour la plupart des gens, la Sardaigne évoque principalement un paradis méditerranéen et ses plages léchées par une mer chaude, baignées d’un soleil ardent. Ses vins, ses vestiges archéologiques datant de l’époque nuragique (1 500 av. J.-C.) complètent le charme que recèle cette île pour l’estivant typique. Le tourisme figure logiquement aujourd’hui parmi les ressources essentielles de la Sardaigne, avec un pourcentage de son PIB estimé, selon les études, entre 8 et 16 %.
Parlante, cette statistique contient en creux des problématiques liées à ce que Pier Paolo Pasolini a nommé poétiquement le moment de la “disparition des lucioles”, soit le passage, à compter des années 60, d’une société italienne encore largement agropastorale à une société de consommation.
Un monde en soi
Chercheur en démo-ethno-anthropologie et professeur à l’université de Palerme, Sebastiano Mannia rendait compte de ces questions en 2017 dans un essai intitulé Au grand gala des masques – Considérations sur les pratiques carnavalesques en Sardaigne contemporaine. Il y évoquait “la disparition définitive de la culture paysanne” et la naissance, à partir des années 70, d’un vif intérêt pour des rites et des traditions sardes ancrés dans un horizon symbolique relevant de ce monde révolu. Intérêt qui s’est plus tard inséré à la fois dans les dynamiques touristiques et dans des interrogations identitaires et mémorielles.
En 1948, un régime d’autonomie spécial est venu entériner de façon officielle la spécificité de la Sardaigne qui, du fait de son insularité, est un monde en soi. Reconnu comme langue minoritaire par l’État italien en 1999, le sarde n’est ainsi pas un simple dialecte mais une langue romane à part entière. Son usage dans la vie quotidienne, dans la musique ou dans les rites participe d’une conscience collective forte, marquée par une transmission orale des savoirs et des pratiques.


Sur les origines des mascarades rituelles et des carnavals
Du fait de cette oralité, il est difficile de retracer avec certitude les origines des mascarades rituelles et des carnavals qui abondent sur l’île, et dont le nombre va croissant. Des traditions disparues ont été récemment réinventées de façon peu rigoureuse. Au point qu’en 2017, des conseillers régionaux ont demandé que soit institué un registre régional des masques traditionnels de la Sardaigne afin de mettre de l’ordre dans le chaos.
“Ces vingt dernières années, nous explique Sebastiano Mannia, de nombreux masques ont été redécouverts. D’autres ont été purement et simplement imaginés sur la base de légendes locales pour satisfaire au désir de reconstruction mémorielle. Certains, cependant, n’ont jamais disparu, car la tradition ne s’est pas interrompue. C’est le cas des masques des boes, des merdules et de la Filonzana d’Ottana, et des mamuthones de Mamoiada également.”
Le paysage pastoral de Mamoiada
Petite commune de l’intérieur de la Sardaigne, peuplée de 2 500 habitants et située dans la province de Nuoro, au cœur de la région montagneuse de la Barbagia, Mamoiada trône à 650 mètres d’altitude, entre collines et plateaux, dans un paysage pastoral surtout marqué par la viticulture. Dans ses rues avenantes, les commerces de proximité alternent avec quelques boutiques d’articles artisanaux sardes, et le musée des Masques méditerranéens. Sur de nombreux murs du centre-ville se déploient des fresques représentant des figures saisissantes arborant un fichu sur un béret, un masque sombre aux traits lourds et aiguisés, un gilet en peau et, sur le dos, une lourde charge de cloches.
Ces personnages sont les mamuthones, dont les cortèges rythment la vie locale pendant tout le mois du carnaval, de la mi-janvier jusqu’au Mardi gras. Les mamuthones sortent accompagnés par les issohadores, vêtus, pour leur part, d’une élégante tenue composée d’une chemise et d’un pantalon blanc, d’un gilet rouge vif, d’un large châle noir à broderies noué autour de la taille et d’un lasso de corde enroulé. Si la première occurrence de leurs processions communes se produit chaque année le 17 janvier, à l’occasion de la fête de saint Antoine l’abbé, le rituel n’est cependant originellement pas lié à la religion catholique.

Les processions des mamuthones et des issohadores, des rites antichrétiens ?
Païen, antérieur à la christianisation, il fut d’ailleurs considéré, selon Franco Sale, qui fut un mamuthone de 1964 à 2015, comme “antichrétien”. Le septuagénaire fait partie des artisans qui, aujourd’hui encore, réalisent des masques à Mamoiada. Après avoir publié un essai dans une revue de l’université de Bologne, il travaille désormais à partir de ses souvenirs, et de ses recherches passionnées, à la rédaction d’un livre aux côtés de l’anthropologue Monica Murgia.
“On ne peut pas établir avec certitude quand le rituel est né, commente cette dernière, mais saint Antoine l’abbé, protecteur des animaux, est une figure liée au feu. Comme les mamuthones, il peut être vu comme une ‘charnière’, un gardien de mondes qui changent. Il marque ‘la fin d’un monde’, pour citer l’anthropologue Ernesto De Martino, d’où semble naître un nouvel univers. Le christianisme n’a pas réussi à effacer ces rituels qui le précédaient, il les a intégrés, créant ce que nous appelons aujourd’hui un syncrétisme du païen et du chrétien.”
Des origines païennes
Plusieurs hypothèses existent quant au sens originel de l’apparition des mamuthone. Qui, comme le note Monica Murgia, ne s’excluent pas mutuellement et se complètent. L’interprétation la plus courante mentionne un rite à fonction apotropaïque (servant à détourner les influences maléfiques) né de l’importance cruciale des cycles saisonniers dans une société agropastorale. La procession de ces figures liminales, quasi zoomorphiques, aurait ainsi servi à appeler à la renaissance de la nature après l’hiver, à conjurer les mauvaises récoltes.
Une autre thèse porte sur leur appartenance à la sphère des cultes dionysiaques préchrétiens. “Différentes visions scientifiques cohabitent, sans qu’aucune ne détienne une vérité absolue, explique encore Monica Murgia. L’essentiel reste l’adhésion forte que suscite le rituel auprès des habitants de Mamoiada. De nombreuses théories ont été écrites par des chercheurs qui n’ont jamais fait de travail de recherche sur le terrain, dans cette petite ville. La connaissance la plus solide reste celle transmise oralement par la communauté elle-même. Elle cultive et incarne son rite comme une expérience vécue et non comme un objet à interpréter depuis un point de vue extérieur.”

Feux rituels et afflux touristique
Au moment de Su Pesperu, la veillée du 16 janvier, les habitants de Mamoiada allument des feux rituels dans leur cour ou devant leur maison. Ils s’y retrouvent dans la soirée pour partager des agapes et un moment de convivialité entre amis et voisins. Les proches qui ont quitté la ville reviennent pour vivre ce moment de festivités avec leurs parents. Le 17 janvier au matin, les rues s’animent déjà de la présence de nombreux touristes.
Les boutiques de produits artisanaux ouvrent leurs portes pour accueillir ces potentiels clients. La forte abondance des badauds souligne la problématique à laquelle sont confrontées aujourd’hui diverses communautés. Le désir de perpétuer des rituels qui ont parfois manqué de s’éteindre passe en effet par la reconnaissance officielle de leur importance, qui entraîne une forme de patrimonialisation qui menace de les rigidifier.
Une forme de patrimonialisation qui menace de les rigidifier
Le risque est aussi de voir un rite d’appartenance, dont le sens véritable ne peut être connu que par ceux qui le vivent, interprété par un œil extérieur comme étant un simple divertissement folklorique, vidé de sa charge symbolique. C’est d’ailleurs un intellectuel sarde, Antonio Gramsci, qui a analysé dans ses célèbres Cahiers de prison l’ambivalence du folklore. À la fois forme de résistance aux normes de la culture “légitime” imposées aux catégories populaires par les classes dominantes, et frein à la constitution d’une conscience politique structurée menant à l’action.
À Mamoiada, la problématique du risque de “folklorisation” du rite s’incarne de façon très concrète dans les positions marquées des deux associations culturelles desquelles relèvent les mamuthones et les issohadores. La Proloco ouvre largement ses portes aux touristes qui se pressent en masse pour assister, le 17 janvier en début d’après-midi, à l’habillage rituel de ses mamuthones. L’association Atzeni, pour sa part, n’accorde ce privilège qu’à une poignée de professionnels, journalistes ou chercheurs. Et ce afin de préserver l’intimité de ceux qui incarnent leur tradition.

Francesco Gungui, mamuthone et responsable des équipements des mamuthones de l’association culturelle Atzeni.

Les mamuthones et les issohadores de l’association Atzeni performent autour d’un feu rituel de la fête de saint Antoine l’abbé, le 17 janvier 2026, à Mamoiada.
Une gestuelle codifiée
Derrière les portes closes de son siège social, ce même 17 janvier, un feu allumé la veille réchauffe une vaste cour encore glacée par l’hiver. Dans l’air, la tension et l’émotion fébrile sont presque palpables, tandis que s’opère un ballet savamment rythmé.
Des hommes d’âges divers, vêtus d’un habit de velours brun et d’un béret, disparaissent un instant et réémergent ensuite. Ils portent, sur leur costume, une peau de mouton. Ils ont jeté hâtivement une lourde charge de cloches sur leurs épaules, dont les tintements résonnent à chacun de leurs pas. Posant leur fardeau sous un préau, ils s’aident les uns les autres à attacher les sonnailles dans leur dos au moyen de sangles en cuir. Pendant le même temps, les élégants issohadores peaufinent leur propre parure.
“Il est très important de respecter les détails, car, par ce rituel, nous transmettons la valeur de nos racines.” – Franco Sale, ancien président de l’association Atzeni.
“Chaque détail de l’habillement compte”, nous explique Franco Sale, qui a officié en tant que président de l’association Atzeni de 1996 à 2000. Il se définit comme un conservateur de la tradition. “Il est très important de respecter les détails, car, par ce rituel, nous transmettons la valeur de nos racines. Même si, bien sûr, des changements liés aux différentes périodes et à la condition économique et matérielle des participants ont eu lieu.
Personnellement, j’ai connu, via mon père qui faisait lui aussi le mamuthone, l’époque où l’on n’avait pas assez d’argent pour acheter des sangles en cuir, on utilisait alors des cordes et des lacets en laine, ou du fil de fer. Mon père ne possédait pas non plus ses propres cloches. Il prenait celles de ses moutons. Et, après avoir défilé, il était en mesure de restituer à chacun la sienne, sans aucune erreur, en se basant juste sur le son. L’opposition du son et du silence est un élément fondamental de notre rite. Le port du masque anonymise le mamuthone et lui impose de défiler en silence. Lorsque, dans les années 60, j’ai commencé à me mêler aux adultes qui défilaient, c’était Costantino Atzeni qui dirigeait le groupe, et ce paramètre était très important pour lui.”

Costantino Atzeni, berger et icône culturelle de Mamaoiada
Considéré comme le patriarche des mamuthones, Costantino Atzeni, souvent appelé Tziu Costantinu Atzeni, est né en 1908 et a exercé le métier de berger. Ceux qui l’ont connu mentionnent sa relation étroite au cosmos, à la nature, son charisme et son âme de poète. Son empreinte sur la culture de Mamoiada est extrêmement forte, comme en témoigne Enzo Gregu, aujourd’hui président de l’association.
“Durant les années du fascisme, les mascarades étaient interdites, le rituel s’est donc poursuivi de façon secrète. Après la guerre, Costantino a repris en main la tradition avec un groupe d’amis. En 1972, l’association Proloco, dont il est devenu le vice-président, est née, mais il en est parti suite à un désaccord. Il a fondé son propre groupe devenu plus tard l’association culturelle Atzeni. Par la suite, Franco Sale, durant ses années de présidence, a fait grandir considérablement l’influence de notre structure, qui est totalement autofinancée et vit de la passion de ses membres.”
La figure joyeuse de l’issohadore et celle solennelle du mamuthone
Un désaccord fondamental entre la Proloco et le groupe Atzeni porte sur l’utilisation d’un masque blanc par les issohadores. “Depuis une quinzaine d’années, ma santé ne me permet plus vraiment de faire le mamuthone, et j’ai donc décidé de défiler en tant qu’issohadore, poursuit Enzo Gregu. Ce sont deux figures totalement différentes, et l’émotion qu’elles transmettent n’est pas du tout la même. Le mamuthone assume la souffrance de porter les cloches qui, à chaque saut, s’abattent sur son dos. Il est grave, solennel. Une forme de douleur muette et de spiritualité émane de ce personnage.
En revanche, l’issohadore est une figure joyeuse, qui ‘gouverne’ les mamuthones et qui plaisante avec les badauds. Il en attrape même certains avec son lasso. C’est pour cette raison qu’il est très important qu’il défile à visage découvert. Beaucoup d’enfants font les issohadores, et sur eux, le masque blanc qu’utilise la Proloco fait presque peur. Surtout, ce masque n’appartient absolument pas à notre rituel.”

Une vendetta dévastatrice dans les années 1950
Dans son essai publié par la revue Anthropologie et Théâtre de l’université de Bologne, Franco Sale évoque le moment fatidique où, selon lui, le masque blanc incriminé est apparu. Dans le cadre d’une vendetta au sein de la communauté, qui aurait eu lieu dans les années 1950, un issohadore aurait eu recours à un masque noir et blanc pour cacher son identité à la faction adverse. Costantino Atzeni et le père de Franco Sale le réprimandèrent. Mais, pour le couvrir, d’autres issohadores se mirent eux aussi à porter des masques divers.
S’ensuivit une période de transgression où émergèrent des vêtements extravagants, des maillots rayés, des sarouels, des couvre-chefs… “En 1997, poursuit Franco Sale, les dirigeants de la Proloco publièrent un texte expliquant qu’ils avaient redécouvert un masque ‘de santu’ (de saint) noir et blanc qui aurait autrefois été utilisé par les issohadores. Ils auraient ensuite abandonné cette découverte, choisissant de s’exhiber avec un masque en plastique blanc, dont la vente aux touristes assure aujourd’hui des ressources économiques.”
15h, le 17 janvier 2026…
Il est bientôt 15 heures, ce 17 janvier. Les mamuthones et les issohadores, désormais dûment vêtus, se rassemblent dans la cour de l’association Atzeni, autour des braises qui couvent encore. Un “chef d’orchestre” fait face à deux colonnes de huit mamuthones – auxquels viendront ensuite s’ajouter deux autres individus, créant un groupe de dix-huit mamuthones au total.
Avant de sortir se frotter à la foule compacte qui s’est massée derrière les portes, ils entament une première danse cadencée. Les sauts des issohadores sont légers, jambes presque jointes, tandis que les mamuthones se tournent à l’unisson d’un côté, puis de l’autre, en claquant fortement un pied sur le sol pour provoquer un mouvement sec et musical de leur lourd fardeau de cloches.

Une tournée éprouvante
Enfin, ils s’élancent pour une tournée éprouvante qui les mènera, jusqu’à 20 heures, autour de tous les feux allumés dans la partie supérieure du village – la partie inférieure étant dévolue à la Proloco. Cette fois-ci, un détour final a été ajouté au parcours afin de rendre hommage à deux jeunes mamuthones décédés durant l’année, dont les portraits ont été imprimés au dos du calendrier 2026 de l’association Atzeni, rédigé en sarde.
Suivant la logique du syncrétisme des influences païennes et chrétiennes, la première étape est celle du vaste feu allumé devant l’église de la Bienheureuse-Vierge-Marie-de-l’Assomption où une messe en l’honneur de saint Antoine l’abbé vient de prendre fin. Pas moins d’une vingtaine de feux doivent être honorés ce jour-là.
Plus tard, le dimanche de carnaval et le jour de Mardi gras, le cortège se mêlera de façon plus informelle aux festivités carnavalesques, dont il est néanmoins bien distinct – c’est également à l’Église catholique que l’on doit cette coïncidence temporelle : ne pouvant anéantir les rituels païens, elle a préféré, ici comme ailleurs, les ranger sous la bannière du moment de permissivité exceptionnelle que constituent les carnavals.
Des sorties de Sardes exilés hors de Mamoiada
À ces sorties à Mamoiada s’en ajoutent d’autres, hors de la ville, voire à l’étranger, où des cercles de Sardes exilés invitent parfois l’association à se produire. “À l’extérieur de Mamoiada, notre manifestation est différente, elle devient une représentation et non plus un rite”, explique Bonario Piu, conseiller de l’association Atzeni.
“Nous devons cependant représenter notre village et la Sardaigne, ce qui est une grande responsabilité. J’ai décidé de revêtir la figure du mamuthone à l’âge de 45 ans, il y a trois ans et demi. Dans l’association, nous sommes environ une centaine, et, pour constituer un groupe, il faut vingt personnes au minimum, douze mamuthones et huit issohadores. D’une date à l’autre, le cortège sera donc composé d’individus différents en fonction de leur désir de participer et de leurs disponibilités.”

L’inscription au patrimoine immatériel de l’Unesco
Au-delà des explications scientifiques, c’est bien dans les mémoires et les affects collectifs de la communauté de Mamoiada que se loge le sens véritable d’une tradition qui revêt également une vertu réparatrice : “Nous évitons d’en parler entre nous, mais une vendetta dévastatrice a fait rage dans les années 1990, poursuit Bonario Piu. Tout au long de cette sombre période, les mamuthones ont poursuivi leurs processions. Ils ont permis de redorer l’image du village, ils ont prouvé que nous n’étions pas des personnes effrayantes désireuses de s’entretuer.”
En décembre dernier, le groupe de mamuthones et d’issohadores de la Proloco s’est produit à New Delhi, en Inde, en marge du forum annuel de l’Unesco, pour appuyer une demande d’inscription du rituel au patrimoine immatériel de l’humanité. La proposition divise, en raison des effets pervers qu’une telle mesure induit parfois sur les traditions populaires, qui doivent pouvoir évoluer selon une cohérence interne.
“La question de la reconnaissance par l’Unesco est très délicate, conclut Sebastiano Mannia. En Italie, elle est particulièrement sensible en raison des nombreuses traditions populaires du pays. Le risque est de rigidifier un phénomène culturel qui peut être amené à changer du jour au lendemain.” En définitive, si l’inscription au patrimoine immatériel – qu’il s’agisse des mamuthones ou du canto a tenore, chant polyphonique déjà reconnu par l’instance internationale – peut exposer la tradition au risque d’une mise sous cloche, la culture sarde ne tient pourtant ni à un label ni à une conformité figée : elle demeure une pratique vécue, orale et incarnée, transmise par les corps et par les voix, et c’est dans cette vitalité toujours rejouée que réside sa véritable force.