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Le retour de Nina Hagen, performeuse punk culte et scandaleuse des années 70
La chanteuse Nina Hagen n’a jamais “fait” du punk. Elle l’a incarné, tordu puis transcendé. Reine allemande de la performance, elle a bâti sa légende sur un goût du risque et une capacité rare à transformer le scandale en œuvre d’art. La voilà de retour en 2026, à 70 ans, avec un nouvel album, Highway To Heaven, annoncé pour le 27 mars 2026.
par Alexis Thibault.

Nina Hagen, star allemande scandaleuse des années 70
Nous sommes le 22 janvier 1988, un an avant la chute du mur de Berlin. La chanteuse, auteur-compositrice-interprète et actrice allemande Nina Hagen, 32 ans, a accepté l’invitation de Thierry Ardisson et fait face au journaliste provocateur dans un bar bondé. “C’est facile pour toi, qui es née en Allemagne de l’Est, de retourner en URSS ? Elle sourit, les yeux fardés comme un masque de carnaval. “Je suis devenue une telle star que mon album In Ekstase (1985) se vend près de 300 roubles en Russie, soit presque mille dollars. J’ai signé un contrat avec Melodiya, la grande maison de disques soviétique. Et tout ça alors que je ne parle même pas bien le russe…”
Thierry Ardisson poursuit en évoquant ce moment qui avait scandalisé la télé autrichienne. En août 1979, Nina Hagen avait détaillé et mimé différentes techniques de masturbation féminine en plein direct au point que le modérateur, Dieter Seefranz, avait fini par quitter l’émission. “À l’époque, j’étais avec mon copain Ferdinand, un junkie. Il m’a fait un bébé. Mais on ne peut avoir un enfant que si on a une vie sexuelle vraiment extatique.” Elle marque une pause, théâtrale. “Pour le moment, je ne veux pas d’enfant, alors je dois contenir mon énergie sexuelle. Mais je ressens le besoin de montrer aux femmes comment accéder à l’orgasme. Ça vient du fond de mon cœur.” Entière, dérangeante, sincère jusqu’à l’indécence. Voilà qui était Nina Hagen. Une performeuse qui a construit sa légende entre excès scéniques et spiritualité assumée.
Une artiste totale dans la lignée de Klaus Nomi
Née dans la grisaille d’un État totalitaire, la République démocratique allemande, fille d’une comédienne reconnue, Nina Hagen grandit sous la dictature socialiste avant de franchir le Mur et d’exploser à l’Ouest. Très tôt, elle se forme au Studio für Unterhaltungsmusik et fait ses premiers pas comme chanteuse en RDA au sein du groupe Automobil, auquel on doit le tube Du hast den Farbfilm vergessen (1974). Exilée en 1976, elle se réinvente notamment avec le Nina Hagen Band.
Des couvre-chefs multicolores, une démarche chaloupée et sautillante, des tenues qui semblent sorties d’un rêve : elle sera d’abord un personnage. On raconte même que c’est Klaus Nomi qui lui aurait ouvert les portes de l’opéra, ajoutant à sa voix déjà hors norme une amplitude nouvelle. Une anecdote qui restera au stade de légende…
Mais la musique de la performeuse allemande convoque bien les cris et les murmures, les grimaces et les prières, le rock et le gospel, le punk, la new wave, le grotesque et le sublime. Parmi ses manifestes précoces, le titre African Reggae (1979) s’impose comme un choc de genres : une rythmique reggae tendue, traversée d’éclats punk et d’envolées lyriques.
Highway to Heaven, un nouvel album en 2026
En 1982, Nina Hagen provoque un nouveau scandale : la pochette de son opus NunSexMonkRock la montre tenant son bébé comme une Vierge à l’Enfant. La référence à l’iconographie sacrée est frontale, et beaucoup y voient alors un blasphème pur et simple. Avec le temps, elle revendique pourtant une tout autre lecture. Baptisée en 2009 dans une Église protestante réformée en Basse-Saxe, elle réinterprète cet album comme l’expression d’une quête spirituelle déjà présente : selon elle, ses textes ont toujours parlé d’amour et du Christ, même quand personne ne voulait les entendre ainsi.
Cette tension entre foi, provocation et théâtre se retrouve aujourd’hui dans son nouveau disque, annoncé comme une œuvre “ouverte”, où le gospel dialogue avec l’americana, le reggae et le punk. En effet, le 27 mars 2026, elle reviendra avec un nouvel opus, Highway to Heaven, son vingtième album studio. Le single Alle Wollen in Den Himmel (2026), extrait de l’opus, donne le ton. Dès le premier couplet, l’écrivain Bertolt Brecht est convoqué dans un face-à-face avec Dieu. Un choix loin d’être anodin, tant le dramaturge, la Bible et un rapport complexe à la foi accompagnent Nina Hagen depuis sa jeunesse. Musicalement, le morceau reste solidement arrimé au gospel tout en se laissant fissurer par l’énergie punk, l’humour et l’indépendance radicale de la chanteuse.
Highway to Heaven de Nina Hagen, disponible le 27 mars 2026.