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Faut-il voir le film Frankenstein sacré aux Oscars 2026 ?
C’était l’un des plus beaux films de l’année 2025. Le long-métrage Frankenstein de Guillermo del Toro avec Oscar Isaac, Jacob Elordi, Mia Goth, diffusé sur Netflix après avoir été présenté à la Mostra de Venise 2025, est un bijou gothique qui vient d’être récompensé par trois Oscars le 15 mars 2026. Retour sur cette fresque aussi sombre qu’envoûtante.
par La rédaction,
et Violaine Schütz.
Publié le 5 novembre 2025. Modifié le 17 mars 2026.
Frankenstein, le film de Guillermo del Toro sacré aux Oscars
On n’attendait plus que lui. Depuis plus de dix ans, le réalisateur Guillermo del Toro caresse l’idée de proposer sa vision du mythe de Frankenstein. C’est désormais chose faite. Le cinéaste mexicain, déjà couronné d’un Oscar pour La Forme de l’eau (2017), s’est toujours montré fasciné par les monstres tragiques, les âmes écorchées et les mythologies hantées.
S’attaquer à la créature de Frankenstein, personnage apparu dès 1818 dans le roman de Mary Shelley, était donc une évidence. Après des années de développement avorté, de rumeurs et de studios frileux, Netflix a finalement donné son feu vert à cette adaptation qui promettait autant de poésie que de noirceur.
Cette dernière a été présentée en grande pompe lors de la 82e édition de la Mostra de Venise, qui avait lieu du 27 août au 6 septembre 2025. Et nous avons pu la découvrir en octobre à la Cinémathèque française, en présence du cinéaste et des acteurs. Alors que le long-métrage vient de remporter trois Oscars (meilleurs costumes, meilleurs décors et meilleurs maquillages et coiffures) le 15 mars 2026, retour sur cette fresque gothique ambitieuse.

Oscar Isaac, Mia Goth… Un casting époustouflant
Le moins que l’on puisse dire en découvrant ce film, c’est que Guillermo del Toro signe une production sombre et sanglante à la fois somptueuse et exigeante. Des décors expressionnistes, une lumière léchée aux teintes livides, et des costumes flamboyants, le film diffusé sur Netflix depuis le mois de novembre 2025 n’a rien à envier aux-métrages destinés aux salles obscures.
Mais la véritable réussite de ce Frankenstein crépusculaire qui aurait couté 120 millions de dollars tient surtout à son trio d’acteurs captivants. Oscar Isaac (Dune) incarne Victor Frankenstein, savant rongé par ses ambitions folles de défier la mort et amoureux éconduit en souffrance (il est amoureux de la femme de son frère). C’est lui qui met au monde le « monstre » en le concevant à partir de corps humains décédés. Egocentrique, il ne saura pas aimer son « fils ».

Un Jacob Elordi au sommet de son art
Face à lui, Jacob Elordi (Euphoria) — dont la stature et l’intensité sont taillées pour le rôle — campe une créature monstrueuse incomprise émouvante dont le regard et l’humanité nous transpercent le cœur. Ses scènes au milieu d’une nature rugueuse, avec un vieil homme ou au milieu des rats (ses seuls amis) sont d’une beauté ténébreuse. Métamorphosé par des heures de maquillages, il tient là l’un de ses meilleurs rôles, à milles lieues des partitions de beau gosse.
On retient aussi les apparitions fascinantes de l’actrice Mia Goth (MaXXXine), souvent muse de l’étrange, sublime en robe fantasque bleue et bijoux Tiffany & Co. ou tenue rouge de princesse gothique. Elle devait jouer trois rôles, elle en tient finalement deux, celui de la mère du personnage incarné par Oscar Isaac, mais aussi de celle qu’il aime sans retour. On aurait aimé que le réalisateur apporte plus d’épaisseurs à ses rôles féminins mais la grâce macabre de Mia Goth fait mouche, même si elle n’apparaît pas assez à l’écran. Enfin, Christoph Waltz se joint au générique du film dans un petit rôle troublant.

Frankenstein, un monstre mythique du cinéma
Ce casting quatre étoiles porte une œuvre qui est l’un des projets les plus personnels de Guillermo del Toro. Il a en effet confié dans une interview récente que cette version de Frankenstein est “une lettre d’amour à tous les exclus, une méditation sur la paternité et la rédemption.” Il y aborde une question toujours aussi pertinente : “Qui sont les vrais monstres ?” La monstruosité se cache souvent là où on ne la soupçonne pas.
Si la fresque sombre et romantique séduit malgré quelques longueurs, adapter Frankenstein n’était cependant pas une mince affaire. Il s’agit en effet de s’inscrire dans une tradition déjà foisonnante. Depuis le chef-d’œuvre de James Whale avec Boris Karloff, en 1931, le roman de Mary Shelley n’a cessé d’inspirer le cinéma, la musique et l’art. De la version baroque de Kenneth Branagh à la relecture punk de Danny Boyle, chaque génération semble vouloir réanimer le mythe à sa manière. Même Andy Warhol s’y est essayé, dans un délire érotico-gore devenu culte.

Dans la musique, Frankenstein devient métaphore de l’artiste et de son œuvre maudite. On pense à Alice Cooper, à Rob Zombie, aux clins d’œil de David Bowie. Dans les arts visuels, la créature inspire autant les peintres que les illustrateurs contemporains — icône de l’altérité, elle incarne le corps recomposé, le refus des normes.
À la télévision, elle hante les séries Penny Dreadful ou encore les épisodes de Black Mirror qui interrogent la responsabilité morale de la science. À l’heure de l’intelligence artificielle, du transhumanisme, de la solitude numérique, jamais cette histoire d’une créature en quête d’amour et de reconnaissance n’a semblé aussi actuelle.
Frankenstein (2025) de Guillermo del Toro, disponible sur Netflix.