12 fév 2026

5 films érotiques à (re)voir pour la Saint-Valentin

En attendant la Saint-Valentin, Numéro revient sur cinq films érotiques à voir ou revoir, de Nymphomaniac à Emmanuelle

  • par Alexis Thibault

    et Louise Menard.

  • Publié le 19 septembre 2024. Modifié le 12 février 2026.

    L’érotisme dans le septième art

    Projeté pour la première fois en octobre 1896, Le Coucher de la mariée d’Albert Kirchner est considéré par certains comme étant le premier film érotique de l’histoire du cinéma. On y voit un couple de jeunes mariés devant leur lit nuptial, en plan séquence et cadrage en pied. Le mari s’extasie devant son épouse qui minaude. Puis, elle lui demande de se retirer afin de pouvoir se déshabiller tranquillement…

    Ce film pionnier inaugure une tradition cinématographique dont l’étude mobilise aujourd’hui plusieurs disciplines des sciences humaines et sociales : la construction de l’érotisme à l’écran. Si Le Coucher de la mariée pose les premiers jalons en 1896, c’est la période allant de 1956 à 1974 qui marquera “l’âge classique” du film érotique en France, caractérisé par les luttes des cinéastes contre le puritanisme et la censure. Le cinéma érotique reflète et transcende les mutations culturelles de la société, jouant un rôle émancipateur concernant les pratiques sexuelles. Alors que la Saint-Valentin approche, tour d’horizon de l’érotisme au cinéma avec une sélection de 7 films à (re)voir.

    5 films érotiques à (re)voir

    La bande-annonce d’Emmanuelle (2024).

    Le plus féministe : Emmanuelle d’Audrey Diwan

    Il s’agit certainement d’un des films érotiques français les plus célèbres… En 1974, Just Jaeckin réalise le film Emmanuelle, adaptation du roman du même nom d’Emanuelle Arsan. Si la presse s’écharpe à la sortie du long-métrage, le succès sera pourtant au rendez-vous avec neuf millions de spectateurs au rendez-vous.

    Initialement, le film porté par l’actrice Sylvia Kristel aurait dû être censuré à plusieurs reprises par une commission. Mais le président de la République George Pompidou en exercice à l’époque disparaît la même année et Michel Guy, nouveau secrétaire d’État à la Culture se montre plus souple vis-à-vis de la censure potentielle des œuvres culturelles. Des décennies plus tard, en 2024, la réalisatrice Audrey Diwan propose sa propre adaptation, beaucoup plus féministe, d’Emmanuelle portée par la sensuelle actrice Noémie Merlant.

    Emmanuelle (2024) d’Audrey Diwan, disponible sur Netflix.


    La bande-annonce du film Nymphomaniac (2013).

    Le plus dérangeant : Nymphomaniac de Lars von Trier

    Peut-être que la seule différence entre moi et les autres, c’est que j’en demande toujours plus au soleil couchant.” Insoutenable et pervers pour certains, génial et poétique pour d’autres, Nymphomaniac (2013) incarne probablement le film le plus débridé du réalisateur danois Lars von Trier. Réparti en deux volumes de deux heures chacun, ce long-métrage, désormais interdit au moins de 18 ans, suscite les plus vives réactions dès la révélation de ses affiches.

    Placardées sur les murs des villes, ces dernières exhibent en effet un casting dantesque – Uma Thurman, Willem Dafoe, Stellan Skarsgård – figé dans des contorsions d’orgasme sans équivoque. Quant au rôle principal, initialement destiné à Nicole Kidman, qui campe le personnage de Grace dans Dogville (2003) dix années auparavant, il est finalement offert à une actrice hors cadre habituée des plateaux de tournage du réalisateur : Charlotte Gainsbourg.

    Le synopsis est simple : cinquante ans de la vie d’une femme cabossée par sa nymphomanie sont scrutés à travers la caméra et le regard du spectateur devenu voyeur malgré lui. Sévices physiques et psychologiques, exhibitionnisme, adultère, humiliation… Nymphomaniac (2013) n’épargne aucune âme, abolissant toute bienséance sans jamais tomber dans l’écueil de l’obscénité.

    Nymphomaniac (2013) de Lars von Trier, disponible en DVD.



    Le plus trash : Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi

    Rendue célèbre grâce à l’immense succès rencontré par son personnage de Vernon Subutex, l’écrivaine Virginie Despentes a, dès ses débuts, fait irruption dans la littérature française par ses mots crus, sa radicalité et son propos volontairement trash. En 1999, elle adapte son roman sulfureux Baise-moi au cinéma avec l’actrice et auteure Coralie Trinh Thi. Le long-métrage crée la controverse.

    Dans ce road movie où les scènes de sexe ne sont pas simulées, deux femmes explosives – une prostituée et une actrice X –, règlent leurs problèmes à coup de 9 mm. Les uns affirment que Virginie Despentes filme le désespoir avec justesse. D’autres verront au contraire en Baise-moi un revival hard et morbide de Thelma et Louise (1991) et un condensé de subversion bas de gamme à grand renfort d’hémoglobine injustifiée.

    Baise-moi (1999) de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi. Disponible en DVD.


    La bande-annonce de Je, tu, il, elle (1974).

    Le plus vrai : Je, tu, il, elle de Chantal Akerman

    Cloîtrée dans sa chambre minuscule, comme séquestrée par un plan fixe, Julie se gave de sucre en poudre et s’efforce de rédiger une lettre qu’elle ne finira jamais. Elle est le “Je” qui s’adresse au “Tu” invisible, mentionnés dans le titre du film. Plus tard, elle quitte sa chambre et rencontre “Il” (Niels Arestrup), avant de tomber dans les bras d’“Elle” (Claire Wauthion)

    C’est en 1974, à l’âge de 24 ans, que la jeune Chantal Akerman se lance dans Je, tu, il, elle, récit sentimental troublé où elle démolit la narration à coups de monologue et de plans séquences. Un film en noir et blanc à la lenteur somptueuse. Parfois qualifié d’égocentrique – Chantal Akerman se glisse dans la peau du Je –, ce long-métrage en trois parties a été tourné en huit jours avec un budget d’à peine 7 000 euros. Ici, il est question de “rapports”, dans tous les sens du terme.

    Si le cadrage et la lumière conversent, finalement, davantage que les personnages, Chantal Akerman s’impose comme une cinéaste du vrai qui fabrique “l’effet réel”. L’apogée du film : une scène de sexe lesbien intense où les respirations érotiques ont des allures de dialogue. Sur le lit défait, le roulé-boulé lamentable des deux femmes génère un effet de réalisme justement par son manque d’esthétisme.

    Dans cette étreinte ardente, presque féroce, elles s’enlacent pour s’appartenir, bien loin des lolitas aux poses lascives. “Dire que Julie est homosexuelle serait l’enfermer là-dedans, et si la scène d’homosexualité est particulièrement violente, c’est que l’amour est violent. C‘est tout. Je présente l’amour aussi simplement et naturellement que s’il s’agissait d’un rapport entre un homme et une femme, expliquait Chantal Akerman, qui s’est suicidée en 2015 à l’âge de 65 ans. Elle laisse derrière elle cet extraordinaire film expérimental, une révolution visuelle et sexuelle.

    Je, tu, il, elle (1974) de Chantal Akerman, disponible en DVD.


    La bande-annonce de Pink Narcissus (1971).

    Le plus kitsch : Pink Narcissus de James Bidgood

    Clope au bec, regard dans le vide, Bobby Kendall s’abandonne au jazz de Kay Kyser, craché par un gramophone. Il fait sauter sa braguette, se jette sur son lit, caresse lentement son torse, puis son sexe, encore dissimulé par un caleçon blanc. Mais alors que la tension érotique s’élève, il s’interrompt. Il pivote sur le ventre et, face à un miroir, se contemple… Fantasme narcissique pour les uns, manifeste de la culture queer pour les autres, le Pink Narcissus (1971) de James Bidgood est toujours resté une œuvre marginale.

    Né en 1933 à Madison dans le Wisconsin, le photographe est à l’avant-garde de l’esthétique gay en technicolor. Celui qui influencera plus tard les artistes Pierre et Gilles réalise son plus grand projet en 1971. Tourné avec un budget dérisoire dans son propre appartement pendant plus de sept ans, Pink Narcissus, sorte de conte kitsch aux couleurs brûlantes, suit un jeune gigolo qui s’invente un monde dont il est le héros. Sous la pression des financiers, James Bidgood sort un long-métrage inachevé. Il ne signera finalement jamais ce film de son nom.

    Pink Narcissus (1971) de James Bidgood, disponible en DVD.