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L'exposition évènement “Walk with Pierre Hardy“

 

Numéro a rencontré Pierre Hardy et le photographe Philippe Jarrigeon qui ont demandé à des étudiants de l’ECAL de réinterpréter l'univers du célèbre chausseur.

Propos recueillis par Delphine Roche

Pierre Hardy par Karim Sadli
 
En marge de Paris Photo, qui se tient ce week-end, le chausseur Pierre Hardy propose dans sa boutique de la place du Palais Bourbon une exposition éphémère. Sous la direction du photographe Philippe Jarrigeon, spécialiste de nature morte et de mode, des étudiants de l’ECAL, école d’arts visuels de Lausanne, ont réalisé autour de chaussures puisées dans les archives de Pierre Hardy, des images saisissantes qui déjouent les codes de la photographie de mode. Rencontre avec les deux protagonistes de cet événement.
 
Numéro : Comment est né ce projet d’exposition ?
Philippe Jarrigeon : Pierre et moi nous sommes rencontrés au moment où sa maison menait une réflexion sur le développement de son image. Cela m’a donné envie de l’inviter à l’ECAL, où j’enseigne. J’ai imaginé un workshop où les étudiants travailleraient sur un exercice de représentation de ce qu’est une maison de chaussures. C’était le point de départ de l’histoire. 
 

Pierre Hardy par Karim Sadli

 

En marge de Paris Photo, qui se tient ce week-end, le chausseur Pierre Hardy propose dans sa boutique de la place du Palais Bourbon une exposition éphémère. Sous la direction du photographe Philippe Jarrigeon, spécialiste de nature morte et de mode, des étudiants de l’ECAL, école d’arts visuels de Lausanne, ont réalisé autour de chaussures puisées dans les archives de Pierre Hardy, des images saisissantes qui déjouent les codes de la photographie de mode. Rencontre avec les deux protagonistes de cet événement.

 

Numéro : Comment est né ce projet d’exposition ?

Philippe Jarrigeon : Pierre et moi nous sommes rencontrés au moment où sa maison menait une réflexion sur le développement de son image. Cela m’a donné envie de l’inviter à l’ECAL, où j’enseigne. J’ai imaginé un workshop où les étudiants travailleraient sur un exercice de représentation de ce qu’est une maison de chaussures. C’était le point de départ de l’histoire. 

 

Philippe Jarrigeon par Arnaud le Brazidec

Philippe Jarrigeon par Arnaud le Brazidec

Anais Leu, étudiante à l'ECAL, réinterprète Pierre Hardy
 
Etait-ce aussi l’idée de confronter les étudiants à une réalité professionnelle, à une commande?
Philippe Jarrigeon : Oui car c’est l’intitulé même de mon cours, où j’accompagne les étudiants de deuxième année sur des premiers projets de commande. L’idée est de leur expliquer qu’un contexte de commande, quel qu’il soit, peut être une plateforme créative. J’ai donc voulu ici les amener à se demander ce qu’est une maison de mode, et plus particulièrement une maison de chaussures. Je voulais qu’ils s’interrogent sur ce qu’est une image de mode. Pierre Hardy s’est prêté au jeu, nous avons fait avec ses équipes une sélection d’un certain nombre de pièces d’archives, destinées à être réinterprétées par les étudiants. Chaque étudiant s’est vu attribuer une chaussure, tirée au sort. Une fois les images réalisées, nous avons mené un deuxième workshop consacré au projet d’exposition, en nous demandant comment montrer des photographies de ce type. 
 
Peut-on dire qu’il existe une esthétique photographique propre à l’ECAL, qui joue avec le kitsch ou en tout cas, flirte avec les frontières de ce qui est commercialement acceptable? C’est ce qui ressort notamment des livres regroupant les travaux d’anciens étudiants.
Philippe Jarrigeon : Je ne suis pas d’accord avec le mot « kitsch ». Je dirais que l’ECAL est un endroit où nous maîtrisons un certain nombre de codes de l’image qui jouent parfois sur la provocation et la séduction. De fait, les images que nous avons réalisées lors d’un workshop avec Walter Pfeiffer étaient dans cette veine. Mais l’ECAL a aussi produit des images plus documentaires, qui ne sont pas diffusées dans les mêmes réseaux. 
 

Anais Leu, étudiante à l'ECAL, réinterprète Pierre Hardy

 

Etait-ce aussi l’idée de confronter les étudiants à une réalité professionnelle, à une commande?

Philippe Jarrigeon : Oui car c’est l’intitulé même de mon cours, où j’accompagne les étudiants de deuxième année sur des premiers projets de commande. L’idée est de leur expliquer qu’un contexte de commande, quel qu’il soit, peut être une plateforme créative. J’ai donc voulu ici les amener à se demander ce qu’est une maison de mode, et plus particulièrement une maison de chaussures. Je voulais qu’ils s’interrogent sur ce qu’est une image de mode. Pierre Hardy s’est prêté au jeu, nous avons fait avec ses équipes une sélection d’un certain nombre de pièces d’archives, destinées à être réinterprétées par les étudiants. Chaque étudiant s’est vu attribuer une chaussure, tirée au sort. Une fois les images réalisées, nous avons mené un deuxième workshop consacré au projet d’exposition, en nous demandant comment montrer des photographies de ce type. 

 

Peut-on dire qu’il existe une esthétique photographique propre à l’ECAL, qui joue avec le kitsch ou en tout cas, flirte avec les frontières de ce qui est commercialement acceptable? C’est ce qui ressort notamment des livres regroupant les travaux d’anciens étudiants.

Philippe Jarrigeon : Je ne suis pas d’accord avec le mot « kitsch ». Je dirais que l’ECAL est un endroit où nous maîtrisons un certain nombre de codes de l’image qui jouent parfois sur la provocation et la séduction. De fait, les images que nous avons réalisées lors d’un workshop avec Walter Pfeiffer étaient dans cette veine. Mais l’ECAL a aussi produit des images plus documentaires, qui ne sont pas diffusées dans les mêmes réseaux. 

 

Tanya Kottler, étudiante à l'ECAL, réinterprète Pierre Hardy

Tanya Kottler, étudiante à l'ECAL, réinterprète Pierre Hardy

Cecilia Poupon, étudiante à l'ECAL, réinterprète Pierre Hardy
 
Mais l’idée de tester les limites de l’image de mode, et de déconstruire le glamour, est tout de même très présente chez les photographes issus de l’ECAL.
Pierre Hardy : Complètement, j’aime cette démarche qui est propre à l’ECAL. Dans ce cas précis, ce projet est une commande, mais elle est ambiguë puisqu’elle ne vient pas de moi et n’a pas de but commercial. J’ai moi-même longtemps été professeur, et je me suis donc interrogé sur le rapport que les étudiants entretenaient avec la réalité du monde de la mode. L’intérêt de ce projet est qu’il opère un décalage sur ce questionnement, puisque les chaussures proviennent de mes archives et non des collections de la saison. Les images produites n’ont donc pas d’intérêt commercial direct, elles se situent en dehors de la contrainte imposée par le système de la mode, et en dehors de son rythme. 
 
Philippe Jarrigeon : L’enjeu était de comprendre le travail d’un créateur. Les étudiants devaient produire, en tant que plasticiens, un certain nombre d’images à partir de leur interprétation d’un modèle de chaussures, pour développer à partir de là un travail photographique fort. L’exposition dessine un portrait de Pierre Hardy et propose un point de vue sur le créateur, sur le personnage, et sur un certain nombre d’années de sa création. Le tout prend des formes très différentes. 
 
Pierre Hardy : Ce qui est troublant, c’est que chacun des étudiants a exprimé des aspects de ma création sur lesquelles je ne communique pas. Car les créateurs ont des fantasmes, des obsessions, qui ne sont pas forcément formulés frontalement dans les objets qu’ils produisent. J’étais sidéré de voir comment les étudiants, avec une seule chaussure chacun, ont fait resurgir de façon presque archéologique ce qui était enfoui dans mes créations. C’est une chose qu’on a rarement l’occasion de vivre, car nous sommes pris dans un rythme saisonnier, sans pouvoir nécessairement prendre ce recul.
 
Diriez-vous que ce projet, en exhumant les fondements de votre univers, est une antithèse du cynisme qui prévaut aujourd’hui dans la mode, où la quête de followers sur Instagram est devenue une obsession?
Pierre Hardy : Merci pour ce mot, « cynisme », oui c’est cela. Je suis tout à fait d’accord, notre projet est totalement anti-cynisme.
 
Philippe Jarrigeon : Dans ce travail rayonne un certain enthousiasme, une générosité de la part des étudiants. Les écritures sont très hétérogènes, qui font que ce projet ne pourrait pas être une campagne. C’est une sorte d’encyclopédie d’images, et c’est plutôt à contre-temps. 
 
Walk with Pierre Hardy,
Boutique Pierre Hardy,
9-11, place du Palais Bourbon, Paris VIIe,
du vendredi 11 au dimanche 13 novembre 2016 de 10h à 19h.

Cecilia Poupon, étudiante à l'ECAL, réinterprète Pierre Hardy

 

Mais l’idée de tester les limites de l’image de mode, et de déconstruire le glamour, est tout de même très présente chez les photographes issus de l’ECAL.

Pierre Hardy : Complètement, j’aime cette démarche qui est propre à l’ECAL. Dans ce cas précis, ce projet est une commande, mais elle est ambiguë puisqu’elle ne vient pas de moi et n’a pas de but commercial. J’ai moi-même longtemps été professeur, et je me suis donc interrogé sur le rapport que les étudiants entretenaient avec la réalité du monde de la mode. L’intérêt de ce projet est qu’il opère un décalage sur ce questionnement, puisque les chaussures proviennent de mes archives et non des collections de la saison. Les images produites n’ont donc pas d’intérêt commercial direct, elles se situent en dehors de la contrainte imposée par le système de la mode, et en dehors de son rythme. 

 

Philippe Jarrigeon : L’enjeu était de comprendre le travail d’un créateur. Les étudiants devaient produire, en tant que plasticiens, un certain nombre d’images à partir de leur interprétation d’un modèle de chaussures, pour développer à partir de là un travail photographique fort. L’exposition dessine un portrait de Pierre Hardy et propose un point de vue sur le créateur, sur le personnage, et sur un certain nombre d’années de sa création. Le tout prend des formes très différentes. 

 

Pierre Hardy : Ce qui est troublant, c’est que chacun des étudiants a exprimé des aspects de ma création sur lesquelles je ne communique pas. Car les créateurs ont des fantasmes, des obsessions, qui ne sont pas forcément formulés frontalement dans les objets qu’ils produisent. J’étais sidéré de voir comment les étudiants, avec une seule chaussure chacun, ont fait resurgir de façon presque archéologique ce qui était enfoui dans mes créations. C’est une chose qu’on a rarement l’occasion de vivre, car nous sommes pris dans un rythme saisonnier, sans pouvoir nécessairement prendre ce recul.

 

Diriez-vous que ce projet, en exhumant les fondements de votre univers, est une antithèse du cynisme qui prévaut aujourd’hui dans la mode, où la quête de followers sur Instagram est devenue une obsession?

Pierre Hardy : Merci pour ce mot, « cynisme », oui c’est cela. Je suis tout à fait d’accord, notre projet est totalement anti-cynisme.

 

Philippe Jarrigeon : Dans ce travail rayonne un certain enthousiasme, une générosité de la part des étudiants. Les écritures sont très hétérogènes, qui font que ce projet ne pourrait pas être une campagne. C’est une sorte d’encyclopédie d’images, et c’est plutôt à contre-temps. 

 

Walk with Pierre Hardy,

Boutique Pierre Hardy,

9-11, place du Palais Bourbon, Paris VIIe,

du vendredi 11 au dimanche 13 novembre 2016 de 10h à 19h.

Génération 2000, la jeunesse new-yorkaise vue par le photographe Ryan McGinley
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Photographie Il y a 25 ans, Ryan McGinley présentait “The Kids Are Alright” au Whitney Museum of American Art de New York, puissant portrait d'une jeunesse new-yorkaise aussi candide que trash. Aujourd’hui, il revient avec “The Kids Were Alright”, une collection de 1600 clichés tout aussi subversifs pris entre 1998 et 2003. Il y a 25 ans, Ryan McGinley présentait “The Kids Are Alright” au Whitney Museum of American Art de New York, puissant portrait d'une jeunesse new-yorkaise aussi candide que trash. Aujourd’hui, il revient avec “The Kids Were Alright”, une collection de 1600 clichés tout aussi subversifs pris entre 1998 et 2003.

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