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Paris Photo : le corps dans tous ses états photographiques

 

Avec Paris Photo, c’est pas moins de 153 galeries qui célèbrent la photographie au Grand Palais jusque dimanche. A l’occasion de cette 20ème édition, Numéro s’est penché sur le traitement du corps par les grands noms et par les talents émergents.

Par Thibaut Wychowanok

Détail de l'installation de Douglas Gordon à Paris Photo 2016.

 

 

 

1. Le corps-à-corps de Douglas Gordon (galerie Until Then)

 

C’est l’installation qui a marqué tous les esprits au sein de Prismes, la section de Paris Photo consacrée aux grands formats et séries. L’ex enfant terrible de Glasgow - Turner Prize en 1996 déjà ! - a recouvert toute une salle de nouvelles photographies réalisées il y a deux ans dans les cuisines du Café français à Bastille : des détails de l’anatomie d’une femme et d’un homme (on reconnaît l’artiste) pris dans un corps-à-corps étourdissant. Cadrés de près, parfois flous, collés les uns sur les autres, les clichés forment un papier peint en patchwork, un assemblage de morceaux de corps s’affrontant, se confrontant ou se caressant. Epaules, mains et visages semblent alors aussi désarticulés que les célèbres poupées de Hans Bellmer, comme si le corps abandonné par son esprit se laissait aller à ses passions les plus primitives. Sensuel et violent.

 

Prix : 290 000 dollars (l’installation) - certaines photos sont disponibles séparément

Vue de l'installation de Douglas Gordon à Paris Photo 2016.

Vue de l'installation de Douglas Gordon à Paris Photo 2016.

Ellen Carey

Self-Portrait, 1986

signed, dated and titled verso

unique Polaroid 20 x 24

33 x 26 inches (84 x 66 cm)

$14,000.00

 

 

2. Les visages psychédéliques d'Ellen Carey (M+B Gallery)

 

Sur le stand de l’excellente galerie M+B de Los Angeles, outre le travail de Matthew Brandt (déjà repéré l’année dernière), deux artistes retiennent l’attention pour leurs expérimentations passionnantes. Dans ses photographies des années 80, Ellen Carey tire son propre portrait utilisant une pellicule Polaroid comme une toile grand format. Multipliant les expositions de la pellicule, et utilisant différents « masques » réassemblés manuellement, ses expérimentations pop et psychédélique préfigurent l’ère Photoshop et l’imagerie digitale avant même son invention. “Si l’Américaine a partagé les bancs de l’école avec Cindy Sherman et Robert Longo, explique la galerie, elle a préféré très tôt s’intéresser aux limites de son medium, à l’abstraction et au rôle de la couleur, plutôt qu’à l’approche plus figurative et narrative de ses pairs.“

 

Prix : 14 000 dollars l’auto-portrait​ d'Ellen Carey

Ellen Carey

Self-Portrait, 1984

signed, dated and titled verso

unique Polaroid 20 x 24

33 x 26 inches (84 x 66 cm)

$14,000.00

Daniel Gordon

Red Eyed Woman, 2011

signed and numbered verso

chromogenic print

37-1/2 x 29-3/4 inches (95 x 76 cm)

edition of 3 plus 1 artist's proof 

$10,000.00

 

 

3. Les visages recomposés de Daniel Gordon (M+B Gallery)

 

Le photographe new-yorkais de 36 ans dont le travail a déjà intégré les collections du MoMA présente de fascinants portraits et natures mortes. “Daniel Gordon réalise un long travail de recherche d’images sur Internet, explique la galerie, avant de les imprimer et de réaliser à partir d’elles des collages en 3 dimensions représentant des figures humaines ou des objets. Il photographie par la suite ces mises en scène dans son studio de Brooklyn.“ Un art de la composition post-digital qui assume aussi ses influences historiques, de Cézanne aux grands maîtres du XXème siècle.

 

Retrouvez une visite en vidéo de l’atelier de l’artiste ici.

 

Prix : entre 10 000 et 11 000 dollars 

Vue du stand de la galerie mor charpentier avec Rosângela Rennó.

 

 

4. L’empreinte du corps avec Rosângela Rennó (galerie Mor Charpentier)

 

C’est sans doute l’une des séries les plus fortes de Paris Photo. Dans son projet Vulgo (Alias), l’artiste brésilienne née en 1962 a travaillé à partir des archives pénitentiaires de Sao Paulo, à une époque où certains scientifiques pensaient pouvoir remplacer l’empreinte digitale par l’empreinte capillaire pour identifier les criminels. S’emparant des photos des crânes des détenus, Rosângela Rennó a coloré en rouge leur couronne, comme pour redonner une individualité à chacun d’entre eux. L’artiste qui vit à Rio de Janeiro travaille depuis longtemps sur les “fichiers morts“ qu’elle se réapproprie : archives, journaux, albums de famille…. “ Elle remet ainsi au premier plan les anonymes et les oubliés de la société, explique la galerie. Son travail est une enquête sur le temps, l’oubli et les changements sociaux et psychologiques qui transforment la mémoire.“ Rosângela Rennó a intégré la galerie mor charpentier cet été.

 

Prix : non communiqué​

Eyes, 2001 - 2003
De la série Vulgo [Alias], 1999 - 2003 Canson RC Photogloss Premium 270gr 170 x 110 cm
Edition de 3 + 1 EA 

Volcan, 2001
De la série Vulgo [Alias], 1999 - 2003 Canson RC Photogloss Premium 270gr 168 x 122 cm
Edition de 3 + 1 EA 

 

 

5. Le corps sublimé de Kate Moss par Peter Lindbergh (Gagosian Gallery)

 

Plus de 20 ans après avoir photographié Kate Moss en salopette (image devenue culte de la célèbre mannequin en 1994), Peter Lindbergh offre un nouveau portrait saisissant. Ce que la« Brindille » a perdu en innocence, elle l’aura gagné en intensité.

 

Retrouvez notre focus sur l’exposition évènement de Peter Lindbergh à Rotterdam.

 

Prix : 55 000 euros (édition de 3 à ce format)

 

 

6. Les corps trangenres de Lærke Posselt (galerie VU')

 

L’artiste danoise de 32 ans présente sur le stand de la galerie VU' ses portraits sensibles et émouvants de personnes trangenres refusant de se déclarer homme ou femme. La série éminemment poétique a été réalisée au Danemark, “pays où les transgenres ont plus de droits qu’en France, commente la galerie. Le numéro de sécurité social n’indique pas si on est un homme ou une femme par exemple.“ Lærke Posselt souhaite poursuivre ce projet à Paris et à Berlin.

 

Prix : 1350 euros (petit format) - 2 800 euros (grand format, édition de 3)

Voyeurs (2016), 60 x 40 cm. Edition de 6 + 2AP.

 

 

7. Les corps hybrides de Roger Ballen et Asger Carlsen (galerie Dittrich & Schlechtriem)

 

C’est l’une des collaborations les plus réjouissantes de Paris Photo. Le jeune photographe danois Asger Carlsen, installé à New York et passé maître dans la retouche numérique, et l’artiste new-yorkais Roger Ballen, installé en Afrique du Sud et dont on connait le travail sur la période post-apartheid, ont échangé pendant 5 ans pour réaliser à quatre mains ces mises en scène surréalistes, grotesques et à l’humour très noir de corps hybrides. “Le travail de cette série No Joke s’est fait de manière très intuitive, explique la galerie, par conversation Skype et emails. Chacun reprenait le travail de l’autre, dessinant dessus ou réalisant des collages, au risque d’amener l’œuvre vers quelque chose de totalement différent. Cette série n’aurait pas été possible à une époque où Internet ne permettait pas l’échange d’images de très haute qualité. Cela rend cette collaboration entre deux générations de photographe particulièrement actuelle.“

 

Prix : édition de 6. Editions de 1 à 4 : 6 000 euros. Editions de 5 à 6 : 8 000 euros.

Adjustement (2016), 60 x 40 cm. Edition de 6 + 2AP.

 

8. Les corps au petit matin de Richard Renaldi (Benrubi Gallery)

 

L’Américain Richard Renaldi est allé photographier les corps (ou ce qu’il en reste) des New-Yorkais au petit matin le dimanche : couple gay, travestis, égarés… La série intitulée Manahattan Sunday a également donné lieu à un très bel ouvrage publié chez Aperture

 

Prix : 5 000 dollars (édition de 5)

Michel JOURNIAC

Rituel pour un mort : Constat d'une action célébrée sur une tombe, le 15 décembre 1975 en présence de deux témoins, 1976

© Michel Journiac, Adagp, Courtesy Galerie Christophe Gaillard, photo : Rebecca Fanuele

 

 

 

9. Le corps scarifié de Michel Journiac (galerie Christophe Gaillard)

 

La galerie Christophe Gaillard consacre tout son stand à la question du corps. Intitulé “Body as material / Photography as a medium“, l’accrochage réunit des œuvres de Gina Pane, d’Arnulf Rainer mais aussi de Michel Journiac. Si l’on connait bien la performance où l’artiste se travestit en femme, Christophe Gaillard présente ici un travail sur le rapport (violent) au corps dans la lignée des actionnistes viennois : une boîte reliquaire contenant 21 photos où l’on voit l’artiste se scarifier. L’ensemble comprend d’ailleurs le gravier tâché par le propre sang de Journiac, un squelette de main et l’anneau signé par l’artiste. On murmure que le Centre Pompidou serait intéressé.

 

Prix : entre 20 000 et 30 000 euros

 

 

Paris Photo. Du 10 au 13 novembre 2016 sous la nef du Grand Palais (VIIIe). De 12h à 20h (19h dim.).

Tout ce qu’il faut savoir sur Irving Penn
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Tout ce qu’il faut savoir sur Irving Penn

Photographie Irving Penn était un homme discret. On connaît, certes, quelques photos de lui, de très rares autoportraits, et aussi un certain nombre de clichés capturés lors de ses prises de vue. À la messe de son enterrement, en octobre 2009, sa famille éditera une petite brochure comportant une douzaine de portraits qui le montrent au travail. Dans ce livret, aujourd’hui très recherché par ses fans, figure aussi la liste des intervenants de son éloge funèbre. Parmi eux, sa fidèle styliste Phyllis Posnick, mais aussi Anna Wintour et Issey Miyake – preuve que la mode a joué un rôle important dans son œuvre. Irving Penn était un homme discret. On connaît, certes, quelques photos de lui, de très rares autoportraits, et aussi un certain nombre de clichés capturés lors de ses prises de vue. À la messe de son enterrement, en octobre 2009, sa famille éditera une petite brochure comportant une douzaine de portraits qui le montrent au travail. Dans ce livret, aujourd’hui très recherché par ses fans, figure aussi la liste des intervenants de son éloge funèbre. Parmi eux, sa fidèle styliste Phyllis Posnick, mais aussi Anna Wintour et Issey Miyake – preuve que la mode a joué un rôle important dans son œuvre.

Irving Penn au Grand Palais
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