07 Avril

Hollywood sans artifices devant l’objectif de Chris Buck

 

Depuis 30 ans, le portraitiste américain Chris Buck photographie les plus grandes personnalités américaines sous un angle inédit, celui de la gêne et de l’embarras. De l’attitude gauche de Joaquin Phoenix au malaise du rappeur Nas en passant par la timidité enfantine de Sofia Coppola, Chris Buck pousse ces artistes dans leurs derniers retranchements, dévoilant des clichés d’une sincérité inouïe.

Par Chloë Fage

  • Sofia Coppola, 2000
  • Chris Buck, portraitiste américain de renom, rassemble dans un livre-rétrospective près de 30 ans de carrière. Intitulé “Uneasy”, cet ouvrage s’intéresse au vrai visage des grandes personnalités de la culture américaine. De David Cronenberg à Johnny Depp, de Lou Reed à Public Enemy, le photographe instaure un certain malaise avec ses modèles pour les pousser à sortir du cadre figé de la photo posée et ainsi mieux les déstabiliser. Interviewé par Numéro, Chris Buck précise : “La gêne sous-entend une certaine vulnérabilité. Un inconfort qui nous pousse à nous montrer tels que nous sommes vraiment.” Pour cela, le photographe n’hésite pas à mettre en scène ses artistes dans des situations loufoques ou incongrues, pour mieux briser ce masque forgé par la célébrité. “J’adore ce sentiment de malaise. C’est un sentiment que l’on chasse toujours des séances photo parce que l’on pense souvent qu’il va de pair avec la laideur. Alors qu’au contraire, un malaise pris sur le vif peut-être d’une beauté absolue !”. Pour Numéro, Chris Buck revient sur certains de ses clichés les plus emblématiques...

Joaquin Phoenix, 1995

​“C'était l'un des premiers shootings de Joaquin Phoenix, et le magazine pour lequel je réalisais l’image avait si peur qu'il soit stressé qu'on ne m'a pas laissé prendre un assistant. Nous avons shooté dans la maison de campagne de sa famille en Floride. Il était très conciliant, mais j'ai senti qu'il avait une certaine part d'ombre, que la vie l'avait quelque peu abîmé. Il m'a fait penser à un jeune Montgomery Clift. Je lui ai envoyé une copie VHS d'"Une place au soleil" et il m'a remercié en m'envoyant une carte postale en forme d'alligator." 

 

Ewan McGregor, 1996

“À cette époque, Ewan faisait la promotion de “Trainspotting”, j'ai donc eu envie de shooter dans un vrai squat à East Village. Nous nous sommes installés dans l'une des pires chambres du bâtiment, l'odeur était terrible et il y avait des seringues étalées par terre. J'ai voulu qu'Ewan s'allonge sur le sol près de la porte entrouverte. Il a regardé son agent et lui a demandé : ‘Je suis obligé de le faire?’. Elle a rétorqué : ‘Fais-le, qu'on en finisse !’”

 

 

Eminem, 1999

"Quand on photographie une star du hip-hop, les mises en scène sont toujours les mêmes et complètement prévisibles. Je voulais quelque chose de plus surprenant. Je lui ai simplement dit : ‘Plonge ta tête dans cet aquarium’ et il a répondu : ‘Comme ça ?’, après avoir jeté deux centimes dedans et demandé si on pouvait mettre une bouteille de téquila dans le plan.”

 

Chloë Sevigny, 2003

“Non vous ne rêvez pas, elle mime bien un certain acte intime. Enfin, c'est ce que j'en ai déduit d'après le léger sourire qui émane de son visage. Elle venait d'ailleurs de terminer le tournage de “The Brown Bunny”, film célèbre pour une semblable scène suggestive.”

 

 

Keanu Reeves, 1988

“J'ai rencontre Keanu au Festival international du film de Toronto. Je lui ai simplement demandé si je pouvais le prendre en photo. Il m'a répondu : ‘Oui, pourquoi pas. Je ne vois pas trop l'interêt mais bon.’ Il portait un col roulé que je lui ai demandé de remonter, à l'image du célèbre cliché de James Dean. C'est là que j'ai découvert sa cicatrice incroyable.”

Nas, 2007

“Ce cliché est tiré d'une séance photo pour le magazine XXL. À l'époque, Nas préparait son neuvième album qu'il hésitait à appeler "Nigga”. Je lui ai demandé de jouer avec cette immense lettre N, qui rappelait ce terme. Mais il l'a finalement intitulé “Untitled” (“Sans titre”). J'ai trouvé cette idée bien meilleure, comme cette photo, elle laisse plus de place à l'interprétation.”

 

 

 

 

Stephen King, 2002

“Alors que nous attendions Stephen King, son agent me donnait les dernières indications : ‘Ce serait bien de lui donner un air très viril et masculin. Un genre de Bruce Springsteen, avec quelques mèches devant les yeux’. Stephen King est entré dans la pièce, avec une coupe en brosse et une barbe qui lui donnait un air satanique. Son agent s'est tourné vers moi avec un regard blasé : ‘Bon. Faites ce que vous pouvez.’”

 

 

David Cronenberg, 2005

Snoop Dogg 2008

Gary Oldman, 1998

The Fugees, 1996